Le hip-hop c'est en fait un peu comme le cinéma. Dans le sens où il y a des vedettes, les acteurs qui crèvent l'écran, et puis il y les autres. Les seconds rôles, dont on connaît la dégaine à force de les voir servir de faire-valoir, et puis les figurants. Et il est très rare qu'un des figurants se retrouve propulsé d'un seul coup d'un seul en haut de l'affiche.

Et c'est un peu ce se passe pour Phat Kat, a.k.a Ronnie Cash, un emcee de Détroit, qui a pas mal traîné avec un autre gars du coin, un certain J.Dilla – avec qui il formait le groupe First Down, back in the nineties – et ses copains de Slum Village. Bref, Phat Kat, sort son 2e album – alors que j'ai même pas écouté le premier, mais c'est pas grave, le journalisme c'est avant tout parler de choses qu'on ne connaissait pas il y a 10 minutes -intitulé « Carte Blanche », et avouons-le quand-même, si on en parle beaucoup, c'est plus du au fait que l'album contient cinq prods de feu J.Dilla que grâce à la notoriété de Phat Kat. Bien sûr, les mauvaises langues vont dire « Ah ! Encore un album qui capitalise sur la mort de Dilla ».Et c'est vrai, malgré le fait que l'album est plutôt pas mal, il est difficile de s'empêcher de le penser, tant le son est estampillé Detroit Rock City.

Ceci n'est pas seulement du aux prods de Dilla, mais aussi à celle de trois autres citoyens de Detroit, j'ai nommé Young RJ et Black Milk, dont la street cred semble être au top ces temps-ci, ainsi que Nick Speed, un des poulains de l'écurie G-Unit. Un album 100% Detroit, ce qui m'amène à me dire : le son de Detroit, c'est une recette simple: une boucle avec un beat et un ligne de basse bien en avant, un sample improbable sorti d'un disque obscur – comme ce sample de musique orientale sur Game Time – ou un pattern electro, des samples vocaux vocodés ou sur-pitchés, et roule ma poule. C'est sûr, dit comme ça, ça parait relativement basique, mais c'en est pas moins sacrément efficace.

La majorité des productions de l'album a ce son plutôt pesante et sombre, à l'image qu'on se fait du ciel enfumé de Detroit. Je suis au bord de dire que ça sonne parfois très « industriel », mais bon, je suis pas là pour raconter n'importe quoi. Parmi ce genre de titres, il y a bien sûr Cold Steel, produit par Dilla et meilleur morceau de l'album selon moi, avec une intro très film d'horreur, une énorme basse, un sample de voix vocodée, et Phat Kat et Elzhi qui posent parfaitement dessus. Toujours dans les prods de Dilla, « My Old Label », basée sur un break de batterie, ou Phat Kat arrête son rap tout syncopé le temps de reprendre son souffle par dessus un scratch. Au passage, un petit mot sur le flow de Phat Kat : plutôt énervé, ça martèle sévère, il faut que ça cogne ou que ça dise pourquoi ! Ca tranche assez curieusement avec les autres rappeurs de Detroit.

Outre Elzhi, on retrouve aussi quelques autres invités, tel le désormais célèbre Guilty Simpson sur « Nightmare » ou les deux emcees jouent à « c'est-moi-le-plus-hardcore » sur une production ultra oppressante de Nick Speed. Sur « Lovely », qui porte bien son nom, on retrouve Melanie Rutherford qui vient poser son couplet R'n'B, un morceau qui, malgré une prod choupinette et un Phat Kat tout croque-love, finit malheureusement par taper un peu sur le système, et qui ne pourra même pas servir à emballer une fille sur le dancefloor. On retrouve également T3, Black Milk, Truth Hurt et Loe Louis, qui décidemment gagne à faire parler un peu plus de lui.

Au final, on a un album plutôt bon, qui sans être l'album de l'année, fais plaisir à entendre. Des bonnes prods, un bon rappeur et des bons featurings, on en demande pas plus. Le seul problème est peut-être que le disque est trop centré sur Détroit et sur le son particulier des beatmakers de cette ville, qui n'est pas spécialement joyeux et dansant. Dans tous les cas, avec ce disque, Phat Kat a vraisemblablement l'opportunité de passer de second rôle à tête d'affiche. Espérons qu'il saisisse sa chance, car ses capacités sont vraiment prometteuses.

Traulever pour 90bpm.com