Personnellement, nous ne sommes jamais allés à Los Angeles, et du coup encore moins du coté de l’avenue North Broadway, pas loin du stade des Dodgers. Mais pendant les douze dernières années, il n’était pas nécessaire de se déplacer pour ressentir l’aura d’une des soirées les plus emblématiques de la ville, de Californie, des États-Unis et même dans le monde : Low End Theory. Une aura dont le dernière flamme s’est consumée hier soir lors de la dernière session de la célèbre résidence hebdomadaire.

Début juin, les organisateurs de la soirée avaient déjà annoncé qu’il ne restait plus que 10 éditions dont la dernière aurait lieu le 8 août. Plusieurs raisons ont été évoquées : les obligations familiales, la charge de travail sur d’autres projets ou tout simplement pour bouffer, « la vie » comme ils le résument au final.

 

HIER S’EST DÉROULÉE LA DERNIÈRE DE LOW END THEORY

 

Revenons en 2006, le fondateur Daddy Kev est déjà un ingénieur du son reconnu à L.A. Alors âgé de 32 ans, il a aussi à son actif 3 albums et 3 EPs en hip hop à son actif. Il s’était également manifesté à la production pour des artistes comme (son pote) Awol One, Busdriver, Sage Francis, Sole (un des fondateurs de Anticon) ou encore Myka 9. Deux ans avant Low End Theory, il avait aussi crée Alpha Pulp Records, label reconnu comme l’un des plus intéressants de la cité des anges dans la catégorie indé et qui finira par distribuer le catalogue du Brainfeeder de Flying Lotus. Pour ce dernier, Daddy Kev sera aussi nommé au Grammy Awards pour le mixage du titre « Never Catch Me » en 2016.

Quand on connait autant de gens et qu’on végète au centre d’une scène hip hop électronique bouillonnante, il n’en fallait pas plus pour réunir tout ce beau monde dans une soirée. Très vite rejoint par le producteur DJ Nobody, féru du psychédélisme des 60s, et D-Styles, membre des Invisibl Skratch Picklz et des Beat Junkies, en tant que résidents (et plus tard The Gaslamp Killer), Low End Theory a très vite décollé du fait de sa programmation à la fois pointue mais aussi visionnaire.

Visionnaire car la résidence a véritablement servi de rampe de lancement autant que de laboratoire à de nombreux artistes reconnus aujourd’hui. Le plus connu d’entre eux est bien sur Flying Lotus qui est venu se produire de nombreuses fois et au début, juste avant de sortir son premier et acclamé album « 1983 ». En en plus d’une décennie, la liste fût longue : Daedelus, Nosaj Thing, The Glitch Mob et plus tard Jonwayne, Ras G, Baths, Knxwledge, Mono/Poly etc. La soirée avait même reçu des légendes comme Erykah Badu et Tom York au même prix d’entrée de 10 dollars environ.

A partir des années 2010, le plan d’expansion de Low End Theory est au paroxysme. Sans jamais quitté le QG de The Airliner, le bar – club de référence à L.A., la résidence s’exporte d’abord à San Francisco et à New-York puis se mue en festival pour trois saisons (avec des programmations dantesques comprenant Ghostface Killah & Raekwon, Prefuse 73, Taylor McFerrin, Mndsgn, Hudson Mohawke, Thundercat, Anderson .Paak, Kamasi Washington, Dibias, The Internet, Free The Robots et on en passe). Sans compter les extensions à l’étranger au Japon et en Europe sur quelques passages ponctuels.

Mais tenir la dragée haute toutes les semaines pendant 12 ans, avec les nombreux développements dont font aussi parties les podcasts depuis 2009,  est un travail énorme et chronophage. Daddy Dev et ses partenaires vont continuer à se consacrer à la musique et auront comme satisfaction d’avoir contribué à l’avènement d’une scène majeure de ce début de 21ème siècle. Merci à eux.

Pour l’histoire, ce sont Tyler The Creator, Tokimonsta, The Glitch Mob, Taylor McFerrin, Tsuruda et Jake Jenkins qui ont clôturé la dernière de Low End Theory cette nuit.

Et ce matin, le message laissé sur les réseaux sociaux :

 

 

 

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