Ghostface ouvre l’album avec « Cocaine Trafficking », aux côtés de son protégé Trife. Ce premier morceau donne un bon aperçu de ce que sera le reste de l’album : thématique de la vie de rue et de la vente de drogue omniprésente (le titre de l’album et des différents morceaux le laissaient présager), instrumentaux agréables, dans un style Wu Tang-ien assez éculé toutefois. Le premier test auquel est soumis Trife, son premier morceau de l’album seul, est « Put it On the Line ». Il s’en sort bien, ce qui est aussi le cas sur le reste du disque. Trife a un rap assez technique, une bonne écriture à la musicalité évidente, mais dont les thèmes ont été abordés de trop nombreuses fois pour vraiment accrocher l’auditeur : les récits d’histoires de la rue sont bien montés et bien rappés, mais sont d’un commun agaçant. Il eût été indiqué de varier de temps à autre les thèmes abordés. Quoiqu’il en soit, Trife montre un potentiel intéressant, bien plus que ses compères du Theodore Unit : Krymelife et Wigs sont des rappeurs comme on en trouverait par centaine dans chaque cité New Yorkaise, et le rap de Tommy Whispers sonne comme une réplique bon marché de celui de Ghostface.
« You gotta strike while the iron is hot », nous dit le refrain de "Fire", morceau sur lequel apparaît Ghostface. Et, à l’écoute de ses prestations sur l’album, l’Ironman à l’air plutôt chaud. Ses couplets ont le malheureux effet de mettre en valeur les progrès que ses protégés ont à accomplir, pour pouvoir prétendre faire à eux seuls des œuvres intéressantes. Malgré cela, le talent de Trife est évident, et il en fait l’étalage sur, par exemple, « War ». Le très bon beat aux sonorités reggae de ce morceau lui permet de dérouler un flow à la fois fluide et acéré, et de lâcher de bonnes punchlines (ce qui est certainement l’un de ses points forts) sur cette hymne aux racailles de toute l’amérique.
« War » est le meilleur titre de l’album pour une autre raison : c’est presque le seul ou l’instru ne semble pas être recyclée à partir d’un bon vieux hit du Wu Tang. Il est regrettable que les beats nuisent à la qualité globale de l’album. Sans agresser les tympans, leur manque d’originalité les rend ennuyeux (ce qui, à propos des productions affiliées Wu Tang en général, s’observe aussi sur « Wu Tang Meets the Indie Culture »). Les réussites que sont quelques titres aux intrus simples et sobres (le court et intense « Late night arrival ») viennent accentuer l’impression que l’album aurait pu être beaucoup mieux si un peu plus d’attention avait été portée aux beats. Si, sur ses prochaines réalisations, Trife bénéficie de plus de productions de qualité, nulle doute qu’il livrera des albums plus qu’intéressants.
"This is Trife Dizzle, get familiar with the name/ Im here to stay for a while, so still it in your brain"…Malgré les quelques réserves émises quant à la qualité de l’album au niveau des instrumentaux, ce premier album de Trife da God est encourageant. Son potentiel et son talent de rappeur sont indiscutables, son écriture est elle aussi intéressante. Si les textes de l’album tournent trop autour des mêmes thématiques, ses punchlines sont très efficaces. Bien que la forme prévale sur le fond, Trife excelle dans ce style d’écriture privilégiant la musicalité et le travail sur les sonorités à la profondeur des textes. « Put it on the Line » est donc un album fort recommandable, qui ne déclenchera pas dans votre esprit d’intenses réflexions philosophiques, mais aura le mérite de vous distraire, de vous faire passer un bon moment et de découvrir un rappeur au futur prometteur, le tout assaisonné de quelques couplets de l’un des meilleurs rappeurs au monde.
Note : quelques titres bonus sont présents à la fin de l’album, et sont complètement inutiles. Par contre, le DVD fourni avec le CD ne fait pas qu’office d’argument de vente. On y retrouve un live complet de Ghostface backé par Trife, avec de apparitions de Cappadonna, Masta Killa, GZA et Killah Priest.