Passés en quelques années du statut de groupe underground (c’est en tout cas ce qu’ils revendiquent) à celui de bons vendeurs de disques potentiels, les Dilated Peoples livrent leur quatrième album, « 20/20 », deux ans après le décevant « Neighborhood Watch ».
Originaire de Los Angeles, le trio composé de Rakaa Iriscience, Evidence et DJ Babu se révéla grâce au morceau « Work the Angles », à la fin des années 90. Malgré un très bon premier album, « The Platform », et la reconnaissance évidente du milieu rap sur « Expansion Team » (qui contient des productions de DJ Premier, Juju, Da Beatminerz, ?uestlove…), il apparu vite que l’intérêt du groupe tenait plus à un certain folklore (le retour à la formule « two turntables and a mic ») et au talent de son DJ, qu’à sa qualité réelle. En effet, « Neighborhood Watch », malgré le tubesque « This Way » produit par Kanye West, laissait clairement transparaître les limites d’Evidence à la production et surtout, plus gênant, les lacunes des rappeurs, jusqu’alors trop bien mis en valeur par de belles productions.
Soyons clairs, ces constats, qui auraient pu ne tenir que de l’accident sur un album, sont confirmés par ce nouvel opus. L’efficacité du single extrait de « 20/20 », l’excellent « Back Again », ne cache pas la misère bien longtemps. Le début d’album est pourtant encourageant : ledit single l’ouvre avec brio. L’instru d’Alchemist est très bon, bien que calibré pour les passages radio avec ses jolies voix pitchées. Le morceau suivant, " You can’t hide, you can’t run", est lui aussi agréable, bien qu’absolument pas original : la production porte la signature bien trop reconnaissable d’Evidence, qui a ici fait dans la sobriété et la douceur (il avait, sur le précédent album, fait étalage de son étonnante capacité à fissurer un tympan).
Les sentiments ressentis à l’écoute du reste de l’album sont à peu près identiques : les morceaux se laissent écouter sans trop de déplaisir, mais sont tous aussi insignifiants les uns que les autres. Evidence s’enlise dans son style : ses beats se ressemblent tous énormément. Au micro, Rakaa et Ev sont toujours agréables à écouter, mais aucunement renversants. Aucun de leur texte n’est réellement marquant, et les invités, pourtant talentueux (Defari, Krondon), sont assez léthargiques. « Kindness for weakness » remonte légèrement le niveau, avec un featuring acceptable de Talib Kweli. Ce dernier pourra d’ailleurs bientôt sortir un double album uniquement constitué de ce genre de collaborations, tant il semble aimer se faire inviter sur un album. Plus sérieusement, cette présence à un vague air de « touche de crédibilité » d’un album carrément easy-listening, peut-être dans le but de conserver le public des premières heures qui devrait, sans aucun doute, fuir cet album.
L’intervention de Talib Kweli ajoute à l’impression dérangeante d’écouter un album très consensuel. Tout y est : le bon single, le titre avec la valeur sûre de l’underground ( plus si underground que ça d’ailleurs, mais probablement considéré comme estimé par le public catalogué « exigeant »), un titre rap/ragga avec Capleton… En ajoutant à cela le fait que la quasi-totalité des morceaux sentent fortement le réchauffé, on obtient un album paradoxalement raté sans être inécoutable. Histoire de remuer le couteau dans la plaie, le meilleur titre de l’album, « Back Again » excepté, est le traditionnel morceau réservé à DJ Babu, qui n’a rien perdu de son habileté aux platines.
Les Dilated Peoples finissent donc bien loin du « 20/20 », et n’atteignent que laborieusement la moyenne. L’album n’est pas réellement mauvais, mais tellement prévisible et ennuyeux qu’il en devient anecdotique. Il est malgré tout meilleur que « Neighborhood  Watch », mais quatre bons titres complétés d’un insipide remplissage ne suffisent pas à restaurer l’estime que l’on pouvait légitimement accorder aux Dilated Peoples après leurs deux premiers albums.