Car on ne change pas un concept qui marche. Ce cher Mister Palko, n?est pas du genre « fleur bleu » ou à faire dans le rap conscient et militant, on le savait déjà. Du sexe, du sang, bref du Eastern Conference dans toute sa splendeur. Le parcours chaotique du monsieur et ses précoces antécédents psychiatrique lui ont servi, et lui servent encore, de base solide de travail (voir de psychatric credibility ), dans laquelle il pioche à l?envie les moindres recoins. Ainsi Cage tue à l?envie, baise/viol à l?excès et n?aime pas la concurrence. C?est sans doute limité, caricatural mais tellement efficace. Car le rappeur écrit plus que bien, multipliant les images les plus insensées, les divagations les plus sanguinolentes, issues de son cerveau dérangé. Des textes comme celui de l?inégalable Agent Orange ou de Among The Sleep vont bien plus loin qu?une succession de vulgarités pré-pubères et d?images déjà vues. Cage a un vrai talent d?écriture, qui donne à ses textes une vraie personnalité . Des lyrics qu?accompagnent parfaitement un flow à la hauteur : rageur, tourmenté, malsain, pas besoin de comprendre les paroles pour voir que le gars n?est pas, mais pas du tout équilibré.

Mais la où le bât blesse est plus à trouver du coté des productions, on n?a pas eu l?espoir de retrouver comme producteur exécutif Necro, mais force est d?avouer que la présence d?un Mighty Mi, en petite forme depuis quelque temps, nuit à l?ensemble. Si des sons comme Suicidal Failure, Ck Won ou Crowd Killer sont bons voir même très bons, on a également droit à de grosses lourdeurs comme les très pompiers The Soundtrack ou Escape 88. Quand aux producteurs invités chacun fait plus ou moins bien son boulot. Mention A- pour J-Zone (Stoney Lodge) ou El-P (Holdin a Jar 2), deux sons qui ne sentent pas le fond de tiroir éhonté. Mention B pour RJD2, (Among The Sleep) qui malgré un sample un peu grillé, réussit à donner un caractère cinématique angoissant. La déception vient plus de la production de Camu Tao, chiante et sans intérêt pour Teen Age Death. Un morceau a oublier en attendant leur projet commun « The Nighthawks »

Si Cage est à la hauteur de nos espérances, c?est à dire malsain à souhait et imaginatif dans ses délires l(k)ubrik, il est malheureusement desservi pas des productions pas toujours très inspirées, à l?image de celles de Mighty Mi. Il reste cependant la joie de posséder Agent Orange autrement qu?en MP3, summum de la « carrière » de Cage, dont il n?est pas pessimiste (juste réaliste) de penser qu?il ne fera jamais mieux. Une fois cet état de fait compris, Movies For The Blind reste un album tout à fait écoutable, surtout dans sa deuxième moitié.