La pub radio dit « Lipopette Bar, quand le Rap fricotte avec le Jazz »… Une fusion du rap à un autre style, ça sonne le déjà entendu. Oui. Une fusion du rap et du jazz, encore plus. Deux fois oui. Sauf que l’on parle d’Oxmo Puccino. Le rappeur français à qui l’expression « punch line » sied le mieux. Le roi incontesté du flow limpide. Si l’on devait ériger un panthéon du rap français, il serait peut-être au sommet, tant sa discographie est impeccable. Ce n’est pas qu’un avis personnel, personne n’a jamais reproché à Oxmo d’être mauvais voire même faible.

Avec ce nouveau projet, son quatrième album solo après Opéra Puccino, L’Amour est Mort et Cactus de Sibérie, Oxmo prend un risque énorme. Il tente un disque musical hors des normes du rap qu’il a produit jusqu’ici. Il prend le risque de perdre ses auditeurs. Mais le résultat est plus qu’à la hauteur. Évidemment, la première écoute est un peu déroutante. La technicité de l’écriture et du flow auxquels nous étions habitués ont été un peu mis de coté au profit de la musicalité et de l’histoire. Lipopette Bar est en effet un vrai voyage musical dont l’histoire se construit de morceaux en morceaux. À propos de déjà entendu on pense tout de suite à Mélody Nelson de Gainsbourg dont le concept est tout à fait similaire. Ox est parti de l’histoire de la chanteuse Billie Holiday qu’il a entourée de personnages sortis tout droit de son imaginaire. Les plongeant tous dans une atmosphère glauque, ambiance bar de Jazz des années sombres de la prohibition américaine. Racontant leurs aventures respectives d’un track à l’autre à la manière des séries télé qui ont autant de point de vue que de protagonistes.

Pour ce qui est de la musique, il y a du niveau. Rien de totalement révolutionnaire mais tout est de qualité. Le style est très free jazz, plus que piano d’ascenseur et le flow d’Oxmo colle parfaitement. Il nous entraîne dans son univers pour un voyage au milieu d’un film noir (forcément) en commençant très légèrement par une petite histoire de radio crochet (Perdre et Gagner). Puis l’histoire s’installe, le rythme s’accélère, les personnages se présentent, les instruments se libèrent (Au Lipopette bar, Quoi qu’il en soit, Depuis…). La tension monte, le suspense vous prend, le beat s’alourdit (Où est Billie, Conte de fée, Tito, La Roulette Russe). Malgré un petit break festif (Black Popaye) l’histoire tourne mal, vous voulez vous en éloigner, mais impossible, comme les personnages vous êtes pris au piège (Ceux qui disent…, La femme de sa nuit). En véritable cauchemar l’issue est un vrai délire, la musique s’enfièvre comme les esprits (Nirvana), puis vous laisse tout seul d’un coup juste après quelques petites notes légères pour vous ramener à la réalité.

A écouter encore et encore, il y a dans ce Lipopette Bar quelque chose d’intemporel, de culte. On ne s’en lasse pas. L’album est parfaitement mené, pas de morceaux à jeter. Ce ne sera peut-être pas le succès rap de l’année, mais il pèse lourd dans la discographie d’Oxmo et donc du rap français en général.

Les 3 titres coups de coeur:
– Au Lipopette Bar
– Tito
– Nirvana