Clouddead est un album fascinant. Les productions d’Odd Nosdam sont, on ne peut plus, agréables: en effet, le producteur a l’art et la manière de superposer ses nappes de synthétiseur envoûtantes et ses samples sur lesquelles les deux MCs viennent aléatoirement effectuer leur prestation créant une jolie musique d’ambiance. Les percussions sont ici hasardeuses et parfois éclipsées et le Hip-Hop tel qu’on croit le connaître n’a certainement plus grand chose à voir avec celui que nous offre le trio d’Anticon.

L’album se compose donc de douze pistes variant de cinq à sept minutes qui comportent en réalité plusieurs morceaux ou thèmes mixés entre eux. Il est difficile d’en parler et de distinguer tel ou tel morceau d’un autre tant l’ensemble est bien soudé et dense. L’atmosphere est pesante et l’envie que l’on a à l’écoute de cet opus est de se laisser bercer par la poésie totalement déjantée des deux MCs. Même en lisant les paroles (puisqu’il est impossible de les décrypter à l’oreille) vous ne pourrez comprendre les délires de nos deux compères. Why? et Dose One offrent d’ailleurs une prestation microphonique géniale en laissant couler leur flow parfois parlé plus que rappé voir même chanté, le long des méandres que leur offrent les productions d’Odd Nosdam. Des morceaux où les MCs sont présents, on retiendra surtout l’excellent JimmyBreeze (1) et ses samples de jeux-videos du début des années 90 ainsi que sa suite JimmyBreeze (2) qui n’a rien à voir avec pourtant, et les morceaux Bike (1 and 2) pour leurs ambiances qui passe de la chorale joyeuse à des flows un peu plus nerveux.

Cependant, l’album n’est pas exempt de tout reproche, hélas. En effet, parfois, l’ensemble peut paraître répétitif et ennuyeux. Les passages instrumentaux sont alors peut-être trop nombreux et l’on regrette les voix singulières de Dose One et Why?. Toutefois, certains d’entre eux sont un pur bonheur comme par exemple, le premier mouvement de Clouddead Number Five (1) qui vous retournera littéralement le cerveau (pour peu que vous l’écoutiez dans votre walkman avec de bons écouteurs et le son assez fort) contrairement malheuresement à la suite du morceau, plus anecdotique.

Au risque de me répéter, en réalité, il est dur de choisir tel ou tel extrait de l’album tant ce dernier est à la fois dense et brouillon: tout y est imprévisible et lointain. Clouddead est un univers à part entière qu’on pourrait facilement qualifier d’abstrait et probablement de marginal. Mais laissez-vous seulement absorber par la poésie de Dose One et Why? et la complexité musicale d’Odd Nosdam du trio désormais atypique formant ce groupe, et appréciez ce qui n’est pas forcément le renouveau du Hip-Hop actuel mais certainement ce qu’il peut faire de très bon et d’original. Clouddead est beau, tout simplement.