Petit rappel des faits : le 18 décembre 1997, Iam se produit à La Palestre au Cannet (06) pour la promotion de son dernier album, « L’ Ecole Du Micro D ‘ Argent ». Grâce à Dj Bomb, le duo obtient un passe et remet à Chill une démo de leur groupe qui ne porte pas encore de nom. Enchanté, le leader d’ Iam leur propose de poser un titre pour la B.O. de Taxi, et les fait
signer dans la foulée sur feu la structure du Côté Obscur. Leur nom est emprunté au
film de Sam Peckinpah, avec Dustin Hoffman, parce que l’idée générale de ce film cole bien à la philosophie du groupe Cannois. Suite au succès remporté par Taxi et ce morceau ayant marqué les esprits, ils participent à divers projets, dont l’album de Freeman, Sad Hill Impact,
16’30 contre la censure, un featuring sur l’album du belge Rival (CNN), Electro Cypher et l’ émouvant morceau sur la B.O. du film de Chill, Comme Un Aimant.
Entre temps le Coté Obscur avait disparu faisant place à La Cosca, société d’éditions détenue par Akhenaton. Chiens de paille fait parti des pointures de cette structure, aux côtés de Coloquinte, Iam ou encore le pool de producteurs de Al Khemya.

Au premier janvier 2000, Sako, le rappeur, commence un long travail d’écriture qui s’achèvera un an et demi plus tard, le tout fait « en famille », au studio La Cosca à Marseille, sauf le masteering fait à Paris en companie de Alex Gopher. Mais les maisons de disques, toujours très intelligentes (.), ne sont pas intéressées par Mille et un fantômes, leur premier opus. Alors c ‘est le label d’ Akhenaton, 361 records, autre structure dans la nébuleuse d’Iam, qui va s’occuper de tout de a à z, hormis la distribution assurée par Virgin.

Le 30 octobre, deux semaines après le second LP d’ Akh, leur album atterrit dans les bacs. Très attendu par les aficionados du groupe aux influences largement new-yorkaises, Mille et un fantômes, dès les prmières notes, annonce la couleur. Une ambiance triste, réaliste et somptueusement bien dépeinte par la plume de Sako. Le titre éponyme ouvre ce disque avec une histoire dramatique d’un père flic qui, de part sa négligence, voit mourir sa fille d’ une overdose. Poignant, la lourde basse le clavier discret donnant à ce premier track une atmosphère très dark. Toujours très mélancolique, Sako ne tourne pas en rond ; chaque chanson ayant sa propre âme, son thème et ne s’égarant pas de l’idée principale. Cela va de la solitude et des affres de que provoque la rue à l’ égotrip en passant par des fictions, tel le duo avec chill, « un bout de route » très bien écrit quoi qu’un peu facile sur l’idée de fond, des retrouvailles au sein d’une famille éclatée.

Seuls « la famille » est invitée sur l’ album, c est à dire le collectif Napalm, à savoir Samm et «Le « a » de Coloquinte, Mic Forcing, Akhenaton (qui signe aussi l’instru à base de saxophone, clavier de « ma part de songe ») et Dj Elyes. Ce dernier fournit les nombreux scratches de cet album, un luxe que peu de groupes ne s’offrent pas en France. Toujours bien placés et collant parfaitement à l’ ambiance de chaque chanson, ils agrémentent l’album de cette touche « hiphop » devenue malheureusement rare depuis quelque temps. Pour continuer avec Dl Elyes, il signe avec génie le son de « si c’est le prix », un track où Le « a » pose aux côtés de Sako un texte sur l’effort à fournir pour percer dans le rap. Ce morceau, au milieu de l’ album, crée une coupure avec le reste du disque, avec sa géniale instru très « EastCoast » qui résonne pendant longtemps dans le crâne de qui l’entend. Attention, risque de dépendance !

On pourrait encore parler des très belles rimes sur l’exil des italiens décrit dans « Le dos courbé », du parcours difficile du collectif avec Mic Forcing sur « L’ encre de la plume » ou de l’ émouvant « Un monde muet » au sujet du manque d’ amour de ce monde froid, avec sa phrase samplée d’une chanteuse de soul pour refrain etc.. L’ alchimie entre Hal, le producteur, et Sako, le Mc, fonctionne à merveille tout le long des 14 titres. On remarquera les interludes musicales à la fin de quelques morceaux, laissant libre cours à l’architecte sonore. On ressent
bien l’influence Soul et Jazz héritée de son père musicien, et de plus ces moments de musique laissent respirer cet album et permettent aux morceaux de bien s’articuler les uns aux autres.
La plume de Sako est toujours aussi touchante, son flow rapide et sombre transcrivant avec brio son émotion. On regrettera juste qu’il soit un cran au dessous de son niveau dans les textes plus égotrip, tel « consortium » avec Mic Forcing qui n’arrive pas à convaincre, sans pour autant être mauvais. Des Mic Forcing qui ne sont pas au meilleur de leur forme, quand
on a connu leur terrible cassette démo.
Mille et un fantômes est donc un excellent album, qui confirme les Cannnois en haut de l’affiche du rap hexagonal. Injustement passés sous silence et boycottés par les maisons de disque, ils ont réussi à fournir un des meilleurs albums de rap français jamais sorti, original et ayant sa propre identité.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire !!!!

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