Sur ce curieux projet, DJ Vadim s’est entouré de 2 musiciens, Yarah Bravo au chant et Blu Rum B au clavier / chant pour donner probablement l’album de Hip-Hop le plus bigarré et attachant de cette année. Là encore, bien des esgourdes seront déconcertées au regard de la discographie et des performances de DJ Vadim par ce fatras incongrus de phat-bea et de samples, de flows décalés et de grosses basses.
Fear The Labour débute le bal par une sitar sortie de nulle part qui donne à cette chanson une couleur sourde et arabisante, tandis que la voix de Blu Rum 13 égrène son cool flow au travers d’une vrombissante basse. Cette petite touche orientale ; on la retrouve sur SD2, où un sample de voix indienne initie un instrumental complètement barré où les boîtes à effets type Dub sont mélangés à un down-tempo et un clavier faisant penser à une chute de studio de Money Mark (clavier des Beastie Boys). Sur Paranoid, le flow s’accélère et les violons mêlés à un clavier nasillard transforme ce morceau en une sucrerie simiesque et agile tout droit sortie d’une B.O. de films de Shaolins.
La voix de Yarah Bravo est le mélange improbable entre le phrasé rigoriste d’Ursula Rucker et la sensualité féline de Martina Topley-Bird (égérie des 3 premiers albums de Tricky) qui s’extirpe avec beaucoup d’à propos des griffes d’une rythmique ragga sur Be Your Own et joue du bassin sur les sitars de Cupid Smiling The Smile sur une mélodie chipée à la B.O. de « La Party » de Peter Sellers. En fin de partie, on a même droit à un cache-cache vocal entre Blu Rum 13 et une voix indienne, le tout mâtiné par un rythme de cabaret! Unfamiliar Places clôt ce capharnaüm par une ballade funky à la Al Green avec des voix féminines, le flow pacifique de Blu Rum 13 et une guitare cristalline.
Au total, une parfaite démonstration d’un mélange des genres qui n’est pas uniquement réservé aux aristocrates Rock ou Techno et qui démontrera la richesse de musiciens créatifs et frondeurs n’étant pas coincés dans un prosélytisme aveugle…