Nous sommes à quelques jours du début des Jeux Olympiques qui se dérouleront à Rio. Hasard du calendrier (ou pas), Gilles Peterson vient de publier « Tam Tam Tam Reimagined » qui fait suite à la compilation « Brazil Bam Bam Bam » paru en 2014 juste avant la Coupe du Monde de Football au Brésil. Lui qui vient de fermer la page de ses années Havana Cultura (lire notre interview de mars), revient à un de ses premiers amours musicaux qu’il a largement partagé sur les ondes et sur disque depuis le début de sa carrière.

 

GILLES PETERSON PORTE LA FLAMME DE RIO (ET DU BRÉSIL)

 

Cette fois-ci, Peterson a fait le choix de retravailler un album précis : le « Tam Tam Tam » de Jose Prates et Miecio Askanasy sorti en 1958. Le disque contient notamment le titre « Nana Imborô » qui est connu comme étant la base du célèbre « Mas Que Nada » de Jorge Ben. Il est considéré comme le fer de lance d’un courant de la musique Brésilienne qui fera des émules dans le monde entier par la suite. Aujourd’hui, le vinyl original est estimé à environ 1000 livres. Déjà à l’époque de « Brazil Bam Bam Bam », premier volume du projet intitulé Sonzeira, Peterson avait déjà appelé à sa ré-édition, notamment à la télévision sur Chanel 4.

Encore une fois, il s’est entouré de plusieurs artistes contemporains pour réaliser le projet. Tout d’abord, on retrouve sa garde rapprochée : Robert Gallagher aka Earl Zinger, Floating Points et Dilip Harris pour le mixage. Eux qui avaient déjà travaillé sur d’anciens disques avec le célèbre digger anglais. On pourrait même ajouter à l’équipe un autre grand collectionneur de vinyles en la personne de Ed Motta. C’est chez ce dernier que Peterson a découvert « Tam Tam Tam » après un bon repas avec le musicien et chanteur Carioca.

A partir de là, c’est devenu une obsession. Comment trouver l’original de l’album ? Peterson et Motta avaient même fouiné dans les archives de la télévision nationale Brésilienne mais en vain. C’est alors qu’ils ont eu l’aide inattendue d’un autre anglais : John Trunk, fondateur de Trunk Records, qui a en à peine un an obtenu les droits, tombés dans le domaine public avec plus de 50 ans d’existence, pour réaliser le souhait de Peterson et par la même faire découvrir l’œuvre au plus grand nombre. Dans le même temps, GP avait finalement réussi à en avoir une copie par le biais de Egon de Now Again.

 

GILLES PETERSON PORTE LA FLAMME DE RIO (ET DU BRÉSIL)

 

En tant que DJ, Peterson ne pouvait pas se contenter de jouer quelques originaux en soirée. Il fallait absolument qu’il obtienne un traité plus clubbing (comme pour beaucoup de ses projets ces dernières années). Quand on connait le personnage, on sait que le mélange des genres et la remise au goût du jour de tracks originaux font partie de son ADN, en complément de son statut de collectionneur de sons traditionnels. Il a donc demandé dans un premier temps à Earl Zinger quelques arrangements pour avoir une matière inédite. Le résultat était tellement probant que la décision fût prise pour retravailler l’ensemble des 11 morceaux.

Pour assurer toute l’ampleur du mot « Reimagined », Peterson s’est donné la permission de changer les noms des titres (ainsi que de modifier la pochette dont l’artwork a été réalisé par Hattie Doodles) et a aussi fait appel à des featurings contemporains comme pour mieux s’approprier le tout, tout en ne dénaturant pas la genèse. En effet, le fameux « Nana Imborô » (rebaptisé « Nana Nada ») a été confié au musicien de jazz Moses Boyd qui s’est occupé de deux autres morceaux (« Maos A Obra » et « Nós precisamos de você »). La fusion avec le jazz fût l’un des éléments fondateurs de « Tam Tam Tam » et Peterson voulait absolument respecter cela. Ensuite, on retrouve un autre virtuose du jazz : Daniel Casimir qui promène son trombone sur « Aves de Leme » et enfin Kassin, membre du Orchestra Imperial de Rio et du groupe +2s, qui donne une orientation ska à « O Baixo Do Kassim ». Pour le reste, c’est une série de quasi remixes sur lesquels on reconnait la touche bass music de Floating Points et dont « Encurralado », « Do Rio Para o Chi » et « Samba de Retorno » sont les plus dancefloor.

 

 

Gilles Peterson s’est attaqué à une œuvre culte de la musique Brésilienne. En tant que tel, il a lui-même conscience qu’il ne fera pas l’unanimité. Par exemple, il n’avait pas voulu faire écouter les productions à Ed Motta avant que tout soit terminé. Mais après 30 ans de carrière, il continue à aller de l’avant en véritable ethnomusicologue. Sa passion pour le Brésil et sa connaissance de se culture musicale lui donnent toute la légitimité pour le faire. Le résultat et bon et il a toute notre adhésion.

Les Parisiens auront la chance d’écouter plusieurs extraits lors de de la Tea-Time du 21 août au Wanderlust

 

« Tam Tam Tam Reimagined » est disponible sur le Bandcamp de Brownswood Recordings

 

 

GILLES PETERSON PORTE LA FLAMME DE RIO (ET DU BRÉSIL)

TRACKLISTING :

01. O Que Você Sabe
02. Maos A Obra (feat. Moses Boyd)
03. Aves de Leme (feat. Daniel Casimir)
04. O Baixo Do Kassim (feat. Kassin)
05. Nós precisamos de você (feat. Moses Boyd)
06. Nao Ha Sol
07. Encurralado
08. Nana Nada (feat. Moses Boyd)
09. Do Rio Para o Chi
10. Samba de Pirâmide
11. Samba de Retorno

Brownswood Recording  – Juillet 2016

 

 

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