Comme il est presque impossible de nos jours de faire un album sans la présence de Kayne West, c’est sans surprises que l’on retrouve le génial beatmaker aux maettes du premier single, "I Try", où Mary J. Blige donne la réplique à Talib Kweli sur un air de piano entraînant et très efficace. Pas étonnant que le morceau soit déjà un tube outre-atlantique quand on connaît l’efficacité de Kayne pour ce genre de morceau. Et comme Talib semle avoir mis le paquet pour ce nouvel opus, ce sont carrément les Neptunes qui viennent lui prêter main forte avec « Broken Glass », rencontre étonnante entre deux écoles distinctes pour une collaboration qu’on attendait pas. Le résultat est une franche réussite, Kweli exploitant parfaitement le style de Chad & Pharell. La tête bouge machinalement, pari réussi !

Cette escapade clubesque n’est pas esseulé dans un océan de nu-soul, puisque c’est avec grande joie que l’on découvre, "We got the Beat", un morceau hybride où les guitares électriques et les drums de hard rock placent le emcee dans une dimension inattendue. Grâce à la qualité des placements Talib Kweli fait un tube avec ce qui aurait pu facilement etre un flop total. L’excerice était pourtant périlleux. Malheureusement, la prise de risque s’arrête ici ; le reste de l’album oscillant entre le ‘tout juste bon’ et le ‘médiocre’. D’accord, le très bon "Work It Out" produit par un Hi-Tek métamorphosé, voit le retour des longues phases sans respiration, mais entre tout ça on a du mal à prendre un réel plaisir à écouter les discours conscients distillés sur des prods trop prévisibles, voir ennuyeuses. Sampler un tube de Sting pour y faire la morale de façon démagogique, quoi de pire pour un artiste aussi intègre que lui ? Néanmoins, Talib Kweli n’a pas perdu sa verve lyricale au fil du temps. Son discours est toujours bien structuré, focalisé sur le désir d’évolution par la « révolution » des siens, les afro-américains perdus entre un gouvernement barbare et une histoire qu’ils oublient un peu trop souvent. Bien que le fond sonne comme déjà entendu des milliers de fois, la façon de le dire reste très poétique. On regrette juste quelques contradictions au sein même de certains morceaux…Ppar exemple, lui qui se veut loin des strass joue pourtant ici le jeu des stars du rap en utilisant les recettes en vogue ; ou bien encore l’entendre affirmer qu’il ne politise pas son discours semble très paradoxal au vu du contenu de ses morceaux (You try to vote and participate in the government / But the muh’fuckin’ Democrats is actin’ like Republicans).

Dans l’ensemble, on ressort toutefois plus de positif que de négatif de cet album. Son gros défaut vient du manque de fil conducteur, en effet on a plus l’impression d’écouter une compilation qu’un album à proprement parler. Hormis quelques titres passables, qui plombent lourdement l’ambiance par moment, on y déniche malgré tout d’excellentes pépites. La conclusion par le titre éponyme laisse l’auditeur sur une bonne impression, avec LE meilleur morceau de l’album. My struggle is beautiful, I’m too strong for you to slave me… Sans devenir un énième esclave de l’industrie, Talib Kweli à tout de même, avec ce "Beautiul Struggle", les arguments nécessaires pour séduire un public plus large, et de quoi ravir les personnes qui aiment le style de rap dans lequel il s’inscrit depuis ses débuts. Hormis quelques accrocs, qui peuvent s’expliquer par les déboires qui ont entourés sa sortie, l’album est de bonne facture. Sans espérer entrer dans les classiques du genre, "The Beautiful Struggle" a le mérite de redonner un coup de boost à la carrière de Talib Kweli. En attendant une éventuelle suite à BlackStar…

Tracklisting:
01. Going Hard
02. Back Up Off Me
03. Broken Glass
04. We Know ft. Faith Evans
05. Game
06. I Try ft. Mary J Blige
07. Around my Way
08. We Got The Beat
09. Work it Out
10. Ghetto Show ft. Common
11. Black Girl Pain
12. Never Been in Love
13. Beautiful Struggle