Le minimalisme du matos employé se ressent dans le son lo-fi, comme l’influence de Spectre (Ill Saint en personne se fend d’ailleurs de "Super stylin’") pour un "Natural shine" psychédélique en drum patterns chaotiques, et bien sûr les cordes horrorcores de "Juicy lips". Le magma noisy gerbé par le Japonais Kouhei ("Jump off") annonce d’entrée la direction de Wordsound dont le "Style notice" (par Dj Karlos d’Amazonas Jungle & Evil Nice) est sûrement le plus représentatif, expérimentant textures crades indus sur samples torturés à la "Pockets fat" (cf "The Return of kill dog e" de Scottie Hard), la notion de mélodie est anéantie sur ce titre tout en ruptures, à l’inverse de la construction plus simpliste de "To the beat" sur boucles cinématographiques et rythmiques rebondies (reprises sur le track éponyme).

Sensational en tant que producteur n’a pas besoin de grand chose pour supporter son skunky timbre ("Stock market connection" donne dans le minimalisme absolu) et les tracks les plus accessibles sont peut être au final les plus efficaces: cinq notes de basse, cinq notes de piano pour le syncopé "When I give’em" ou une opposition piano funky – nappes sales menaçantes sur beat déstructuré ("Breezy session") pour finir avec un freestyle bien thugged out en compagnie de ses camarades de square: Ed, Kev Hutch et Black Chameleon. Excepté ces quelques instants de fraîcheur, les sons respirent la poisse des bas fonds de Brooklyn et c’est une agrégation de détails (anomalies de mixage, gimmicks malsains, bruits non identifiés) qui différencie sa musique de ce qui se fait de l’autre côté du trou noir. Les détracteurs argueront que son flow mi-rappé, mi-parlé n’a pas la notion de mesure, c’ est moins vrai ici, ce serait oublier l’essentiel: Sensational a trop de style et continue à tirer sur le spliff. On l’ en remercie donc pour ce cinquième lp sympathique sans toutefois casser les briques du Sanctum.