LE COME BACK DE D’ANGELO : CE QU’ILS EN PENSENT

Alors que son retour sur scène en 2012 était plus qu’inespéré, D’Angelo, l’enfant terrible de la nu-soul fait un retour improbable avec dans sa besace l’album « Black Messiah », 15 ans après le légendaire « Voodoo ». A l’occasion de son concert du 16 février au Palais des Congrès, on a demandé à des experts : journaliste, animateur radio, disquaire et chanteur, ce qu’ils pensaient de ce come-back, notes à l’appui.

Sly Johnson – voix soul
Sly Johnson est en première ligne pour nous parler de D’Angelo, un « confrère ». En effet, membre du Saïan Supa Crew et désormais référence soul française avec notamment un album « 74 » sorti en 2010, Sly est un fan de la première heure.

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2012 :
« Je m’en souviens parfaitement et ce fût un fort beau souvenir. Mon appréhension portait davantage sur sa personne que sur sa prestation. Il sortait d’une longue période de doute et je me demandais s’il allait arriver « conscient ». A l’arrivée, j’ai vu un mec en forme vocalement, plus mâture, plus riche. Une putain de surprise ! Durant le concert, on a pu découvrir quelques nouveaux morceaux et j’ai été frappé par le retour de la guitare dans son jeu. J’y ai perçu une vraie volonté de retour en tant que musicien. »

Black Messiah :
« Le fan que je suis est content du nouvel album. J’ai dû écouter le disque une cinquantaine de fois le premier jour. L’artiste que je suis est un peu déçu car je m’attendais à plus de nouveautés. « 1000 Deaths » et « Really Love » sont des morceaux anciens sortis en bootlegs il y a 5 ans. Toutefois le disque mérite d’exister même si je pense que c’est avant tout un album de transition. Désormais, il fait ce qu’il a envie de faire et a mis de coté l’aspect marketing. C’est le retour concret d’un nouveau D’Angelo. »

Le Palais des Congrès :
« J’y serai ! C’est important pour moi d’être présent en tant qu’acteur de la scène soul. Je suis curieux de découvrir la mise en scène musicale versus ce qu’il faisait pour « Voodoo ». »

 L’actu de Sly :
– 21/02 : en DJ set avec JP Mano au Djoon pour La Reunion Party spéciale Detroit ( invitations 90bpm )
– 16/02 : Il fera l’ouverture en DJ set du concert de D’Angelo
– Mars : EP de remixes « EVRBDD / Everybody Dancin’ » (feat. 123Mrk, Shash’U & TAGi)
– 28/04 : au Printemps de Bourges pour le projet « Autour de Nina »
– Juin : nouvel album « The Mic Buddah » chez Heavenly Sweetness – Live Nation

 

Aline Afanoukoé – journaliste & présentatrice
De Radio Nova à France 5, en passant par Europe 1 ou France Ô, Aline Afanoukoé en a vu passé des artistes. D’Angelo est pourtant différent à ses yeux.

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2012 :
« A l’époque je n’avais pas pu assister au concert au Zénith car j’étais en tournage. J’ai été hyper surprise de son retour et du coup très heureuse. Il avait disparu après « Voodoo » et « Brown Sugar » à cause de ses déboires à l’instar de Lauryn Hill. D’Angelo fait partie des artistes rares dont le succès est synonyme de fragilité. Je n’avais pas été surprise de sa descente aux enfers. Malheureusement, les génies ont leurs failles et leurs faiblesses. Leur destin revêt une dimension tragique à l’image de Kurt Cobain, Lauryn Hill ou Amy Winehouse. Et cela est valable en musique comme en littérature ou au cinéma. »

Black Messiah :
« L’album annonce l’authentique retour de l’artiste pour un nouveau cycle. Ses batteries sont rechargées et il n’a rien perdu à en croire ses récentes prestations aux Etats-Unis. Il a su traiter de sujets récents comme le drame de Ferguson et le climat du pays sur fond de crise, de racisme et de pauvreté. De plus, il s’est entouré d’excellents musiciens qui sont des all-stars dans leur discipline. Personnellement je ne pense pas qu’il retombe dans ses travers. D’Angelo est une sorte de « James Brown » de la soul. Sa profondeur lui permet d’être irremplaçable et a su s’inscrire dans la mémoire collective malgré tout, plus qu’un John Legend par exemple.
Produire des albums fréquemment désormais, ce n’est pas ce que j’attends de lui. Nous devons savourer « Black Messiah » et lui doit faire les choses en temps voulu. »

