Tout d’abord, un bref retour sur le passé du groupe originaire de Columbus, Ohio. A la production, J-Rawls. Beatmaker émérite et rappeur à ses heures perdues, il s’est révélé en 1998 grâce à sa participation à Blackstar, entraînant le duo qu’il forme avec le MC J-Sands, les Lone Catalysts, dans son sillage. Il s’est, par la suite, montré excellent quand il s’agissait de produire du rap (son album « The Essence », ainsi que d’autres projets avec Fat Jon notamment), mais poussif et agaçant quand il s’est dirigé vers le r’n’b/soul, style qu’il affectionne. J-Sands, quant à lui, a prouvé au fil de ses apparitions qu’il était un très bon lyriciste, bon rappeur, néanmoins inférieur à certains MC’s de son entourage, J-Live et Talib Kweli notamment. Son album solo, The Breaks, fut décevant, faute à un concept discutable et pas forcément bien exploité. Pour « Good Music », les deux compères ont donné le meilleur d’eux-mêmes, justifiant largement le temps passé à concevoir ce disque. Après l’intro précédemment citée commencent les choses sérieuses. Boucle aux élans épiques, morceau court et intense, « Brothers Keeper » est une parfaite entrée en matière. Mais le meilleur reste à venir…
Le « titre-hommage », tradition rap s’il en est, trouva ses sommets dans les « T.R.O.Y. » et autres « Full Clip ». A ces prestigieux aînés, il faudra maintenant ajouter « Ones We Miss ». Le titre démarre sur la voix de J-Sands, adoucissant d’une première salve de dédicaces un beat rugueux, épuré. Puis la boucle démarre. Aérienne, envoûtante, mélancolique sans être larmoyante. Sur ce sample en or, utilisé à merveille par J-Rawls (qui signe là une de ses meilleures productions), J-Sands déroule un flow calme et précis, plein de style. Le texte et l’ambiance parviennent à faire passer une certaine émotion, sans sombrer dans le racolage inhérent à certains titres dédiés aux disparus. « Ones We Miss » est incontestablement l’un des plus beaux morceaux de ces dernières années. L’inconvénient d’avoir placé un tel monument en début d’album aurait pu être de faire passer le reste du disque au second plan. Si de tels sommets ne sont pas atteints par la suite, il n’en est rien.
Comme énoncé avant, les influences transparaissant à l’écoute de « Good Music » sont nombreuses. « En la Ciudad » explore, par exemple, un sample aux sonorités salsa et latino, et est plutôt réussi. Mais J-Rawls n’a pas pour autant abandonné ses inspirations jazz : des nappes très smooth de cuivres et de piano donnent une ambiance très reposante à « Once Before », sur lequel J-Sands rappe de façon effacée, s’adaptant à l’atmosphère du titre. Le MC a élargi sa palette de possibilités depuis ses débuts. Effectivement, si son flow avait tendance à être trop constant et monocorde, il varie ici selon les ambiances. « Once Before » contient également le premier featuring chanté de l’album. Les refrains chantés, si il ne cèdent jamais au r’n’b putassier, sont parfois de trop, même si ils n’empoisonnent réellement aucun titre : seul celui de Chauncey sur « Survival » est agaçant, à la longue.
Avant même l’écoute, un simple regard au dos de la pochette du disque le démarque de ses prédécesseurs : le nombre d’invités. Si cela peut provoquer une certaine appréhension, l’écoute l’atténue. Bien que certains soient peu utiles, les invités s’intègrent bien à l’album et ne font pas tâche, ne transforment pas le disque en un infâme patchwork. Tout d’abord, six de ces invités sont réunis pour un même morceau, le posse cut  à l’ancienne  « 100 Bar Dash ». Un beat joyeux, pas de refrain, et les MC’s, talentueux pour l’occasion (J-Sands, Mr Complex, El da Sensei, Wordsworth, Lil’ Sci, Thes One et PA Flex du groupe The 3rd), enchaînent leurs couplets. Certains des featurings sont tous naturels, et donc aucunement gênants : les rappeurs invités font partie du paysage musical des Lone Catalysts. Les membres de The 3rd et Dante de Mood réalisent des prestations convenables, mais c’est surtout la participation de Grap Luva et Asheru que l’on retiendra. Il apparaissent sur « L.I.F.E. », très bon titre teinté de reggae, nouvelle preuve de la diversité des styles dont s’est inspiré J-Rawls. La présence de deux autres invités ne dérangera personne, car ils font partie de ceux avec lesquels on ne peut pas décemment refuser de collaborer. Le premier est Masta Ace, qui apporte sa contribution à J-Sands sur « Taboo », beau titre à l’atmosphère intrigante qui se révèle au fur et a mesure des écoutes. Les second, surtout prestigieux d’un point de vue historique, est Mix Master Ice (UTFO) qui vient agrémenter de ses cuts énergiques l’instru de « Bad Music ».
Si « Good Music » est globalement très bon, il est possible que certains décrochent sur quelques morceaux à l’ambiance trop calme. Sans être mauvais, « The Right » est l’un d’eux. « Afta da Jawn » se révelera, après plusieurs écoutes, être l’une des baisses de régime de l’album. Mais, pour une oeuvre de dix-neuf titres durant plus d’une heure dix, ceci est pardonnable. D’autant que d’autres morceaux viennent rattraper les faiblesses de l’album. En premier lieu, « The Hustle », dont l’ambiance rappelle celle de « Footprints » d’ATCQ, l’un des groupes ayant le plus marqué les Lone Catalysts, à l’évidence. Les deux parties de « By My Damn Self » sont réussies, ainsi que « Good Music » et « The Ultimate ». Le titre bonus, « Destiny », avec The 3rd, est lui aussi très agréable.
« Good Music »…Finalement, ce titre n’était pas usurpé, et l’attente n’était pas vaine. L’album est fort de grandes qualités musicales puisées dans nombre de styles (Jazz, Soul, Funk, Reggae…), d’un morceau exceptionnel (« Ones We Miss ») et d’autres très bons moments (« Taboo », « L.I.F.E »…). Il souffre par contre d’indéniables imperfections et de quelques featurings dispensables, que l’on pardonnera à J-Sands et J-Rawls, qui se sont montré un peu trop gourmands et prolifiques, l’album étant très long. Les Lone Cat’s ont évolué musicalement, leur style n’est plus restreint au rap jazzy, mais il ont su malgré tout garder une certaine identité. Chacun devrait trouver de quoi se satisfaire dans cet excellent album, dont les sonorités très 90’s côtoient la fraîcheur amenée par le talent des deux compères.