UN SCÉNARIO À LA « DO THE RIGHT THING » OU COMMENT UN ÉVÉNEMENT RÉVEILLE LES CONFLITS RACIAUX PROFONDÉMENT INSCRITS DANS LES TÊTES DES COMMUNAUTÉS.

 

 

Peu après le décès de Sean Price le 8 août 2015, le graffeur MeresOne avait peint une fresque en hommage au rappeur à l’intersection de Bergen Street et de Kingston Avenue dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn. Cette œuvre est devenue hautement symbolique du fait que la moitié de Heltah Skeltah soit née juste à coté à Brownsville et ait passé sa jeunesse au sein des deux blocs. Elle est ainsi devenue le lieu de rendez-vous des proches et des fans de l’artiste toutes les années depuis maintenant 4 ans, sous l’impulsion de sa femme Bernadette Price.

Mais un évènement récent à fait escalader une situation de tension raciale dans ce quartier pauvre de la grosse pomme. Crown Heights est majoritairement occupé par une population noire d’origine caribéenne. On y trouve aussi une communauté juive, les Loubavitchs, qui ont leur quartier général dans la zone. Le quartier a toujours connu cette tension entre ces communautés. On se souvient des émeutes de 1991 où les habitants s’en sont pris aux juifs suite à un accident de voiture qui avait renversé des enfants noirs et tué l’un d’entre eux. La voiture était conduite par un Loubavitch, Yosef Lifsh qui faisait partie d’un convoi transportant des hauts dignitaires de sa corporation. Ce qui a été reproché à l’époque, c’est la différence de traitement entre les juifs, protégés par la police et pris en charge rapidement par une ambulance, appartenant au  service d’urgence volontaire de la communauté orthodoxe juive et qui était arrivée la première sur les lieux. Cette dernière serait partie alors que les enfants étaient encore sous la voiture, laissant la place à une ambulance de la ville. Quelques jours plus tard, suite à des rumeurs comme quoi Yosef Lifsh était saoul ce soir-là, des groupes de jeunes noirs sont allés agresser des juifs dans leur quartier de Kingston, provoquant à la mort d’un jeune étudiant. Jusqu’à aujourd’hui, l’événement est considéré comme l’un des plus graves incidents antisémites dans l’histoire des États-Unis.

 

 

Cette histoire explique bien à elle seule les raisons pour lesquelles la fresque de MeresOne a été le centre d’une nouvelle tension raciale. Il y a environ un mois, des ouvriers du bâtiment aurait été surpris en train de recouvrir partiellement à la chaux le mur où se situe l’œuvre. Ces ouvriers auraient expliqué avoir reçu l’ordre de le faire par le propriétaire d’un nouveau restaurant casher qui s’était installé sur le trottoir d’en face. Ni une ni deux, Bernadette Price s’est empressée de relayer l’information sur les réseaux sociaux, prétextant une atteinte à un symbole du quartier. Très vite, plusieurs résidents noirs et des fans de Sean P sont montés au créneau. Une pétition avait même été crée pour soutenir la résistance. A ce jour, pas loin de 20 000 signataires ont été recensés.

Le problème est que très vite, il a été découvert que ce n’était pas le patron du restaurant pointé du doigt, Monsieur Danny Branover, qui avait la demande de recouvrement de la fresque. En réalité, c’est le propriétaire de l’immeuble auquel appartient le mur concerné, Monsieur Apolinar Severino, qui avait entreprit de faire un ravalement suite au conseil de son agence immobilière dans le cadre d’une éventuelle vente. M. Severino a déclaré avoir clairement prévenu Bernadette Price en lui assurant qu’il ne connaissait pas l’importance de l’œuvre pour les habitants du quartier.

Déjà bien échaudée par la situation, il semblerait que la veuve de Sean Price ne l’ait pas vraiment entendu au point de continuer à invectiver le tenancier du restaurant lors d’une réunion de médiation organisée le 23 juillet par une représentante de l’Assemblée de l’État de New York, et le rabbin Yaacov Behrman, agent de liaison avec la communauté chabad-hassidique, dans les locaux même du restaurant. Des témoins ont déclaré avoir assisté à un dialogue de sourds, entre les uns qui reprochaient aux autres de ne vouloir privilégier qu’une clientèle blanche et juive, et les autres qui se targuaient de contribuer à la construction du pont entre les communautés. Les noirs se considérant être évincés de « l’élévation du quartier’ par les juifs. Bref, on sentait bien là cette opposition historique basée sur des rumeurs et des non-dit.

La réunion s’est terminée par un appel au calme d’un des médiateurs qui a appelé à la vigilance quant à la « racialisation » des débats. Le restaurant ouvrant ses porte au mois d’août et en vue de la commémoration annuelle du 8 août, les deux parties ont convenu d’une période de respect mutuel. Mais on redoute qu’à la rentrée, l’opposition reprenne de plus belle. Bernadette Price et MeresOne avaient d’ores et déjà annoncé une éventuelle nouvelle fresque pour remplacer la première.