Une ambiance chaleureuse, des samples à foison, un gros travail sur les rythmiques : dès la première écoute, la parenté avec les People Under The Stairs est évidente. Elle est d’ailleurs officielle, les PUTS étant signés sur le même label que GP, Tres Records , et Thes One produisant quatre titres sur l’album. Car les Giant Panda font partie de cette famille d’artistes affectionnant les ambiances à la fois Old School et innovantes, privilégiant l’ambiance et la musicalité par rapport au discours, souvent léger, mais jamais stupide. Malheureusement sous-estimé car catalogué « rap-barbecue », ce style est néanmoins très intéressant, et « Fly School Reunion » en est une preuve indiscutable. La force de ce genre d’albums réside dans le bien être ressenti à leur écoute. En l’espace de deux titres, « One Time » et « With It » Newman et Chikaramanga prouvent qu’ils n’ont rien à envier à Thes One en ce qui concerne la production : leurs beats sont complexes, soignés, mais surtout réussis dans le sens où chacune des notes est une caresse de plus sur le tympan de l’auditeur. Les rappeurs ne sont pas en reste : s’ils ne sont pas des techniciens hors-pair, ni des spécialistes de la punchline assassine, leurs flows sont on ne peut plus adaptés au genre.
Giant Panda présente la particularité d’être un groupe multiethnique (un blanc, un noir, un asiatique). Ainsi, vous pourrez entendre de temps à autre Chikaramanga lâcher un couplet en japonais. Les trois compères, en bons disciples des PUTS, ne perdent pas leur temps dans de vains discours engagés (sauf sur « Racist », mais tant que c’est bien fait…), et préfèrent accrocher l’attention grâce à des refrains travaillés, truffés de traditionnels appels au public (« Ya’ll dont Stop » ; « Turn it up loud ! », etc…) aux sonorités parfois familières («Havin fun and nothin’ else/ Just to see your smile and enjoy yourself… » ; sur « Super Fly »). L’influence de groupes légendaires des années 90 transparaît aussi des mots des rappeurs, comme sur ce « 90’s », très réussi, faisant référence au « Midnight Marauders » D’ATCQ, autant dans la re-formulation de certaines phases de Q-Tip que dans l’outro, ramenant aux interludes de ce même album.
Mais il serait injuste de réduire ce lp à ces ambiances « smooth », bien qu’elles soient très agréables. Certains morceaux s’éloignent de cette douceur, pour s’aventurer dans une brutalité épurée («Diggin’ in the Tapes ») ou dans des contrées plus sombres (« Just Cause » ; « Sho’improve »). Les Giant Panda montrent aussi une bonne capacité à faire des titres groovy, comme ce « T.K.O. » et sa guitare folle, ramenant de par son refrain au « Case of the PTA » des Leaders of the New School, avec un couplet en japonais dans cette version 2005…insolite, mais surtout plaisant. Au delà des qualités des rappeurs, l’album brille par la qualité de la production. La diversité des samples ne nuit pas à l’homogénéité de ce disque, où aucun titre ne se ressemble pour autant. La sélection de beats est quasi-irréprochable, et si elle n’atteint pas les sommets d’un « The Next Step » (P.U.T.S.), elle fait de « Fly School Reunion » l’un des albums les mieux produits de l’année, du moins dans ce style de rap.
L’énergie et l’amour évident de la musique des GP sont communicatifs, et ils possèdent de plus un petit détail atypique les séparant de la masse. Si, en cet automne particulièrement froid, vous souhaitez vous remonter le moral et vous réchauffer les oreilles, procurez vous ce « Fly School Reunion », que vous serez tout heureux de ressortir pour vos soirées estivales. Toutes considérations météorologiques mises à part, il serait dommage de passer à côté de ce disque fort réussi, ne bénéficiant malheureusement pas de l’exposition qu’il mériterait. S’il n’est nullement surprenant, le genre ayant été visité et revisité, que ce soit dans les années 90 ou par les parrains de Giant Panda, les People Under The Stairs, cet album présente la qualité de ne jamais faiblir, d’offrir titre après titre ce son qui réjouira tous les nostalgiques ainsi que les novices.