De tout temps, les choristes féminines et autres chanteuses ont forgé la soul music. Celles qui sortent du lot sont communément appelées les « soul divas ». Des génies comme James Brown sont connus pour en avoir mis en lumière autant que pour en avoir consumé. Lyn Collins, Martha High et consorts ont ainsi émergé avec pour certaines un disque solo devenu emblématique avant l’oubli. Bien sûr, il y a plein d’exemples de femmes qui ont réussi comme Tina Turner, Diana Ross ou Aretha Franklin, mais que le parcours fût dur dans ce monde très masculin et macho.

Au début des années 2000, Daptone Records, label né un peu des cendres de Desco Records car co-fondé tous les deux par Gabriel Roth, s’érige comme le fer de lance du renouveau de la funk et de la soul. Un son authentique qu’on appellera vintage ou rétro. Parmi les premières signatures, on trouve la chanteuse Sharon Jones, ancienne surveillante pénitentiaire et convoyeuse de fonds, qui associée au top des musiciens du label (les Dap Kings) va poser les fondations d’une scène soul vocale contemporaine.

En 2013, Truth And Soul, maison de disques cousine de Daptone (dont les fondateurs sont Philippe Lehman, Leon Michels et Jeff Silverman) lance le duo Lady, composé de l’américaine Nicole Wray et de l’anglaise Terri Walker. Cette association « pré-fabriquée » (les deux chanteuses ne se connaissaient pas) engendre un premier album éponyme bien reçu par la presse et le public. Truth And Soul tient quelque chose alors que Daptone se cassera un peu les dents deux ans plus tard en essayant de lancer son propre duo Saun & Starr, deux choristes de Sharon Jones.

 

LADY WRAY : SEULE SUR LE TRÔNE

 

Les morceaux du disque tournent en rotation et la première tournée se passe bien. C’est au retour de cette dernière que l’équipe splite. Nul ne saura si c’est la différence culturelle entre les influences RnB US de Wray (on la connait pour sa collaboration avec Missy Eliott et Timabaland) et la soul UK de Walker, l’incompatibilité d’humeur de deux personnalités fortes ou les envies d’ailleurs de Terri, qui sera à l’origine de la séparation. Toujours est – il que Nicole décide de continuer l’aventure avec Truth And Soul. Après quelques singles toute seule, elle décide de se nommer Lady Wray, en respectant certainement l’œuvre commune avec son ancienne complice, ou en voulant tout simplement s’approprier un peu plus le projet.

Le titre « Queen Alone », nouvel album sorti le 23 septembre, est plutôt explicite. Il semblerait qu’elle ait voulu rendre hommage au passé tout en le regrettant (ou l’inverse). Mais c’est un fait, elle est bel et bien seule à la barre. D’autant plus qu’elle fait partie des têtes d’affiche du tout nouveau label Big Crown Records (avec Lee Fields) crée par Danny Akalepse (ex DA de Truth And Soul) et Leon Michels (co-fondateur de Daptone). Ça va, vous suivez ?

Ce qui ne change pas, c’est la production au couteau. C’est normal, quand on connait le background des tauliers de Big Crown, on peut y aller les yeux fermés. On peut même y aller les mains attachées quand on sait qu’ils ont fait appel à l’homme à tout faire : Tom Brenneck. La chronique pourrait s’arrêter ici, tout est déjà dit sur la qualité du disque. Lady Wray est en tout cas parfaitement entourée pour nous délivrer un album qui tient ses promesses. Oublié son passé de chanteuse RnB pas toujours classieux. Elle peut désormais prétendre à devenir une soul diva (pour obtenir ce ticket il faut durer).

Les deux premiers extraits de « Queen Alone » avaient été dévoilés avant l’été. « Guilty » et « Do It Again » reflétaient bien ce qu’allait être l’opus. Une sonorité purement soulful avec tous les ingrédients qu’il faut pour se replonger dans les années phares de la soul, le coté poussiéreux et craquelant en moins (les puristes auront du mal à s’y faire).

 

 

Plus tard, on découvrait « Smiling » qui rentrait dans la pure tradition du rythm and blues. En opposition avec les deux premiers, ce titre plutôt « feel good » donnait de l’espoir face à l’adversité du quotidien. De la bubblegum pop comme le décrivent volontiers Michels et Brenneck.

 

« In Love (Don’t Mess Things Up) » reprend un rifle de guitare blues avec une grosse caisse qu’on pourrait retrouver sur le « Who Is He » de Bill Withers. Néanmoins, l’ambiance qui suit est beaucoup plus léger et Lady Wray donne un peu plus de voix.

« Underneath My Feet » est peut être le morceau qui sort un peu des railles. Peut être la faute aux influences rock des musiciens, mais force est de constater que le morceau emprunte ses influences au Clash avec une guitare rythmique et une caisse claire ultra – présentes. On ne s’en plaint pas. Le titre se mélange bien à l’ensemble.

Fait assez rare pour le noter dans un album de soul, il n’y a qu’un morceau réellement plaintif et lancinant à souhait. « Make Me Over » fait bizarrement figure d’exception dans la playlist, même si les thèmes globaux ne sont pas d’une joie extrême (la soul reste de la soul).

Pour « Cut Me Loose », on se demande si l’impact d’un Leon Michels ne serait pas passer par là. Où plutôt du El Michels Affair qui aurait réalisé une cover d’un classique de hip hop. Si on rajoutais un gros beat et un MC, on serait tout à fait dans le ton.

Petit coup de coeur pour « It’s Been A Long Time » dont les cuivres rutilants ne sont pas sans nous rappeler les grandes heures des Jackson 5. Le titre ouvre l’album comme pour célébrer des retrouvailles de la chanteuse avec nous. Bien vu.

 

Voilà en gros ce qu’on pourrait retenir de cet album qui est parfaitement réussi. Si elle ne détrône pas notre Sharon Jones chérie, Lady Wray n’en est pas loin. Il y a tellement de royaume à occuper dans la soul et Nicole a trouvé sa place. Encore un ou deux disques de cet acabit et elle pourrait devenir la reine incontestée. Le tout est de ne pas tomber dans les méandres de l’égo, des mauvais choix et de l’auto-satisfaction. On en est sûr, les gars de Big Crown Records sauront quoi faire si cela arrive.

 

 

 

L’album « Queen Alone » est disponible partout et surtout sur le site de Big Crown Records.

 

LADY WRAY : SEULE SUR LE TRÔNE

 

 

Lady Wray sera en concert le 10 novembre à La Bellevilloise à Paris.

 

 

 

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