MAYER HAWTHORNE versus SILK RHODES

Lorsque que les premières notes du morceau disco « Face 2 Face » avaient résonné fin 2014 à travers la BO du documentaire « Our Vinyl Weighs A Ton » retraçant l’histoire du label Stones Throw, tout le monde s’était empressé de comparer Silk Rhodes à leur prédécesseur dans la gamme soul du label Californien : Mayer Hawthorne. Cette comparaison, influencée par notre fâcheuse tendance à coller des étiquettes, est quelque peu hâtive. En dehors des époques et l’ancienneté des artistes, on vous propose donc de les départager en sept points.

1 – Les origines
Mayer Hawthorne est né à Ann Harbor, sixième ville du Michigan plutôt prospère avec la grande Université du Michigan, quelques entreprises high-tech et les derniers fleurons de l’industrie automobile. Il est clair que quand on parle du Michigan, on pense tout de suite à Detroit et sa longue histoire avec la musique noire. On pense évidemment à la sacro-sainte Motown et son ainée Fortune Records (vénérée par les Black Keys). On pense aussi à Detroit comme la mère patrie de la techno et de la house music américaine. Rien à dire.

Michael Collins et Sasha Desree, les membres du duo Silk Rhodes viennent de Baltimore dans le Maryland. C’est encore grâce à sa situation côtière et fluviale que son économie navale et sidérurgique subsiste. Mais malgré cela, près de 24% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Coté musique, la ville construit ses fondations sur la musique classique, le jazz, le doo wop et contribue à l’expansion du gospel en tant qu’une des villes les plus peuplées de noirs américains libres après la guerre de sécession. Billie Holiday, Franck Zappa, Joe Quaterman ou encore Spank Rock sont nés à Baltimore. Pas mal non plus.

Mayer Hawthorne vs Silk Rhodes : 1 – 1
(La Motown c’est bien mais il n’y a pas que ça dans la musique noire américaine)

2 – Les influences
Mayer Hawthorne adore Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Barry White et l’écurie Motown, notamment Smokey Robinson et les auteurs Holland – Dozier – Holland. Facile…
Silk Rhodes eux, sont influencés par les Stevie Wonder, Prince, The Delfonics et Sly & The Family Stone. Tout aussi classique mais plus large.

Mayer Hawthorne vs Silk Rhodes : 1 – 2
(Parce que les mecs de Silk Rhodes ne se sont pas contentés de regarder sous leur fenêtre. On espère que vous en faites autant).

3 – Le look
Mayer Hawthorne reprend les codes du dandy avec grosses lunettes, costard cintré la plupart du temps, cravate ou nœud papillon, pompes cirées ou sneakers, casquette et chemise bucheron. Bref, votre voisin bobo dans le 11ème arrondissement.
A voir les photos de Silk Rhodes, il ne manque plus que la caravane, le couteau entre les dents, l’accordéon et les poules. Promotion dans la catégorie bohème sur adopteunmec.com.

Mayer Hawthorne vs Silk Rhodes : 1 – 3
(Parce qu’il ne faut jamais se fier aux apparences. L’habit ne fait pas la soul)

4 – Le style
En bon dandy de la soul, Mayer Hawthorne joue la carte du love et du beau gosse marrant sous le soleil. Pas un seul de ses clips n’est exempt de belles nanas. On se trémousse facilement à l’écoute de sa musique et l’artiste montre des passerelles entre soul et hip hop, son autre passion. Rafraîchissant.

Silk Rhodes délivre une soul plus profonde sur fond de production minimaliste. Michael Collins s’occupe des arrangements pour laisser la voix de Desree s’exprimer avec un timbre proche de D’Angelo (Hawthorne use aussi d’une voix claire à la Smokey Robinson). Bon les paroles des chansons ainsi que la musique sont dark par moment. A ne pas écouter proche d’un objet aiguisé…


Mayer Hawthorne vs Silk Rhodes : 2 – 4
(La soul c’est à la fois l’amour, la vie, la mort et le désespoir)

5 – Le packaging
On se souvient tous du vinyle en forme de cœur de « Just Ain’t Gonna Work Out » de Mayer Hawthorne. Une idée inspirée par le « Don’t Stop the Music » des Yarbrough & Peoples en 1980, qui lui a valu à Hawthorne une nomination au Grammy Awards dans la catégorie du meilleur package en 2013.

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Mayer Hawthorne vs Silk Rhodes : 3 – 4
(A la veille de la Saint – Valentin, on peut pas test)

6 – Le live
Alors que Mayer Hawthorne s’est déjà produit plusieurs fois en France et qu’il s’était carrément bonifié au fil du temps, on attend encore Silk Rhodes sur une scène hexagonale (même si leur passage à Boiler Room en décembre était concluant). Et à la question de savoir quand, Michael Collins répond qu’il faudrait le demander à Peanut Butter Wolf. Son numéro de portable est le 001 212 739…


Mayer Hawthorne vs Silk Rhodes : 4 – 5
(On laisse leur chance aux mecs de Silk Rhodes)

7 – L’actu
Alors que Silk Rhodes est en pleine promo avec leur premier opus, Mayer Hawthorne a rebondi avec son nouveau projet Tuxedo (en DJ set le 25 février au Café A à Paris), qu’il assume avec Jake One, producteur hip hop proche du G-Unit de 50Cent et qui a collaboré avec Brother Ali, De La Soul, M.O.P ou encore Doom. L’album éponyme du duo sortira le 3 mars.

Mayer Hawthorne versus Silk Rhodes : 5 – 6
(Parce que les deux font résolument partie des grosses sorties de Stones Throw du moment)

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Un léger avantage pour Silk Rhodes mais c’est peut être à cause de l’hiver qui nous fait déprimer facilement. La profondeur des morceaux et la belle voix de Sasha Desree sont plus que crédibles. Mayer Hawthorne s’en tire avec Tuxedo, toujours dans le registre danse frénétique. En attendant de refaire l’exercice quand le climat sera meilleur, procurez-vous les deux disques pour alterner entre batifolage et mélancolie. Tout ce qui compose la soul après tout.

article écrit par : WREKERROEF.