Le premier réflexe de tout bon fan du Wu sera de se ruer vers le sixième morceau de ce disque, « Nine Milli Bros ». Le Clan au complet sur une production de MF Doom, cela ne pouvait qu’être excellent. Hélas, la déception est presque à la hauteur de celle ressentie à l’écoute de « Biochemical Equation » (RZA/MF Doom) il y a quelques mois. L’instru est assez quelconque, et la longueur des couplets est réduite au minimum tolérable. Malgré tout, ce morceau est plaisant, car le Wu Tang en entier en 2006, ce serait bien même acapella. Au delà de ce morceau, la participation de MF Doom à l’album est elle aussi décevante. Le beat de « Clipse of Doom » était parfait pour MF Grimm et Megalon ( « Rainblood » sur « The Downfall of Iblyis »), mais n’est pas du tout adapté à Ghostface et Trife, invité sur ce titre. Au passage, la manie de Doom de recycler ses instrus devient franchement énervante, surtout quand il s’agit de sorties aussi attendues. MF Doom produit  deux autres morceaux, le sympathique « Jellyfish » et le très bon « Underwater », seul morceau marquant de la collaboration tant attendue présent sur « Fishscale ».
Si cette association risque finalement d’accoucher d’un enfant pas si mignon que prévu, deux morceaux indiquent qu’une autre combinaison aurait pu être autrement plus fructueuse. En effet, les deux morceaux produits par le regretté J Dilla sont magnifiques. « Beauty Jackson » est très court mais intense. « Whip you with a Strap » est tout simplement le meilleur morceau de l’album. La boucle magique de son instru avait déjà fait son effet sur « Donuts », mais elle est encore plus saisissante associée à la voix de Ghostface. Les deux beats concoctés par Dilla sont calmes, lents, envoûtants, exactement le genre sur lequel Ghostface étale son talent et sa classe. Son rap devient presque une complainte, et c’est à ces moments que sa voix et son flow sont inimitables, irrésistibles. La qualité du rap de Ghostface est d’ailleurs la seule constante de ce disque.
Ghostface a décidé de faire appel aux anciennes gloires de la production pour ce cinquième album. En effet, Pete Rock produit lui aussi trois morceaux. Sorti longtemps avant l’album, « Be Easy » est toujours aussi efficace : il est vrai que l’on a connu Pete Rock plus fin, mais le beat énergique, un Ghost énervé et un refrain accrocheur font de ce morceau une totale réussite. « RAGU » réunit de fort belle manière le duo mythique Ghostface-Raekwon, dans une ambiance proche de « Only Built 4 Cuban Linx », pour l’un des très bons passages du disque. Pete Rock est aussi à l’origine du beat de « Dogs of War », agréable posse cut où Ghostface est épaulé par Raekwon et le Theodore Unit. Le Soul Brother number one n’a plus l’aura d’antan, mais son travail sur cet album est rassurant, deux ans après sa léthargique collaboration avec Edo G.
Le reste de l’album oscille entre le passable et le franchement nul. Quelques titres sont plutôt bons : « Shakey Dog », « The Champ » (même si Just Blaze y fait, comme souvent, beaucoup de bruit pour pas grand chose), « Big Girl ». Ce dernier morceau, s’il n’est pas le meilleur de l’album, est assez particulier. Sur un sample mielleux au possible, voir niais, Ghostface se livre à un numéro dans lequel n’importe quel autre rappeur aurait été hautement ridicule. Hélas, une bonne partie de l’album n’atteint pas cette qualité toute relative. « Fishscale » est effectivement un achat recommandé pour quiconque souhaiterait se muscler l’index, tant la touche « skip » est mise à contribution. Les innombrables interludes sont inutiles et inintéressants. Un titre « bonus » relance Biggie dans la course au titre de rappeur ayant sorti le plus de morceaux après sa mort (à priori, Tupac mène pour l’instant). « Momma », « Kilo » ou encore « Crackspot » sont aussi très faibles, mais le comble de l’horreur est atteint avec « Back like That », véritable abomination r’n’b.
Trop de skits, trop de titres inutiles (et quelques vraies daubes), pas de réelle direction musicale, un MF Doom décevant…le verdict de la première écoute n’est pas vraiment favorable à « Fishscale ». Mais, en l’épurant de ses nombreux moments superflus, cet album devient très bon. Avec une sélection de morceaux plus pertinente, limitée à une douzaine de titres, « Fishscale » aurait été autrement plus percutant, d’autant que Ghostface est égal à lui même, c’est à dire excellent, sur la grande majorité du disque.