Deux ans après Still Reportin’, l’autoproclamé « realest side of the Bridge » revient avec Thug Matrix. L’album est produit par une flopée de beatmakers différents dont Havoc, Alchemist, ou encore les français de Get Large. Si la tendance « handclapienne » du moment se ressent sur quelques titres, les instrus demeurent dans la plus grande tradition du son QB, à la fois mélodieuses et résolument street.
Atout pour certains, écueil pour d’autres, l’album compte énormément d’invités : seuls trois titres ne sont assurés que par Tragedy Khadafi. Les dix autres, hors intro, sont des featurings, aux côtés de MC’s plus ou moins connus et/ou talentueux, parmi lesquels Cormega et Raekwon, respectivement auteurs de très bonnes prestations sur Break Bread et Gorilla Rap. Si Havoc et Star Blaze se contentent d’être bons, la meilleure participation est sans conteste celle de Lady repo, laquelle pose un couplet de folie sur le très court mais très bon Aura.
Malgré le bon niveau général des invités, il n’en demeure pas moins que leur omniprésence nous ferait presque penser que Thug Matrix est un street-album. Quant à Tragedy Khadafi, il reste fidèle à ce qu’il fait depuis tant d’années : un flow énergique portant des egotrips ponctués de réflexions métaphysiques, morales, ou touchant à des questions d’honneur (« I’d rather die on my feet that live on my knees »). Il n’oulie pas non plus d’écorcher les hommes politiques au pouvoir, rappelant qu’il figure au rang des rappeurs engagés et profondément politisés. Enfin, il distille non sans talent les descriptions de rue, ainsi que les punchlines qu’on lui connaît ( « I use to fuck with all types of thugs, all types of drugs, strapped up, mached up with all types of slugs »).
Si aucun morceau ne dépare, certains sont clairement au-dessus du lot : Break Bread, Gorilla Rap, Aura, Lyrical Calisthenics (un des trois morceaux solos de l’album, et le plus « intimiste »). On regrettera quand même le fait d’avoir placé Stay Free sur l’album, morceau qui, même s’il est excellent, est sorti en maxi il y a au moins cinq ans, ou encore le recyclage du même couplet sur deux morceaux différents.
Thug Matrix est un album qui, malgré ses airs de mixtape, est plutôt homogène dans la bonne qualité, porté par un Tragedy Khadafi qui, à défaut de révolutionner le genre, rappe toujours à cœur ouvert, sincèrement. Et ça, comme dirait l’autre, ça fait toujours plaisir.