On ne va pas refaire la biographie de DJ Mehdi, on ne va pas refaire sa discographie, on ne va répéter comment un type comme Mehdi a déculpabilisé tous ceux à qui on disait qu’on ne pouvait pas écouter Idéal J et les Daft Punk, la musique la plus revendicative et celle plus hédoniste. On l’a déjà dit 100 fois c’est suffisant, les gens savent. Les sentiers ont été battus maintenant, plus besoin d’étiqueter l’air gentiment paternaliste «Mehdi le mec de banlieue qui fait de l’electro», il est un producteur à part entière, un musicien, le regard tourné vers l’avant et dans son sac plein de choses à nous faire écouter et aussi nous montrer. Epaulé de Romain Gavras à la caméra, il propose avec l’équipe Kourtrajmé un carte postale de Paris, la ville, la sienne, la capitale, sa capitale.

Composé de pièces instrumentales, d’interludes, chanté ou rapé, ce Megalopolis évite par sa durée (à peine 40 minutes) tout remplissage abusif. Entamé par "Its Gonna Be Alright" interlude aussi réconfortant qu‘addictif avec sa boucle funky entêtante et son beat bien lourd, Mehdi passe la vitesse supérieur en conviant le fantôme du grand Notorious Big pour un «cirque» infernal entre le train fantôme, et le grand huit (en passant par le tir à carabine), beat lourd de chez lourd. Ambiance tendue, soudainement déchirée par des violons et d’un tonitruant solo de guitare de Bogue (du très bon duo Winter & Bogue), "Nasty Boy", perle funky quasi g-funk devient sous la pâte du producteur de la Mafia k’1fry , une sorte d'hymne new yorkais…comme quoi faire du vieux avec du neuf…

New York, New York…les autres invités rap sont du même contingent, Jay Z est juste samplé et mis en boucle sur le "Unhappy Again" et Nas, en entier, sur le funky à souhait "Have Fun". Cela faisait longtemps que la voix, le flow de Nasir Jones n’avait «posé» sur un tel bijou, Tout en filtre, en voix fantomatique, enlacé par les accords d’un clavier funky ce beat 4/4 est un appel haletant à la danse. Même s’il ne s'agit que de collaborations virtuelles, ce ne sont jamais des beats vite faits, des bootlegs brouillons, des copiés collés à la petite semaine, tout est pertinent, tout est précis; tout est classe. Sur le très folk "My Time My Days", China montre qu’elle a une vraie voix, lassive, timide presque, mais chaude. Enfin sur l’écorché "We Crying Mehdy" prend les accents d’un Zdar. Pour les pièces instrumentales on retrouve encore plus la pâte Mehdi, de ce qu’ils produisait sous le nom de Cambridge Circus, ses pièces sonores gonflées de ces sonorités un peu acides qui ont fait sa signature, avec ses samples filtrés, éléments intelligemment empruntés à la house, et cette caisse claire aussi reconnaissable que celle des Neptunes ou de Timbaland.

L'homme a une touche, une signature reconnaissable, en bref une personnalité. Pour autant même quand il touche des univers nouveaux ou qu’il avait juste frôlé sur son dernier album, Mehdi réussit l’exercice de style, sans être maniéré, sans jamais jouer l’élève appliqué. L’homme aime la Musique, avec un M majuscule celle qui touche émeut, quelle que soit sa provenance, son origine, son époque. Country et blues se mélange sur le bien nommé "Love Is The Blues" tout en slide guitar , où sur le "It’s Only Beats & Blues", tandis que "Gonna Be In Place" commence sur un air indien. Laissant dépouillé des violons criants sur "Love is The Blues" (reprise de ceux de "Trouble" sur la Bo de Taxi), Mehdi construit le morceau d’après une sorte de vraie fausse pièce funky sur "The Flame".

Mais qui dit bande originale de court métrage dit image qui va avec. Réalisé par Romain Gavras de Kourtajme, déjà auteur du très bon "The Funk Hunt" qui liait astucieusement sur un format plus long que le clip, musique et images. On retrouve sur "Megalopolis" presque toute la mythologie de ces doux dingues. Contant la genèse de Dimitriu, sa découverte de Paris et du hip-hop, Romain Gavras dresse le portait du héros qu’il connaît le mieux, celui de Paris. Mystérieux, parfois sombre parfois fantasque ou énigmatique le paysage urbain est décomposé sous les yeux d’un Dimitriu touriste pas vraiment candide allant vers l’aventure en quittant son bidonville au périphérique de la capitale. Skate, métro, graff, graff dans le métro, sont autant d’actes se produisant sur une même scène Paris, le tout se clôturant par un moment déjà culte de ce court métrage, où l’on retrouve Tekilatex en mc du dimanche trouvant avec «The American micro 3000» la capacité magique de se transformer en Notorious Big avec tout ce qui va avec: les filles la voiture et le peignoir en éponge rose.

Lettre ouverte à Paris, à la musique, à toutes les musiques, Megalopolis est une œuvre touchante et riche. Plus que des bouts de morceaux éparses, DJ Mehdi quitte la sophistication un peu lourdeau de "The Story of Espion" pour retrouver l’esprit brut, direct de son premier EP. Combinant adroitement morceaux rapés et instrumentaux, l’homme, accompagné d’une même équipe (Manu Key et Zdar aux manettes) ne retombe pas dans la redite et nous fait saliver pour son prochain long format attendu pour la rentrée.