Le Palais des Congrès :
« J’aurai la chance de le voir à l’Apollo de Londres le 20 février. Je ne serai pas bien placée (rires) mais j’en suis très excitée. Il ne faudra pas qu’il nous déçoive au niveau de la voix (comme Mariah Carey récemment). Assurer sur disque c’est bien mais pour moi le live reste la preuve ultime ! »

 L’actu d’Aline :
– Passage dans l’émission « Radio Vinyle » de Juan Massenya sur Mouv’ (date non communiquée).
– Membre du jury de TV LAB, premier concours de programmes de flux présidé par Pierre Lescure.
– 17/03 : tournage d’un nouveau numéro de « Le Ring » sur France Ô avec comme invités Asa, Faada Freddy et Shake Shake Go (date de diffusion non communiquée).
– Juin : sur scène du Theatre Galabru à Paris dans « Les Chinois » de Mickael Frayne, mise en scène de Beata Nilsca


Betino Errera – disquaire
Avec son shop dans le 11ème arrondissement de Paris, Betino est l’un des derniers résistants du vinyle. Tout bon passionné de la galettes groovy passe chez lui, y compris pour se procurer l’album de D’Angelo.

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2012 :
« Non je n’étais pas au concert cette année là. D’Angelo est pour moi la star des années 90 et l’un des meilleurs au niveau état d’esprit dans l’histoire de la black music à l’image de Marvin Gaye et Meshell N’Degeocello. C’est à dire qu’il a su transposer l’esprit et l’âme des 70s. Personnellement, je n’ai pas à juger ses déboires. Beaucoup d’artistes de ces années là ont souffert entre la drogue et les histoires d’amour tordues. Tout ce qui compte pour moi c’est la musique.»

Black Messiah :
« Pour être franc je n’ai pas écouté le disque de A à Z mais assez pour me décider à passer une commande pour mon shop. Les disques d’un artiste comme lui sont toujours des produits d’appel et mes clients, de 20 à 50 ans, me l’ont réservé immédiatement. Cependant, il y a vraiment un truc d’intéressant même s’il ne chante pas aussi clairement qu’auparavant. Je ne m’inquiète pas dans sa capacité à pouvoir produire un album tous les deux ans. Beaucoup de musiciens ont réalisé d’excellents albums jusqu’à l’âge de 80 ans dans le jazz, la soul ou même le rock. Je pense à Charlie Parker, Coltrane, Chet Baker, Ray Charles. Etc.
Concernant « Black Messiah », j’ai commandé environ 25 vinyles et je ne les toujours pas reçu. Apparemment, il y a un souci avec le pressage américain. Ce qui va décaler les livraisons au mois d’avril. Ce qui est un peu gênant car le disque n’arrive pas au même moment que la promo et les concerts.

Le Palais des Congrès :
« Non je n’irai pas l’écouter à Paris mais je vais tout de même aller voir sur Internet les images qui circuleront. Il se peut qu’il soit encore un peu fragile et il manque encore un accomplissement de sa musique. Niveau prestation, sa voix sera importante. J’espère aussi qu’il fera un petit tour de son répertoire et qu’il ne tombera pas dans le marketing pur et dur en ne chantant que des nouveaux morceaux. J’espère aussi que ce sera funky et groovy, pas trop mielleux. Mais je pense que cela va bien se passer, surtout qu’il est bien accompagné sur scène avec notamment le batteur de Prince. »

L’actu de Betino :
– L’adresse du shop : 32 rue Saint-Sébastien, 75011 Paris
– Le shop en ligne


