Le morceau éponyme reprend l’approche allégorique qu’on pouvait retrouver sur "Le lait" ("les gens aiment les couleurs flamboyantes pas ceux qui les portent, raison pour laquelle tu ne me verras pas dans un parc, plutôt de nuit garé dans un parking en train de smoke entre cactus", "J’essayais de faire une place là où la glace ne fond pas, j’ai quitté la queue et goûté la mise à l’écart"): Oxmo en tant que déraciné d’Afrique noire confronté au décalage occidental (le riff chaud de Sek parcouru de nappes synthétiques glaciales sur le refrain renforce le rapport chaud/froid des deux hémisphères) et en tant qu’ artiste durcissant tout seul comme le cactus qui n’a pas fâné à bientôt la trentaine ("De ceux qui n’attendent qu’on les arrose et durcissent, mes propos n’ont pas changé avec le temps ils mûrissent"). Le Black millionnaire se penche toujours sur le lait ("Mon pèze") qui contrôle tout y compris le rap français dans lequel il est resté intègre (le tube paradoxal "On danse pas", "C’est vrai qu’à la fontaine chacun veut trois verres de lait, je préfère rester là à rapper aidez les, j’aurais pu être aussi commercial qu’un bouquet de roses si Saint Valentin m’avait pas volé toutes mes proses") et qu’il délivre troquant la white casquette de John Smoke contre la cape du "Black desperado".

Les tracks sont généralement moins sombres à l’image de cette burlesque Puccfiction et de "Toucher l’ horizon" refaisant le monde sur l’instru enjouée de Duke; puisque "L’ amour est mort" ("tout ça à cause de l’égoïsme" dixit La dernière chance) mieux vaut en rire que d’en pleurer, le thème revenant avec un brin de dérision sur le morceau du même nom ou "Arrivé sur terre par erreur", raison pour laquelle le monde ne tourne pas rond selon lui. Les fictions plus ou moins délaissées, les excellents "La nuit m’ appelle" dévoilant la face nocturne du décor urbain et "Parallèles" sur un son électro bounce de Sebb renouent ceci étant avec ce qui a fait renommée (on pense à "Boule de neige" et "Les gens savent"): "Si Columbo était Français il aurait ma caisse Mafia tipo Fiat 91 poste K7 cette rue que t’as jamais vue sûrement parallèle à la tienne les mêmes sont là depuis la marelle", "Au courant de tout ce qui s’est perpéTRE j’ ai tourné dans les banlieues avant le RER E on parle de balles dans le bide lui a pris deux ans lui six mois euh une pensée au Chinois".

Les featurings laissent par contre à désirer, en particulier pour le r’n’b de K-Reen et l’égotrip "Warriorz" des protagonistes de la Renaissance loin des punchlines de "Premier suicide". Les productions manquent parfois d’ efficacité (c’est en ce sens que l’ opus est en dessous du précédent bien qu’ il soit aussi abouti dans le fond et même plus cohérent) mais contribuent avec les textes ciblant l’ individu dans sa généralité à adapter le cactus à un climat extérieur au rap (car plus organiques et théâtrales: c’ est flagrant sur "Les fans" ou "Cactus de Sibérie"), ce qui n’ avait pas été compris par certains ("Mon deuxième album était bénévole autant de peine qu’ en Sibérie"). Rends lui son pèze enfoiré.