Venons en aux faits. Andrew Broder, 23 ans, issu d?une petite bourgade du Minnesota, USA. En tant que FOG, il nous livre son premier album solo après avoir été membre du groupe Lateduster. Musicien touche à tout, il privilégie ici la guitare et les platines en arrangeant subtilement accords de guitare et scratchs placés sur le même plan ; les scratchs étant notamment plus lents et moins saccadés que dans un emploi hiphop traditionnel. Le rythme général en devient alangui si ce n?est nonchalant.

Dans un son qui pourrait à priori sembler opaque, Fog/Broder se livre en abordant des thèmes intimes : de son enfance plutôt déprimante dans la banlieue de la middle (à entendre médiocre plutôt que moyenne) America (le titre « the smell of failure » est assez explicite), à ses déboires (« ghoul expert » et plus particulièrement les paroles « tonight I gave the I don?t want to weird you out speech. I just want to hear you say you would »), jusqu?à sa santé (?Pneumonia? donc). Broder transmet des émotions et partage certains souvenirs, des bribes de souvenirs qu?il utilise tels des samples. Bienvenu dans le monde étrange car hautement subjectif de Fog.

Il suffit d?écouter l?album et on sait clairement à qui on a affaire. On s?imagine Broder produit typique de cette génération alternative de gringalets des universités américaines. Une génération qui a su allier traditions et innovations en écoutant sur leurs vestax la collection de vinyls parentale allant de Neil Young à Bob Dylan. Depuis, ils ont découvert le rock alternatif, le triphop et enfin le hiphop. Ils mélangent le tout, en sortent un fond sonore atypique en gratouillant leur guitare, chatouillant leurs platines et marmonnant des paroles soi-disant introspectives tendance romantico-nostalgico-depressif.

L?album ne fait que confirmer cette tendance. Au gré des morceaux, fluctuent les moments d?angoisse et les remises en question stériles et un peu nihilistes d?un étudiant (ex-étudiant) légèrement paumé. Quelques uns évoquent cLOUDDEAD, certainement par la filiation Dose one présent sur un morceau « Glory » ainsi que sur la face B « Moon Repellent » du premier maxi « Pneumonia ». L?album possède plutôt des relents Radiohead seconde période et quelques similarités avec Beck version label indépendant. D?ailleurs Broder possède une voix semblable à celle de Beck.

Alors ? Album sombre ? Pas tellement finalement car on sent poindre dans les paroles un sens de l?autocritique et un humour caustique. Certains morceaux comme « Check Fraud » sont aussi de véritables moments d?éclaircies. Un peu l?ambiance de Buffalo 66 en gros. En tout cas, Fog a réussi en les pressant sur vinyls (et sur cd) à exorciser ses démons; et il doit sûrement s?en moquer de ses démons car il en tire profit et par-dessus tout un contrat chez Ninja Tune.