Bradley a tellement rêvé de cette carrière musicale réalisée sur le (très) tard qu’on ne lui en voudra pas de célébrer le rêve américain en guise d’apéro de ce nouvel album, quand bien même ce rêve l’aurait cantonné dans ses sous-sols pendant des décennies. D’ailleurs, qui aurait misé sur une carrière quand, à soixante et quelques années, l’Aigle Hurlant sortait un premier album ? Avec Tom Brenneck aux commandes, The World (Is Going Up In Flames) était un des meilleurs 45trs de soul produits depuis des années et No Time For Dreaming, un LP certes bien foutu mais encore trop possédé par le son et les arrangements du Menahan Street Band.

Timidement embarqué dans une tournée aux côtés d’un Lee Fields habitué à tout pulvériser sur son passage, Bradley s’est depuis élevé au rang de tête d’affiche remplissant des salles de plus en plus grandes, s’offrant le monde pour y déverser ses seaux d’amour pur et ses “I love youuuuuu” dont son coeur déborde. Avec une meilleure cohésion de groupe et débarrassé de cette sensation de l’entendre se poser sur des instrus soul dont certaines étaient faites pour vivre leur vie librement (voire l’avaient déjà fait), Victim Of Love confortait le gars Charles dans son rôle de soulman au palpitant durement mis à l’épreuve, Brenneck profitant de la totale dévotion aquiline pour glisser un buvard dans les instrus et apporter un peu de liant lysergique à tout ça.

Jamais deux sans trois donc.

De la soul, de la sueur, de l’amour, des cuivres, et un lichée de psychédélisme : Charles et Tom reprennent les choses là où elles étaient posées, remettant ce couvert patiné 60-70 qui sied si bien aux fêlures de Bradley. Et c’est Brenneck qui fait le service. Planquant plus ou moins discrètement dans le mix des tics de productions qui sont sa marque de fabrique, le guitariste à taille de basketteur augmente son déjà luxueux Menahan Street Band de choeurs trouvés pas plus loin que dans ses connaissances proches. Saun & Starr, The Gospel Queens et The Sha La Das adoucissent ainsi les hurlements de l’Aigle, façon soul, gospel ou doo-wop, quand le venimeux Budos Band délivre son poison cuivré sur une reprise de Black Sabbath.

Déchirant, léger, profond, grave ou funky comme dans cette réactivation du bon temps où il groovait avec The Bullets, ne s’accordant même plus les respirations purement instrumentales croisées dans les disques précédents et dont le mérite était, aussi, de casser la monotonie que pouvait engendrer une seule voix, Bradley prend les choses à bras le corps de la première à la dernière minute. Et fait soul de tout bois.

 

L’album « Changes » est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légal et sur son Bandcamp

 

CHARLES BRADLEY : CHANGES (DUNHAM – 2016)

 

TRACKLISTING

01. God Bless America
02. Good To Be Back Home
03. Nobody But You
04. Ain’t Gonna Give It Up
05. Changes
06. Ain’t It A Sin
07. Things We Do For Love
08. Crazy For Your Love
09. You Think I Don’t Know (But I Know)
10. Change For The World
11. Slow Love

DUNHAM – 2016

 

 

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