Au travers de trois albums (" The Next Step", " Questions in the Form of an Answer", "O.S.T") et d’un Ep ("Or Stay Tuned") Thes One et Double K se sont imposés comme le comité anti-prise de tête du rap actuel. Ceci est maintenant officiel, Thes One ayant monté son label Tres Records sur lequel sont signés des groupes tout aussi cools (Giant Panda, Lightheaded). Une première différence avec les albums précédent apparaît toutefois, non pas à la première écoute, mais au premier coup d’œil : la couverture est très laide. Peu importe, ceci est secondaire, surtout si l’album se révèle être bon. Les morceaux ouvrant l’album sont aussi un peu éloignés de ce que l’on a l’habitude d’entendre avec les PUTS, mais restent sympathiques : « Steppin’ » est très énergique, « Pumpin » est construit à partir de sonorités étranges, mais la palme de la bizarrerie revient à « Pass the 40 » et à sa production ultra-minimaliste, constitué uniquement d’un beat programmé à partir de percussions « exotiques ». Déroutant, mais plaisant à la longue. Ce début d’album, s’il est loin d’être mauvais, est légèrement décevant. En effet, on n’attend qu’une chose : retrouver les PUTS que l’on connaît, et cela arrive heureusement dès le cinquième titre, « Flex Off ».
A partir de ce morceau et jusqu’à la fin du disque, les fans du duo seront comblés. On retrouve la mixture habituelle, toujours aussi efficace : des samples chauds et mélodieux associés à des rythmiques travaillées et entraînantes , sur lesquelles viennent se poser les raps très laid-back des deux compères. La voix d’ourson bienveillant de Double K rebondit à merveille sur les prods de son pote Thes One, qui a lui un flow plus nerveux mais tout aussi tranquille. Même si les PUTS semblent se contenter d’une formule, plutôt magique, pour créer leur musique, elle ne manque pas de variété. On passe ainsi sans problème d’un morceau festif (« Tuxedo Rap ») à un autre plus mélancolique (« Days like this »), sur lequel Thes One et Dub K reviennent sur leur vie avec un peu plus de sérieux qu’à leur habitude, le mot de la fin restant malgré tout fidèle à leur philosophie : « have fun ».
Bien évidemment, plusieurs morceaux sont consacrés aux passions des deux amis. Les références au crate-diggin et à leur amour de la musique sont une fois de plus nombreuses, et le morceau « LA9X » est un hommage à la scène rap californienne, saluant des groupes aussi divers que The Pharcyde, NWA ou Cypress Hill, qui plus est sur une instru magnifique. Le duo met en musique une soirée « chill » sur deux titres, « Jamboree »(part 1 & 2). La première partie, consacrée à la fête elle même, est à juste titre euphorique. La seconde, plus calme, met en scène, non sans humour, un Double K un peu éméché en quête d’une fille avec qui finir la nuit. Dans un registre assez farfelu également, nous avons en « Eat Street » un véritable hymne à la bouffe : « Some guys are made smart, some guys are tough dudes/ but me & my homies we mostly care about food ».
A l’instar des précédents Lp du duo, vous en aurez pour votre argent avec celui-ci. Au long des presque quatre-vingt minutes du disque, vous trouverez du PUTS à toutes les sauces, aucun titre faible ne venant ternir le tout. Bien que certains soient légèrement moins enthousiasmants (« Letter to the Old School »), le disque contient son lot de tueries (« Crown Ones » et sa ligne de basse, « On and On »), en plus des morceaux mentionnés précédemment. Pas de remplissage, donc, et très peu de featurings. Le chanteur reggae Odell Johnson participe à l’agréable « Reflections » , Kat Ouano à « On and On », et George Clinton n’apparaît que sur un interlude, « The Doctor & the Kidd ». Il y a quelques reproches que l’on pourrait bien évidemment faire à Thes One et Double K, mais ils son bien vite oubliés. Tout d’abord, leurs textes ne sont pas franchement profonds. Finalement, ceci ne constitue pas un problème, car la bonne humeur qui se dégage de leurs paroles vaut bien plus que les discussions lourdes et maladroites qui pourrissent souvent le rap dit « conscient ». Il est également bien plus plaisant d’entendre le gros Double K raconter ses plans dragues foireux que d’écouter n’importe quel rappeur bodybuildé se vanter de ses conquêtes faciles. Ensuite, les mauvaises langues diront que les PUTS font toujours la même chose. C’est vrai. Mais c’est en cela que tient leur génie : la formule servie ne change pas, mais elle reste tout aussi savoureuse, et il est difficile de s’en lasser.
Vous l’aurez compris, « The Stepfather » est un excellent album. Sa longue durée fait qu’il contient quelques passages moins intenses, cela ne lui nuisant que très peu. Ce disque risque de rester un bon moment dans votre lecteur, et constitue l’accompagnement musical idéal pour la belle saison qui s’annonce.