Une telle prolificité, au delà d’être surprenante, est inquiétante. D’autant que si OC a signé sur le label des Hieroglyphics, il n’a fait appel à aucun producteur « maison », et a confié l’intégralité de la production de son album à Mike Lowe. Artistiquement, la démarche est louable. Louable, mais risquée, car si le beatmaker se révèle être mauvais, tout le disque en pâtira. Sûrement confiant en Mike Lowe, OC à tenté ce pari tenant du tout ou rien, à tort. Toutes les appréhensions que vous aurez pu avoir avant la sortie de ce disque seront malheureusement confirmées, et ce dès le premier titre. Courageux sont ceux qui l’écouteront jusqu’au bout. Le style de Mike Lowe s’impose d’entré, dans toute sa médiocrité : le beat est vaguement soulfull, mais sonne surtout bon marché. Le titre suivant est dans la même veine musicale, mais un semblant de sursaut d’orgueil de la part d’OC le rend moins insignifiant.
Samples pompeux, synthétiseurs insupportables, originalité inexistante…les instrumentaux sur lesquels OC s’évertue à rapper sont tous plus quelconques les uns que les autres. Au delà de la faible qualité des beats, il semble que la complémentarité entre le rap d’OC et le style de production de Mike Lowe soit loin d’être évidente. Sur quelques titres, le résultat obtenu s’approche tout de même du correct (« Emotions », « Going Nowhere »). Ces trop rares morceaux écoutables le sont, entre autres, car les beats sont à la limite du simpliste. Effectivement, dès que Mike Lowe se montre aventureux, le résultat est désastreux. Quand les instrus de sont pas d’infâmes bouillies vaguement rap, elles se transforment en un r’n’b mielleux et insupportable (« Gone »). Les voix pitchées sont utilisées hors des limites du raisonnable. Il est rare que des instrus desservent à ce point un rappeur, car sur « Smoke & Mirrors », il faudra une grande volonté pour se forcer à écouter ce que dit OC. Et, au final, ceci n’est pas plus mal.
En effet, il est injuste de stigmatiser les instrus. Sur les dix-sept titres que compte cet album, l’ex-talentueux Omar Credle nous propose un rap flemmard, qui ne rattrape jamais la faiblesse des beats. A sa décharge, n’importe quel rappeur s’endormirait sur de tels productions. Mais, tout fan que l’on soit, il ne faut pas chercher d’excuses à OC. De temps à autres, il retrouve une certaine verve, mais ne démontre jamais plus d’un dixième du talent qu’on lui connaît. « The more emotion I put into it, The harder I rap », disait-il il y a plus de dix ans… Il faut croire que toute émotion à quitté OC. Si sa technique est toujours bonne, il semble rapper machinalement, comme s’il y était obligé. Ses lyrics sont toujours de bonne facture, mais leur niveau s’est aussi amoindri au fil des ans. Sur « Emotions »(est-ce un hasard ?), meilleur titre de l’album, le texte d’OC est par contre réussi. Il y parle de sa vie, de ses propres sentiments, avec sincérité.
Le triste constat final concernant « Smoke & Mirrors » est que l’écouter en une seule fois, sans décrocher, est un exploit. Même si l’on attend toujours plus de nouveautés de la part de nos rappeurs préférés, on préférerait parfois les laisser prendre leur retraite, paisiblement, plutôt que de nous abreuver d’albums inutiles. Le souvenir que tout le monde aurait préféré garder d’OC est bien sur celui d’un rappeur auteur de deux albums d’anthologie, plutôt que celui d’un bon MC ayant connu une fin de carrière aussi désastreuse que furent majestueux ses débuts. La signature chez Hiero Imperium, label synonyme, en général, d’une relative qualité, aura fourni un espoir de courte durée, ruiné par le style « soulfull discount » de Mike Lowe.
Oublions donc ce « Smoke & Mirrors » ne comportant pas plus de deux titres corrects, en dehors du bon « Emotions », et replongeons allègrement dans les exploits antérieurs d’OC, du temps où il collaborait avec les légendes de la production que sont DJ Premier, Buckwild, Lord Finesse, Showbiz ou les Beatminerz. Oublions ce OC léthargique et réécoutons-le donner de véritables leçons de flow sur « Time’s Up » et « My World ». Espérons que dans quelques années, avec le recul nécessaire, le public français se rappellera qu’en Novembre 2005, OC brûla le micro sur la scène de l’Elysée Montmartre, et non qu’il sortit un album à passer sous silence.