Abordant la musique de façon intimiste et honnête, Caserio (le mc) et Antes (le beatmaker) ont mené à bien ce projet de façon autonome, tout justes épaulés par les scratches de Wicked Matrix sur deux titres et la présence au micro de l’américain Nonsense le temps d’un morceau. Tout repose donc sur les épaules de ces deux jeunes passionnés, dont les débuts remontent 5 ans en arrière, et qui ont planché plus d’une année entière sur ce premier essai.
S’ouvrant sur des notes chaleureuses propulsées par un long échantillon de soul, le titre éponyme nous plonge directement dans une ambiance agréable et personnelle, dans laquelle Caserio nous transmet tout le bonheur que peut avoir un groupe au moment où son projet voit enfin le jour. Se dévoilant légèrement sans en faire trop, le mc amène parfaitement l’univers du duo, dans lequel un maximum de gens devrait se reconnaître. Oscillant entre story-telling, égotrip et introspection, Caserio se place comme un Monsieur-Tout-le-Monde qui s’interroge sur le monde qui l’entoure, partageant ses expériences et ses réflexions au gré des morceaux.
Tantôt teintés d’ironie, tantôt optimistes et débonnaires, les textes de Caserio sont faits de longues phases, ce qui les place à contre sens des standards actuels. Et si cette caractéristique peut-être légèrement handicapante sur toute la durée d’un album, à l’inverse le discours y gagne vraiment en densité et en émotions.
Bonnes Vacances en est le parfait exemple, l’auteur switchant de point de vue à chaque nouveau couplet pour évoquer sur un air jazzy les congés estivaux de plusieurs personnages au profil différent. Excellent exercice de narration ponctué d’images fortes, Caserio est vraiment à son aise avec ce type de texte, et le prouve en délivrant plusieurs pépites dans la même veine… De la drague au sein des nuits aixoises (Fallin) au décryptage détaillé des passagers d’un autocar (Dans le Bus) en passant par les anecdotes liées à son parcours scolaires (Du fond de la Classe), Caserio se place en spectateur et dépeint son monde sans parti pris, de façon juste et toujours avec une petite pointe d’ironie fort plaisante. Un petit peu à la manière d’un Buck 65, l’auteur nous fait partager son quotidien à travers ses récits, sans chercher à en faire trop. Bien qu’à quelques rares reprises Caserio n’évite pas certains écueils, comme la critique un peu facile du rap français (Ma Musique) ou le portrait un peu simpliste de la société dans son ensemble (Assis Là), on le sent maître de sa plume et très à son aise dans l’univers musical que lui apporte Antes, le beatmaker du duo. Et autant le dire franchement, les instrus de ce dernier constituent sans nul doutes le gros point fort de cet opus.
Piochant ses échantillons dans des univers variés, Antes exploite parfaitement sa Mpc, de laquelle il sort des sons chaleureux et souvent soulfuls. Des voix pitchées associées aux guitares progressives d’Y Croire à l’excellent On The Rise (très "Just Blazien"), le jeune producteur provençal a su confectionner une atmosphère très contemporaine à cet album. On se rend d’ailleurs compte de tout son potentiel lors des plages solos qu’il s’attribue, laissant parler son inspiration avec brio. Par ailleurs, ces moments purement instrumentaux permettent au disque de respirer, chose hautement appréciable pour garder une certaine cohésion et assurer l’homogénéité de l’ensemble.
Malgré quelques petits défauts imputables à la jeunesse du groupe, leur premier essai est une franche réussite qu’on prend plaisir à découvrir et à déguster. Marchant sur les pas d’Hocus Pocus, de la Vème colonne ou de Chiens de Paille, le duo aixois peut être fier de son bébé. « La Récolte » est ce genre d’album qu’on attend pas, mais qu’on se plait à écouter régulièrement pour son homogénéité et sa qualité.