Après une période de vaches maigres, ses deux derniers volets ont remis Nas à sa place, parmi l’élite, boosté par le diss médiatique contre son meilleur ennemi, Jay-Z, l’autre prétendant au titre de « Roi de New-York » (sic). Mais alors que Jigga préfère miser sur le grand spectacle, Nas lui se veut proche de la rue, restant une star près du peuple. Et c’est ce à quoi ce double album prétend, être tout simplement un bon disque de rap plus qu’à être l’énième -éventuel- successeur d’un mythe.

 

Strass et pailletes ne sont donc pas au programme, pour preuve ce sont Salaam Remi, T.E.S et Chuck Thompson qui ont assuré la majeure partie des 25 productions ; Q-Tip et Bukwild apparaissant à l’occasion. Pas de beatmaker en vogue, pas de featutrings mirobolants non plus, si ce n’est Kelis, Busta Rhymes et Ludacris pour ne citer que les plus connus, ce qui est assez peu pour un blockbuster. S’adressant en premier lieu aux «autorités» sous forme d’un morceau écrit comme une lettre qu’il signe "We, The People", il prouve avec ce brillant pamphlet qu’il reste le porte-parole du peuple. Clamant que Dieu est avec les siens et que son message est une prophétie, force est de constater que les choses commencent très bien. Puisant son inspiration dans ses racines, on sent d’entrée que "Street’s Disciple" diffuse un parfum particulier. Exit l’attitude Thug ou la démagogie moraliste, ici Nas redevient lui-même, toutes les facettes de son caractère étant exploitées tout à tour. Ainsi, les ambiances varient d’une plage à l’autre : Bounce ("American Way" en compagnie de sa fiancée Kelis, "Suicide Bounce" avec Busta Rhymes…), festif ("Seikou Story", "No One Else in the Room"…), old school ("You Know My Style"), mélancolique… Nas étale tout son savoir faire; passant d’une atmosphère à une autre sans le moindre complexe. Normal pour quelqu’un qui a su traverser le temps, en le marquant de temps à autre.

 

Comme à l’accoutumée, l’écriture de l’intéressé marque l’auditeur par sa finesse. Qu’il parle avec du recul, en tant qu’adulte affirmé, de son expérience, ou qu’il se laisse aller à des légèretés plus dansantes, la qualité de sa plume reste sa carte gagnante. Portés par son flow inimitable, story-telling, égotrip, introspection, messages d’amour et poésie urbaine s’enchaînent le plus naturellement du monde. Et si le fond de son discours a déjà été surexploité des dizaines de fois, c’est avec le talent du génie qu’il se renouvelle, en explorant au passage des décennies d’histoire de la musique noire. Faisant référence tout à tout au Jazz, à la Soul, au Blues, à la Blaxploitation, au Funk ou aux premiers soubresauts du Rap, c’est en collaborant avec son père, Olu dara, que cet hommage trouve tout son sens. Véritable pierre angulaire de l’album, « Bridging The Gap » est un Ovni musical qui mélange savamment toutes sortes d’influences, pour un résultat étincelant, à la hauteur de la réputation se son auteur. On pourra retenir de façon non exhaustive la collaboration avec Ludacris, "Virgo", et sa pétillante structure human-beat-boxée par Doug E Fresh, la surprenante biographie de Rakim, "U.B.R.", énième hommage de Nas à l’un de ses modèles, ou encore les messages d’amour envoyées à ses proches que son "Getting Married", "Me and You" ou "Just a Moment".

Seul bémol, le manque d’audace réelle pour un éventuel single rentre dedans, comme a pu être "Made You Look" à son précèdent album "God’s Son". Un peu de culot aurait donc été la bienvenue, mais hormis cette fausse note qui n’en est pas vraiment une, il est difficile de trouver des choses à redire sur ce "Street’s Disciple". Généralement, les double-albums ne sont pas convaincants; "All Eyez on Me" de 2pac, "Life After Death" de Biggie et "Blueprint 2" de Jay-Z mis à part… Et finalement, ci ce n’est aux côtés de ces derniers, "Street’s Disciple" est inclassable. Non, ce n’est pas le classique attendu vainement par les nostalgiques en tous genre, mais ce n’est pas non plus un album quelconque à rajouter à la discographie de Nas. Hors du temps, cet album est très riche, puisant son essence dans l’histoire de la communauté afro-américaine, mélangeant avec brio le tragique et le merveilleux. On regrette toutefois l’absence de tubes incontournables, qui auraient permis à cet album d’être plus mis en valeur. Mais ses multiples facettes, la qualité des sons et les grandes prouesses d’écriture et de flow de Nas devraient logiquement faire l’unanimité. Nasir Jones est fidèle à lui-même, restant ce grand rappeur talentueux dont les disques sont des valeurs sûres. Celui là ne déroge pas à la règle.

Tracklisting:
CD 1
01. "Intro"
02. "A Message To The Feds, Sincerely, We The People"
03. "Nazareth Savage"
04. "American Way" ft. Kelis
05. "These Are Our Heroes"
06. "Disciple"
07. "Sekou Story" ft. Scarlett
08. "Live Now" ft. Scarlett
09. "Rest Of My Life"
10. "Just A Moment" ft. Quan
11. "Reason" ft. Emily
12. "You Know My Style"

CD 2
01. "Suicide Bounce" ft. Busta Rhymes
02. "Street’s Disciple" ft. Olu Dara
03. "U.B.R." (Unauthorized Biography Of Rakim)
04. "Virgo" ft. Ludacris & Doug E. Fresh
05. "Remember The Times" (Intro)
06. "Remember The Times"
07. "The Makings Of A Perfect B****"
08. "Getting Married"
09. "No One Else In The Room" ft. Maxwell
10. "Bridging The Gap" ft. Olu Dara
11. "War" ft. Keon Bryce
12. "Me And You" (Dedicated To Destiny)
13. "Thiefs’s Theme"