C’est donc chaperonné par DJ Premier et la Gangstarr Foundation dont il fait partie que Big Shug à concocté ce « Who’s Hard ? » . L’album commence d’ailleurs par le titre éponyme, produit non pas par DJ Premier mais par Alchemist, qui fait le travail sans plus, dans le sens ou le titre est bien, mais laisse clairement transparaître que Alchemist ne s’est pas foulé. Ce n’est qu’au deuxième titre que l’on retrouve Big Shug sur une production de Preemo, et là plus que sur le précédent, il existe une alchimie évidente : le rap de Shug est fait pour être posé sur une instru de preemo. Ce dernier nous donne une leçon d’efficacité, dans son style caractéristique, simple, mais toujours aussi prenant. La première partie de l’album est presque entièrement produite par Preemo, et le résultat est à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre de cette association : excellent. Les bons titres défilent, sans vrai bombe, mais avoir la possibilité, en 2005 ,de se mettre sous la dent un album bien produit dans un style n’ayant pas les faveurs de la nouvelle génération de producteurs est plus que satisfaisant.
Big Shug est accompagné de Guru sur « Counter Punch » et de Bumpy Knuckles aka Freddie Foxxx sur « Sic a Niguz » , pour d’excellents titres. L’autre titre que « Tha way it iz » marquant cette première partie d’album reprend un concept cher à Preemo : sur « Tha 3 Shugs » , Big Shug interprète trois parties de lui même différentes(MC, Ghetto Nigger, Pimp, dixit lui-même), sur trois instrus différentes. Ceci nous ramène aux titres « I’m the man » et « Speak ya Clout » de Gangstarr, où Guru, Jeru et Lil’dap posaient chacun sur un nouveau beat.
A partir de « No mother, no father » , produit par Bless, la production n’est plus aux mains de Preemo, et il en résulte que l’album échappe complètement à Big Shug. « No mother, no Father » est encore de bonne qualité, car malgré un beat un peu trop simple et fort peu original, le texte de Big Shug est prenant car il s’y livre sans retenue, parlant avec sincérité de sa propre vie. C’est après que les choses se gâtent. Big Shug, pour sa première oeuvre à part entière, a voulu s’impliquer à fond, et a donc fait appel à ses amis rappeurs et producteurs. Ce n’était pas forcément une bonne idée. C’est d’ailleurs flagrant dès « We Gangsta » , très faible. Production plate à souhait, rappeurs invités sans style ni personnalité, à zapper. Après un retour bref et relatif à la qualité ( « Who ?(Got my back) » ) produit par Alchemist toujours un peu endormi, le massacre continu. De « Militant Soldiers » à « NFL » , aucun titre n’est valable, à part l’acceptable « Life on Wax » . Productions synthétiques sonnant faux, impersonnelles et d’une platitude impressionante, chants r’n’b insupportables, même si Big Shug n’est pas mauvais dessus, on ne peut se forcer à les écouter.
Heureusement, l’album finit sur une bonne impression. Et ce n’est pas un hasard, les deux derniers titres sont produits par DJ Premier. Parfois, l’oreille du fan fait plus attention au nom du producteur qu’à la qualité intrinsèque de l’instru. C’est ce qu’on pourrait se dire à la lecture de cette chronique : il semblerait que le nom de DJ Premier, et à moindre degré celui d’Alchemist, donne un crédit supplémentaire aux beats. Il n’en est en fait rien, et on peut raisonner inversement en se disant que ces producteurs ne sont pas réputés pour rien, et que même pas au top de leur forme, ils réalisent de bonnes instrus, alors que les « jeunes talents » choisis par Big Shug livrent des prods sonnant vraiment amateur. Fin de l’aparté, revenons à l’album. « Dirt » regroupe Shug, H Stax et Smiley the Ghetto Child pour un très bon titre. « What’s really real » clôt l’album en beauté et en douceur.
L’album dans son intégralité laisse donc une impression mitigée. Si il s’était limité à une douzaine de titres (les 9 produits par Preemo, les deux produits par Alchemist, « No mother, no father » et éventuellement « Life on Wax » ), l’album aurait été une totale réussite. Pas un classique, mais un très bon lp qui aurait été dans les tous meilleurs de l’année 2005. Mais les ratés sont bien là, et si évidemment on n’est pas obligé de les écouter, ils nuisent vraiment à la qualité globale de l’album.
Ce disque rappelle un peu celui de Freddie Foxxx, « Industry Shakedown » : Bumpy Knuckles avait attendu longtemps avant d’avoir un album distribué de façon proportionnelle à son talent, et avait parsemé son disque de titres dispensables, côtoyant des bombes produites par les légendes DJ Premier, Pete Rock, Diamond D ou encore une fois Alchemist. Dans la forme pure, le rapprochement se fait aussi : l’influence de Gangstarr se fait clairement ressentir. Au niveau lyrics, les Battle Rhyme et les punchlines sont dans le même registre, ego surdimensionné et saoulant en moins pour Shug. Big Shug a donc réussi à prouver sa capacité à réaliser un album personnel avec ce « Who’s Hard? » , car malgré les titres gâchant un peu le lp, ce disque reste solide et consistant, et conviendra à quiconque a les capacités psychomotrices pour appuyer sur la touche « skip » du lecteur CD.
PS: un DVD est fourni en bonus, contenant des séquences studio, des anecdotes, des prises live, dont une de « The Militia » où l’on aurait aimé que Foxxx et Guru n’aient pas été coupés, mais que voulez vous c’est l’album de Big Shug…