Le début d’album vient immédiatement confirmer cette tendance. Après qu’une charmante petite voix ait annoncé à l’auditeur qu’il était stupide d’avoir acheté le disque, le premier titre, « El Chupa Nibre », ouvre brillamment l’album. Que dire alors de « Sofa King » ? Sur un sample de musique classique, Danger Mouse permet à MF Doom de dérouler son flow caractéristique, à la fois nonchalant et captivant. Deux morceaux, deux franches réussites…A ce moment du disque, l’éventualité d’un nouveau classique MF Doom/Producteur en vogue ne paraît pas si improbable, un an après « Madvillain »…Mais n’allons pas trop vite en besogne.
Ghostface, premier invité, lâche son couplet sur « The Mask ». Bien mais pas extraordinaire. Il faut avouer que cette association de Doom et du rappeur du Wu Tang est assez décevante, au vu du potentiel qu’elle dégageait à priori. Après le moyen « Perfect Hair » arrive un autre titre majeur de ce début d’album : « Benzi Box ». L’ambiance de générique de cartoon est parfaitement reconstituée, la petite voix de Cee-Lo annonçant le héros microphonique MF Doom étant du meilleur goût. Certains n’apprécieront pas l’atmosphère du titre, mais pour peu que vous adhériez au concept, ce morceaux sera irrésistible. Danger Mouse et MF Doom ont invité peu d’autres intervenants sur « The Mouse & The Mask ». Sur le papier, ces collaborateurs semblaient triés sur le volet. Mais, après la semi déception causée par « The Mask », c’est un autre emcee de grand talent qui se montre assez faible : en effet, Talib Kweli est l’auteur d’une prestation fort peu enthousiasmante sur « Old School ». Le titre n’est pas mauvais pour autant, mais vient ternir les débuts encourageants du disque. Les choses ne s’améliorent pas forcément avec « Aqua Teen Hunger Force », sorte d’interlude prolongé, pas vraiment convaincant. Pendant trois minutes, on attend, en vain, que le titre démarre.
La seconde moitié de l’album est très homogène, bien que les instrus de Danger Mouse soient assez variées. L’album est calme et reposant, parfois trop peut-être. En effet, rares sont les moments où il y a une réelle raison de s’extasier. Même si la qualité est toujours très bonne, il arrivera, notamment aux moins bons en Anglais, de décrocher leur attention du disque. De cette deuxième moitié d’album, on retiendra les très bons « Mince Meat », « Vasts of Urine », « Bada Bing » et a un moindre degré « Space Hos », soient les quatre titres finissant le Lp. Cet album était, à juste titre, très attendu. Malgré un début en trombe et une fin forte agréable, il n’atteint pas le niveau de la dernière collaboration sur la durée d’un album de MF Doom avec un producteur, en l’occurrence Madlib, sur Madvillainy. Sans tomber dans la comparaison systématique, analyser les différences entre les deux albums est un bon moyen de déceler ce qu’il « manque » à DangerDoom. Intéressons nous d’abord au MC. MF Doom est toujours très affûté au niveau des lyrics, mais est un peu moins impressionnant que sur certains de ses projets précédents, et pas seulement Madvillainy. Peut-être est-ce la conséquence de la prolifération intensive de ses projets.
L’autre protagoniste de cet album, s’il se montre constant dans la qualité, car les intrus de ce disque oscillent entre le bon et l’excellent, manque certainement d’un brin de folie. Les beats sonnent souvent très propres, et même le fouillis volontaire de titres comme « The Mask » ou « Old School » semble convenu et presque forcé. L’ambiance globale de l’album souffre de ce côté « aseptisé ». L’atmosphère enfumée et hallucinée d’anciens projets de MF Doom mettait en valeur la personnalité du emcee, ce qui n’est pas le cas ici.
Malgré ces quelques reproches, « The Mouse & The Mask » est un excellent disque, probablement l’un des meilleurs de l’année 2005. Il lui manque seulement certaines qualités pour atteindre le statut d’album vraiment mémorable. Bien produit et cohérent dans l’ensemble, cet album accueille de plus l’un des emcees les plus talentueux de ces dernières années, tout old-timer qu’il soit. La perspective, récemment évoquée, d’un second volume des aventures de ces deux artistes réunis s’avère donc plus qu’alléchante…