Mars Blackmn – animateur radio

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2012 :
« Ce retour a été pour moi purement anecdotique. Je fais partie de cette vieille école qui attendent d’un artiste qu’il défende sur scène un nouveau projet, et ce premier come back sentait la « cash machine » à plein nez. Je n’ai pas voulu assister à ce concert vu les rumeurs qui circulaient sur son surpoids et son côté « lunatique » (qui reste à vérifier). J’avais surtout eu la chance d’assister au live du Grand Rex en 2000 pour la tournée Voodoo, quand le garçon se baladait encore torse nu et faisait hurler les filles, avec Slum Village en première partie. Un tel moment et un tel souvenir ne pouvaient être gâchés par une prestation ne serait-ce que moyenne en 2012. Nous parlons quand même de D’Angelo, qui en janvier 2000 avait déjà sorti ce que beaucoup ont pu considérer comme l’un des albums de la décennie, synthèse de tout l’univers de la black music des 40 années précédentes, entre soul, jazz, afrobeat et hip hop. Un monument encore à mon sens inégalé. J’avais été très surpris par le fait d’apprendre qu’il avait plongé dans une spirale négative, surtout avec le monde qui l’entoure, que ce soit Questlove, les Badu, Jill Scott… J’aurais pensé qu’il serait plus épaulé, pour éviter un destin à la Cobain ou Whinehouse, artistes qui étaient rongés par leurs addictions du temps de leur gloire, contrairement à lui. »

Black Messiah :
« Avant même d’en découvrir le contenu, j’étais soufflé par l’effet de surprise. Entre le single qui enflamme les réseaux sociaux le samedi, prémices d’un album que l’on espère pour 2015, et (boum !) l’album qui sort 2 jours après, c’était incroyable. Comment un tel secret a-t-il pu être si bien gardé ? Surtout après une telle attente, et surtout avec la si large nébuleuse qui tourne autour de lui, et qui n’a rien laissé fuité, que ce soit sur une date de sortie, ou un contenu musical. L’album en lui même est une réussite, ne le cachons pas. Si n’importe quel inconnu sort un « Black Messiah », on crie au génie. Toute l’essence de d’Angelo s’y retrouve, cette fusion, cette facilité à rendre un travail de studio dantesque en une simple prise live, et la voix qui n’a pas bougé. Et c’est là le gros point positif : combien d’artistes auraient perdu leur principal instrument après un trou noir de 15 ans ? Tous ces titres auraient pu figurer sur « Voodoo » sans que ce soit un scandale. N’ayant pas vu la tournée précédente, je ne savais pas que certains tracks comme « Really Love » avaient déjà été testés sur scène, mais cela n’enlève rien à l’ensemble. En tant qu’homme de radio, j’ai connu avec « Black Messiah » le nirvana du programmateur : être incapable de choisir quel morceau playlister, tellement l’ensemble est fort et cohérent. »

Le Palais des Congrès :
« Je ne pourrai malheureusement pas être lundi à Paris et je le regrette, surtout après avoir vu les dernières vidéos de ses prestations récentes dans le Saturday Night Live. Pour la première fois (à part sur support sonore), je me suis dit : « c’est bien lui, il est de retour ». Je me rends surtout compte que malgré la hype autour de lui, il y a une sorte de vrai soulagement pour toute la génération qui a grandi avec Voodoo, le live au Jazz Café ou Brown Sugar. Et c’est ça que j’aurais aimé voir lundi prochain : une vraie célébration, comme pour fêter le retour à la maison d’un membre de sa famille. J’ai hâte de voir les vidéos de ce show qui sera j’en suis maintenant certain un vrai moment d’émotion. »

L’actu de Mars Blackmn :
Le Hangtime Radio Show tous les mardis à 19h sur Radio Grenouille.
– 18/04 : les Hangtime Awards 2015 à Marseille

 

Conclusion :
Une note générale de 3,95 pour nos spécialistes. A priori, tout le monde est prêt à faire table-rase du passé et des déboires de D’Angelo avec l’espoir de voir l’artiste briller à nouveau. Même si « Voodoo » reste l’album de référence, « Black Messiah » s’en tire bien. Concernant le concert de Paris, on demande à voir mais nul doute que ce sera un bon spectacle vu l’équipe qui compose la tournée européenne.

Mais l’important après tout est votre ressenti personnel, votre histoire avec D’Angelo. Alors si vous avez la chance d’aller au Palais des Congrès le 16 février, profitez-en un maximum et venez nous raconter après !

 

article écrit par : WREKERROEF.