« You look like a Piiiiimp »…C’est ainsi que s’ouvrent l’excellent « Say That Then » et l’album. Ce premier titre clarifie la situation : ne vous attendez pas au Casual du classique « Fear Itself », c’est ici sa personnalité Pimp, Smash Rockwell, qui est à l’honneur. L’instru énergique de « Say That Then » laisse s’exprimer la technique au micro de Casual, mise ici au service d’un egotrip bien gras. Cette entrée en matière est donc très efficace, ce qui est aussi le cas de « Rap Game ». Sur un sample de guitare, Casual s’emploie, comme beaucoup (trop) d’autres avant lui, à décrire le rap game par un discours archi-convenu. Mais le flow et le charisme sont là, et parviennent à dissimuler, en partie, le manque total d’originalité du texte. Casual jouant au pimp sur cet album, on ne s’étonnera pas de la présence de Too Short, pionnier du Pimp-Rap, sur « OAKTown », titre hommage au lieu de résidence des MC’s y apparaissant. La prod nonchalante peut agacer, mais l’ambiance très laid back du titre a son charme.
Le début de l’album est une bonne surprise, qui se poursuit avec « Styles », certainement le meilleur titre du disque. Le concept de ce morceau, amusant, est d’énumérer, exemples à l’appui, différents styles de rimes. Premier style, la rime se finissant toujours par le même mot, ici « money ». Ensuite, Casual s’adonne à la classique rime mono-syllabique, puis pousse à deux syllabes et à trois syllabes. En plus de la leçon de rap, l’aspect « regardez ce que je sais faire » de ce morceau, sorte d’egotrip implicite, est délectable.
La suite de l’album est assez inégale. Certains titres sont carrément mauvais, comme « In The Whip » et son refrain insupportable, ou « « I’ll it That », revival old school complètement raté. D’autres sont agréables tout en étant assez insignifiants : « Single Mother » (dont le discours conscient très commun semble hors-propos au vu du reste de l’album), « Bitin & Freakin », « Critical ». Le meilleur moment de cette seconde partie d’album vient de la collaboration de Casual avec deux de ses compères des Hieroglyphics, Tajai et Opio, sur « Hierollers ». Les rappeurs des Souls of Mischief sont plutôt en forme, et il en résulte un titre réussi. « Nickel & Dime Gangsta », sur lequel apparaît une figure du Gangsta Rap de la Bay Area, E-40, est assez bon aussi, ainsi que « All around The World ».Au niveau instrumental, l’album est loin d’être renversant, mais recèle de bons moments. La variété des instrus atténue, à l’écoute du disque, la pauvreté de certaines.
"Smash Rockwell is Casual at his Finest"… Probablement pas, mais il faut admettre que cet album est une bonne surprise. « Smash Rockwell » était prédestiné à être une déception de plus à mettre a l’actif du crew Hieroglyphics, mais il n’en est rien. Sans être exceptionnel, à part sur deux titres vraiment excellents (« Say That Then », « Styles »), l’album est solide, malgré quelques indéniables faiblesses. Ecouté en premier lieu avec le statut peu glorieux d’album dont on attend rien, « Smash Rockwell » se révèle être, après quelques écoutes, un album de bonne facture, pour peu que l’on ne cherche pas plus loin que le divertissement.