La patte de Kool Akiem est tout de suite reconnaissable avec ses breaks brutaux parfois déstructurés, dans un grain et une vibe comme Big juss très Wu tang ("The origin", "Our universe" et d’autres tracks comme "Classis literal" pour la rupture) qui peut aussi rappeler MF Doom directement grâce aux extraits de film liant les tracks entre eux. Les basses bien travaillées, les percussions et les samples intriguants mêlés à des effets synthétiques inscrivent l’album dans la continuité d’"Obelisk movements", dès la ligne de contrebasse d’"Off beat" rappelant le classique "Culture" et les ambiances plus épiques: des cordes victorieuses de "Glorious" à "Eight days". Abordant des thèmes engagés ("Amerikology": la référence à NMS aka Big juss et Orko est inévitable, la plongée dans le ghetto us "Our universe", "Heat") moins mais toujours teintés de références religieuses, le flow de I Self divine décisif et swinguant avec élasticité ne souffre pas la comparaison avec le featuring du storytelling master Slug d’ Atmosphere toujours au point techniquement et lyricalement sur "Steel toe vs the rookie" avec sa guitare mielleuse à la Hemisphere, leurs ex-colocataires de label. Le décalage entre les éléments sonores, autre caractéristique du son Micranots, y est flagrant et offrira d’autres tueries: le riff chinois de "Mr Gemini", le chorus électriquement fatal d’"Elegant ruggedness", ou la sublime deuxième partie d’un "Classis literal" aux basses indus.

Conçu pour être lu sous divers angles lyricalement et musicalement, "The Emperor & the Assassin" bénéficie d’une ligne narrative liant les morceaux entre eux (et dans la forme par les extraits cinématographique sur fond instrumental; écoutez la fin de "Heat" et "Mr Gemini" et pleurez) qui en fait un album extrêmement dense et dont la qualité n’altère en rien la durée de vie.