Sur « Fort Knock », Jeff Spec a assuré la moitié des prods, souvent accompagnés de Sichuan ou de Sweet G qui se sont occupés du reste de la construction musicale de cette cassette. Pour information, le matériel utilisé est le SP 1200 pour les batteries et le Akai S950 pour l'
habilage sonore, quand il n'utilise pas une MPC 3000, voir 2000 selon la sonorité désirée.
A la première écoute, on se rend compte que Jeff Spec a pondu une cassette qui nous replonge dans une époque où le hip hop était moins compliqué et sans artifices, de part son ambiance très jazzy qui n'est pas sans rappeler l' époque de gloire du rap New-Yorkais, vers 1994. Et en 2001, à l'heure du hip hop expérimental opposé aux produits largement diffusés, Jeff Spec nous donne 20 morceaux de pur plaisir, ni trop abstraits ni trop sérieux. Le
bon dosage pour prendre son pied en écoutant du rap.

Après une intro sympathique sur sample de guitare, le premier track, Jeff' s House », nous plonge directement dans l'univers de Jeff. Ambiance planante, qui mélange habilement saxophone et clavier, sur laquelle jeff pose un flow niquel pour un hommage au homeboys. « Come on How we do » reprend à peu près le même sujet, avec une instru plus rapide à base de piano. Simple mais efficace !

Les titres s'enchaînent bien, « Stake in it » ,le cinquième titre, est un savant mélange entre musique orientale et guitare sèche qui, tout en restant dans la teinte générale de la cassette, prend à contre pied l' auditeur. On remarquera le sixième morceau produit par Sweet G, « G suite », et son super son de clavier à la Primo dans ses heures de gloire. Ce producteur est à suivre de près !

Les interludes, au son parfois expérimental, aèrent cette cassette et la rendent vivante, et nous arrivons au génial « Sorta Super » où Jeff adopte un flow original qui en calmera plus d'un . Un réel exercice de style « Hey ! Everybody » avec Moka Only est un plaidoyer pour la destruction des wack Mc', on y trouve un Moka qui ne mâche pas ses mots et un Jeff plus posé
sur la question, en tout cas les deux compères se font plaisir et l'auditeur sent un réel feeling qui manque cruellement à bon nombre de sorties.
Et puis on atteint le paroxysme avec « Fort Knock », le titre éponyme, qui est le morceau phare de ce produit. Un début lent, puis un beat envoûtant démarre et Jeff pose un truc ENORME avec un flow rapide, posé et original. Le sujet reste toujours dans la continuité du reste de la cassette, assez égotrip, mais ce titre peu causer des insomnies chez les backpackers qui ne jureront que par lui, foi de passionné ! On notera aussi « Jeff Bodyslam », avec son instru entraînante, sa grosse basse et ses lyrics assez drôles, qui place la barre très haut.Trop pour la majorité des rappeurs !

Au final, on n'a pas vu le temps passer, on a été enchanté pendant un peu plus d'une heure et que fait-on ? On appuie sur « rew » et on réécoute Fort Knock ». Puis on se demande qu'est ce qui fait que ce coin de la planète regorge d'autant de talentueux b-boys ? Peut-être le Pacifique ? Ou plus simplement l'amour du rap, qui les a vacciné contre la soif de l'or et la g-funk.Et permet aux passionnés que nous sommes de réellement prendre plaisir. Si vous aimez la vibe que transmettent les sorties « Battle Axe », alors n'hésitez pas à vous pencher sur les sorties de CityPlanners. Après l' excellente « Road Life » de Moka Only, « Fort Knock » place désormais le label Canadien dans les sommets de l' underground.

« always giving the tapes to fill up your backpack » !

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