Un soir d'hiver à New York, un vent froid, glacial, sec et cassant lamine nos visages à coups de rafales incisives, tandis que les voitures filent dans la nuit nous cherchons notre chemin parmi les putes et les dealers etc etc… Trève de romance, le prix Goncourt se passera de moi cette année. Qui a dit que 50 Cent était hardcore ? Mon petit frère ? Sache cher frangin que le hardcore (chacun y mettra le sens voulu), nous vient en cette fin d'année 2007 de Queensbridge en la personne de Blaq Poet, connu pour avoir fait partie du collectif Screwball un peu plus tôt dans les années 90. Un solo nous tombe dans les mains. Que dis-je, une tuerie.

Et en plus c'est co-produit – au sens large – par des français, 45 Scientific. Ah, non, vraiment, faut-il que New-York soit à ce point en crise pour apprécier à sa juste valeur le savoir faire de Ge(ne)raldo ? Il inscrit son nom sans rougir à côté de Primo et nous sert des beats ghetto, urbains, sombres à souhait dans la veine de ceux qu'il servait déjà aux rappeurs français du 45, à la différence qu'il trouve là un rappeur US qui honore ses productions avec un grand O.

La question se pose : est-ce les rappeurs US qui honorent comme les prods françaises ou est-ce le niveau des french kickeurs de beat qui n'atteint pas… Bon d'accord, je suis mauvaise langue. Michael Youn est la preuve vivante qu'en France aussi… Bon d'accord j'arrête. D'ailleurs je n'ai rien contre les initiatives de Mr. Youn (ne serait-ce que pour la salvatrice dose de dérision qu'il inflige au "mouvement hip hop bien de chez nous"), mais c'est un sujet vaste que je synthétiserais ainsi : à force de passer de la merde sur les radios dites "hip hop", et de ne pas en passer sur les autres, l'auditeur non averti finit par croire que Fatal Bazooka c'est du rap. Enfin c'est du rap, mais c'est pas du rap qui… Et puis zut, c'est compliqué. Il devrait y avoir de la place pour tout le monde, enfin c'est comme à une heure de pointe sur la ligne 13, les privilégiés vont dans la cabine du conducteur.
 
Bon. Donc, Primo, toujours dans les bons coups, fait preuve d'une belle adaptation au Blaq Poet en lui/nous servant des beats secs et minimalistes qui collent parfaitement à l'esprit du bonhomme. La touche reste reconnaissable malgré tout. Tout un art. Et alors Black Poet rappe. Rappe dur. Des punchlines solides, une hargne dans la voix qui fait plaisir à entendre, c'est instinctivement street-crédible au maximum, obscur, brumeux, violent. Le mec en veut et ça s'entend.

New-York ce grand corps hip-hopeux moribond, bouge encore, mais ne lorgnons pas du côté des Dipset et autres rimailleurs vides de sens (quoique Jim Jones puisse faire envie). La renaissance se fait lentement mais sûrement, dans la rue, entre deux bouches d'égout fumantes, là où personne ne s'attarde par un froid glacial, là où Black Poet – un vieux briscard du gros son de la grosse pomme finalement – balance toute sa rage dans nos esgourdes ravies. Aller, va pour le Goncourt.

Moïse "The Dude" pour 90bpm.