C’est toujours difficile de faire la critique du nouvel album d’un artiste comme Hell Razah… Tout simplement parce qu’il est l'un des pionniers du Rap "New yorkais" actuel. Celui dont la ligne de métro ne dessert pas wall street, qui vous promène à travers les quartiers de la grande pomme avec le regard du South-Brooklyn sans vous parler du CAC40 et de la possible fusion entre la Sean John industries et la Jay-Z Entertainment. Celui, enfin, qui vous dresse un bilan concret de l'asphalte et de sa réalité au jour le jour. Si c'est ce Rap là que vous aimez, alors Hell Razah y est forcement  pour quelque chose…

L’original MC de Redhook (South-Brooklyn) donc, plus connu pour être le plus poétique de la formation « Sunz Of Men » (fils spirituel et petits protégés du majestrale Wu Tang Clan), est un artiste très particulier dans le paysage rapologique. Tant par la complexité de ses textes, ses références constantes à la bible, aux temps des pyramides (nique les clones… désolé, c'était obligé) et à la divine prophétie. Il signe aujourd'hui son quatrième album solo "Blue Sky, Black Death" chez Babygrande.

Ce "Blue Sky Black Death" est à la première écoute, une assez grosse déception. Et cela pour plusieurs raisons :

Tout d'abord les mélodies sont pour la plupart identiques à s'y méprendre. Elles donnent un son redondant à tout les tracks et cassent clairement le rythme de l'avancée de l'album. Elles se suivent les unes après les autres comme des ombres sur la meme tonalité. Elle simulent une sorte de grand freestyle sans break ni variations. Alternant de vieilles recettes d’instrumentaux soul et parfois jazzy déjà vu et déjà fait. Les productions de ce dernier volet sont donc trés discutables. A vrai dire, l’impression que le monsieur est tombé sur un vieux D.A.T de 1996, et qu'il en a fait un album reste tout à fait envisageable. Non pas que ce soit très ennuyeux en soit, mais pour un quatrième album solo, des productions un peu plus musclées auraient étés les bienvenus.

En ce qui concerne Hell Razah lui-même, il y a également beaucoup de chose à regretter sur cet album. La voix est toujours aussi faible en volume (à croire que c’est un stagiaire qui a fait les balances de l’album), le flow est très répétitif, monocorde et assez morne par moment. Ce qui ne permet aucune accentuations sur des lyrics qui le mériteraient amplement, aussi bien pour leurs ponctuations que pour leurs teneurs dans le texte. La qualité des paroles, elle, est biensûr au rendez vous, mais le message a réelement beaucoup de mal à passer.

Pour résumer, à la première écoute, un son peu motivant enrobant des lyrics tapis dans l'ombre d'une voix ennuyeuse, l'ensemble ne sent pas la réussite…

Mais heureusement comme les bon vins (on peut tout à fait être alcoolique et aimer la musique), « Blue Sky, Black Death » est un album qui s’apprécie sur la longueur. Il est difficile d'écouter cet opus comme une sortie, une sortie d'albums de plus. Il est indispensable de se forcer un peu, comme pour les classiques du genre. Je m’explique…

Le Rap, ce n’est pas forcement des gros sons avec une instru qui s’arrête pour amplifier telle ou telle phase de l’artiste.  Le Rap c’est aussi le son du Walkman, celui du début, un beat simple une boucle d’Al Green et un mec qui raconte la vie du quartier autour de chez lui. Le Rap c'est le son de tout les jours, celui qui vous fait bouger la tête dans le RER ou le métro. Le Rap de Hell Razah c'est celui là, "street life" sans artifices et sans grandes prétentions. D'ailleurs il le dit lui même "It's a poor legacy, but it's all i have". Après plusieurs écoutes, donc, l'architecture de l'album devient plus cohérente. Les sons offrent un arrière plan toujours discret mais sans fausses notes. Permettant à Hell Razah de mettre en valeur ses textes malgré un flow assez monotone. Jamais chargé, presque intemporelles, les choix des compositions fixe clairement l'intention sur le message. De plus, par rapport aux dernières productions de l'artistes comme par exemple "Renaissance", les samples et les mélodies sont nettement plus clair et positives, et franchement ca fait du bien.La soul à remplacé le blue jazz et le lyrisme. Il faut croire qu'on peut reelement faire confiance à une pochette d'album pour mieux comprendre le "leit motiv" d'un nouveau projet. Et puis a y écouter de plus près, même si ses textes sont toujours teintés d'une amertume sans failles, sa voix tend à devenir moins morbide, les textes parlent beaucoup plus d'espoir, et de renouveau. Comme si Monsieur Hell Razah avait décidé, cette fois-ci, de nous faire lever la tête plutôt que de la prendre entre nos mains.

Alors voilà Hell Razah est un artiste qui n'est pas vraiment facile à appréhender mais chacun de ses albums mérite bien d’apparaître dans vos discothèques. Et même s'il faut s'y reprendre a plusieurs fois, ce dernier opus ne trahit pas la règle. Mettez donc en suspend votre vie trépidante de fast-fooder, branchez vos écouteurs et tendez l'oreille à un des rappeurs qui fait le moins de refrains dans ses morceaux, non pas qu'il ne sache pas les faire mais parce qu’il a décidément beaucoup trop de choses à dire…

*OLI-VIER*

Tracks-Scriptum: (Mes preférées)
-Track 03 "The Cube"
-Track 06 "Audiobigraphy"
-Track 09 "Better than jewellery"