Adulé par toute une génération de backpackers nourris aux galettes de Fondl’em et Rawkus, El-P avait un peu perdu de son aura ces trois dernières années en se concentrant sur son label, qui n’a pas sorti que des perles, et en se laissant allé à des collaborations pas toujours très abouties. Depuis 5 ans et le somptueux « fantastic damage », au titre plus qu’évocateur, on attendait un nouvel album complet et pas seulement des albums concept ou des remixes.

Quand à Def Jux, le label a malheureusement subi le même sort qu’une partie de la scène indé us c'est-à-dire qu’il a eu du mal à se renouveler et à offrir des disques aussi intéressants et intriguant que « dead ringer » ou « the cold vein » lors de son heure de gloire.
Aux manettes du dernier album de Mr Lif, El Producto nous a montré qu’il fallait encore compter sur lui. De même, la sortie de « Definitive swim », compilation offerte gracieusement sur le Net, nous redonne espoir notamment grâce à un Aesop Rock en pleine forme sur une production presque dancefloor, un Cage au flow toujours aussi ravageur et un Camu Tao dont l’album se fait sérieusement attendre!

El-P que se soit en solo ou avec ses comparses de Company Flow à toujours su trouver des titres d’album qui collent parfaitement à son univers. De même pour l’habillage de ses pochettes, alors que « Fantastic Damage » offrait une surenchère de couleurs, son nouvel opus joue dans la sobriété, mais la sobriété qui a la classe : 13 titres, un fond noir, un soleil rouge d’où sort une silhouette squelettique, très peu de featurings : El-P nous fait comprendre qu’il est toujours là et qu’il est a encore des choses à dire.

Pas évident après avoir produit des morceaux comme « the f-word » ou « dead disney » d’arriver encore à nous surprendre. La force de cet album réside dans la maitrise de ce style à part qui distingue El-P des autres producteurs indé, il mélange aussi bien des guitares saturées que des samples orientaux pour créer une musique post-apocalyptique tout droit sorti de son esprit torturé.

« I’ll Sleep When You’re Dead » est l’album qui représente le mieux le hiphop « alternatif » d’aujourd’hui, celui qui ose prendre des risques, qui n’hésite pas à faire évoluer le beat au fil du morceau, à placer des scratchs violents dans les refrains et à innover en terme de flow et de lyrics. L’album s’ouvre sur un titre fleuve au beat bien lourd où El-p laisse respirer l’instru, s’enchaine « smithereens » morceau le plus accessible de l’album au refrain ravageur avec en feat Hangar 18. On s’attarde ensuite sur « EMG » très proche du « scenester » de Cage et sur « up all night » qui n’est pas sans rappeler la grosse batterie de  « deepspace 9mm » de « Fantastic damage ». Dans le même esprit « run the numbers » avec Aesop Rock est un des titres les plus violents de l’album ou des bruits étranges fusent de toute part, « flyentology » et ses voix stridentes rappelle quand à lui « dead disney ». Enfin on pourra relever un titre plus old school dans sa structure, « no kings » ou la batterie est très présente et des samples de vieux classiques sont utilisés.

La critique semble saluer le retour du maître comme le grand public qui s’est rué sur l’album la semaine de sa sortie, permettant ainsi à « I’ll sleep when you’re dead » de se hisser dans les 100 meilleurs ventes d’albums aux Etats-Unis. Le partenariat avec MTV ne semble pas y être pour rien, mais si cela permet à El-P d’étendre son auditoire c’est tout ce qu’on lui souhaite.

Selon ces dires il ne compte plus nous faire patienter 5 ans avant de nous servir un nouvel album, on a plus qu’à espérer que ces prochains opus soient du même acabit.

Morceaux favoris :
– Dear Sirs
– Run The Numbers

Twelv’ pour 90bpm.com