Si le jazz a le vent en poupe, c’est principalement parce que la scène d’aujourd’hui est à la fois prolifique et a la faculté de l’emmener dans de nombreux univers. Les Gregory Porter (Grammy Award du meilleur album jazz vocal en 2014), Kamasi Washington, Robert Glasper, Soil & Pimp, José James et même Florian Pelissier pour la France, ont su rajouter une touche moderne dans leur approche de ce style fondateur.

Et puis il y a les catalyseurs, les dénicheurs, ceux qu’on sollicite, ceux qui autour desquels on gravite. Gilles Peterson fait partie de ceux-là et le jazz et ses dérivés furent ses domaines de prédilection dès les débuts. Le jazz a toujours eu une place privilégiée dans la scène indépendante UK grâce à des gens comme lui qui ont su jouer sur la diversité, le modernisme et le mondialisme. Alors quand le projet de Yussef Kamaal s’est présenté à lui, Peterson n’a pas hésité à le rabattre dans son giron. On parle de projet car ce n’est pas un seul artiste qui se cache derrière ce nom. Pour être précis, on pourrait dire Yussef et Kamaal. En effet, il s’agit d’un duo composé de Yussef Dayes (batterie) et de Kamaal Williams (claviers) tous deux originaires du sud-est de Londres. Les deux musiciens sont appuyés régulièrement par le bassiste Tom Driessler.

 

BLACK FOCUS DE YUSSEF KAMAAL : UN JAZZ SPONTANÉ, RAFFINÉ ET MODERNE

 

Historiquement, tout a commencé en 2015 autour de Kamaal qui n’est autre que Henry Wu, producteur et musicien chef de file de la nouvelle scène Londonienne. Wu est de ceux qui mêlent et qui entremêlent les sons organiques à ceux plus digitaux. Le tout se veut élaboré et sophistiqué sans oublier d’être accessible.

Bien qu’il ait sorti diverses productions auparavant, c’est son EP « Negociate » paru en 2015 chez HoTep qui le placera définitivement sur le devant de la scène. Lui donnant par la même occasion un billet pour une session live chez Boiler Room. Wu fait alors appel à deux autres musiciens dont Dayes. Et la magie opère. Le jeu côtoie l’excellence. Ça sonne Robert Glasper avec ce qu’il faut d’underground UK. On parle déjà du Yussef Kamaal Trio.

 

 

De son coté, Gilles Peterson ne peut rester insensible à la qualité de la musique et à la clameur qui monte des rues de Londres. Ça tombe bien, ses Worldwide Awards 2016 sont en approche et c’est tout naturellement qu’il les invite pour une prestation live. La suite est logique : une signature pour un premier album et l’annonce de sa sortie pour le 4 novembre sur Brownswood Recordings. 10 tracks composent donc l’opus du band qui fait tourner les morceaux sur la base d’un combo claviers – batterie, rejoint par d’autres musiciens selon les circonstances. En règle générale, les breaks de Yussef Dayes viennent cadencer les nappes des synthés de Williams. L’ambiance se veut progressive avec de nombreuses variations rythmiques. Le concept est aussi dans la lignée du live à Boiler Room, improvisé et enregistré presque en one shot. Pas étonnant qu’on retrouve à la production monsieur Malcom Catto, lui même brillant batteur de The Heliocentrics et ingénieur son génial. En tout cas, ça plane autant que ça groove.

 

 

S’il faut commencer par quelque chose pour décrire le disque, pourquoi ne pas commencer par le début avec le premier titre qui porte le même nom que l’album ? « Black Focus » est vraiment l’introduction idéale en tout point. La longue intro de près de deux minutes joue le rôle d’échauffement (comme pour toute répétition ou tout concert). Les instruments se manifestent, se croisent et finissent pas se synchroniser doucement. Une voix africaine se fait entendre en présentant le groupe : « Yussef Kamaal papa ! ». Et le morceau part dans un acid jazz flottant où seule la trompette s’excite un peu. Bon démarrage.

Plus loin, on retrouve « Yo Chavez » qui fût le premier extrait révélé. Le rythme redescend significativement et une vibe cotonneuse se met en place. Après encore une longue intro, le synthé se réveille et commence à se tortiller un peu. La performance fait penser à un jam mis sur disque. On se détend.

 

« Lowrider » est résolument le track le plus uptempo de l’album avec une influence très marquée du coté du jazz-funk des années 70. Du coup, la guitare et la bass s’en donnent à cœur joie pendant 4 minutes. Il faut en profiter car la plupart des morceaux ne durent pas aussi longtemps.

 

Dans un autre style uptempo, on arrive sur « WingTai Drums » comme si on débarquait en plein milieu du titre. La batterie de Dayes et le synthé de Williams sont déjà en mouvement et tourbillonnent à l’unisson. Pour les artistes, c’est même un combat, d’où la reprise du nom du Wing Tai, art martial réputé précis et raffiné. On est en plein jazz fusion avec le traité plus digital des notes du clavier.

 

Pour terminer notre focus, on retiendra le morceau « Joint 17 » qui clôture comme il se doit le disque avec environ huit minutes de performance. Ça groove bien comme si Robert Glasper se faisait un bœuf avec Karriem Riggins.

 

Le reste est à découvrir à travers un ensemble homogène où règnent spontanéité, improvisation, désinvolture mais avec précision et sophistication. Un régal.

 

 

L’album « Black Focus » est disponible en précommande sur le Bandcamp de Yussef Kamaal.

 

BLACK FOCUS DE YUSSEF KAMAAL : UN JAZZ SPONTANÉ, RAFFINÉ ET MODERNE

TRACKLISTING :

01. Black Focus
02. Strings Of Light
03. Remembrance
04. Yo Chavez
05. Ayla
06. O.G.
07. Lowrider
08. Mansur’s Message
09. WingTai Drums
10. Joint 17

Brownswood Recordings – Novembre 2016

 

MISE A JOUR DU 04/05 :

C’est par son compte Facebook que le groupe vient d’annoncer sa séparation. A priori, ce serait Yussef Dayes qui ne fera plus partie de l’aventure. Le projet « Black Focus » sera désormais défendu par The Kamaal Williams Ensemble.

 

 

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