Il y a trois ans Washed Out était une des têtes couronnées de la chillwave, une sensation pure de la pop, fraîche comme un embrun mais fragile comme les beaux jours et qui s’éteignit avec l’été. En bon résistant de son mouvement, Ernest Greene a sorti un des manifestes du genre, son premier long “Within & Without”, trois ans après la bataille.

Mais dis-nous Ernest : comment tu en es arrivé là?

Voici les dix albums qui changèrent la vie de Washed Out :   

DJ Shadow “Endtroducing”
C’est un disque qui a changé mon processus d’écriture. Avant de faire la musique que je fais aujourd’hui j’étais dans un groupe de rock. “Endtroducing” est vraiment l’album qui m’a introduit au hip hop, au sample : savoir ce que c’était et comment le faire. Quand j’ai découvert cet album j’avais 18 ans et j’ai immédiatement adoré l’atmosphère psychédélique de l’album. J’ai commencé à m’interroger sur le processus de sampling et je me suis lancé dedans. Même si désormais je sample moins, je songe toujours à écrire dans cet ordre d’idée. Disons que je ne fais plus de boucles mais pour les textures, ce genre de choses, je continue à sampler. J’ai récemment ressenti le besoin d’aller de l’avant vis à vis de ce procédé, aujourd’hui je suis vraiment plus un songwritter qu’un producteur. En travaillant uniquement avec des samples, tu te coinces dans ce principe de boucles… Ça a du bon, c’est comme faire un collage avec une pièce que tu aimes mais c’est tellement plus agréable de s’asseoir au piano et de composer ex-nihilo…    

Koushik “Be With”
C’est sur le label West Coast “Stones Throw”. J’adore tout ce que ce label produit. Cet album compte pour moi parce qu’il intervient à un moment où le hip hop commençait à m’ennuyer. J’avais l’impression que le genre ne se renouvelait pas, samplait systématiquement des artistes de la même ère : le funk, ce genre de chose… Puis j’ai découvert Koushik, ça a été une vraie rupture, il est un cran en dehors de tout ça. Il chante par dessus ses beats d’une manière super atmosphérique, un truc très cool pour moi, ça me semblait être du shoegaze-hip-hop. Donc voilà, une bonne partie de ce que je fais aujourd’hui provient de ce type-là. “That’s a big one!



My Bloody Valentine “Loveless”

Koushik ayant énormément de références 90’s – shoegaze entre autres – j’ai commencé à m’intéresser à l’époque et j’ai découvert “Loveless” de My Bloody Valentine. Ce groupe m’inspire depuis toujours niveau voix, ce truc très washy qu’ils ont. J’aime aussi l’humeur de leurs titres et l’abstraction de leurs textes. Pour moi c’est vraiment un album énorme mais je l’ai découvert vraiment très tard. Grâce à l’Internet d’ailleurs, là où j’ai grandi il n’y avait pas de disquaire, c’était tout petit et nous écoutions tous des trucs super mainstream. La découverte de My Bloody Valentine a ouvert la porte à une flanquée de musique étrange pour laquelle je me passionne encore aujourd’hui.



Manitoba “Up In Flames”

Ça vient encore de la période où j’adorais le sample. Mais Caribou (Manitoba à l’époque) l’utilisait de manière très différente, il choisissait énormément de trucs très 60’s avec des breaks hip hop. Je me suis dit “tiens si je faisais la même chose”. C’est vraiment un album important pour moi, j’adore sa manière de superposer les couches. À l’époque où j’ai découvert ça j’ai vraiment essayé de le recréer via Washed Out. Et Caribou, ça nous mène irrémédiablement vers un autre album que j’adore :

Panda Bear “Person Pitch”
J’adore son choix de sample, la finesse et la simplicité de ses arrangements et cette multitude d’influences au sein d’un même morceau en maintenant une certaine cohérence. Un sample de voix simplement répété, une partie de batterie, sa voix… et tu as un grand truc. Je ne pense pas qu’une seule de mes chansons parvienne à être aussi simple et efficace que les siennes. Ça m’a appris comment minimaliser mes compositions de la bonne manière, à faire plus simple.   



Boards Of Canada “Geogaddi” 

J’ai découvert Boards Of Canada à la même époque que “Endtroducing”, chez un disquaire… Ça a été une claque monumentale. Je l’ai ramené à la maison, je l’ai écouté en entier immédiatement et j’ai été fasciné par la luminosité très particulière de l’album. Ça m’a énormément intrigué. Il doit y avoir 70 à 80% d’obscurité dans tous leurs albums mais ces brefs moments de lumière, d’optimisme, ont vraiment marqué ma musique. Ça a vraiment influencé mon esthétique en tant que Washed Out. Avec cet album, j’ai commencé à m’intéresser à ce qu’était LA production, à utiliser leurs petites astuces pour obtenir ce son organique, nostalgique. En les découvrant j’ai voulu utiliser des sons moins traditionnels, me surprendre à piocher dans l’étrange, le lo-fi, le brut.



A ce moment précis, je surprends un morceau de Phil Collins dans sa bibliothèque iTunes, il se défendra glorieusement en me disant que pour lui ce titre est de la chillwave avant l’heure, typiquement une chanson pop bien bouncy. Il me précisera de même que cette chanson n’est surtout pas une de ses préférées devant l’éternel.  

Outkast "Stankonia"
Je l’aime vraiment parce que là où j’ai grandi, en Géorgie, c’était vraiment le premier gros album vraiment hors-norme pouvant parvenir jusqu’à moi à cette époque. Je l’écoute toujours énormément. Mon amour pour eux n’est pas tant esthétique que représentatif d’une époque où j’ai vraiment commencé à me poser des questions sur la musique.

Grouper "Dragging a Dead Dear Up A Hill"
C’est vraiment chouette. Son travail sur les voix est assez similaire au mien. Elle n’a pas de formation, elle est vierge de tout apprentissage musical et ça lui réussit. Elle n’a pas peur de prendre des risques. J’ai l’impression d’avoir la même façon de bosser et elle me rappelle vraiment une période de mon travail.



Aphex Twin

Je préfère ses disques d’ambiant mais j’ai une vraie affection pour tout ce qu’il fait. A vrai dire, j’ai l’impression qu’il m’a apporté la même chose que Boards Of Canada en un sens, même si sa musique est nettement plus agressive. Mais j’aime vraiment ses tentatives de constructions et déconstruction, ses mélodies…  C’est tellement simple et parait si complexe. Je trouve ça simplement magnifique.

Radiohead “Ok Computer”
Parce que ça a été un album extrêmement important pour moi étant jeune. “OK Computer” a influencé mes premières compositions seul. J’avais juste une guitare, un micro et je m’enregistrais en plagiant Thom Yorke. C’est le groupe qui, chose paradoxale, m’a donné envie de faire des chansons pop très optimistes. Finalement la plupart de la musique que je fais aujourd’hui est en réaction à ce type de musique super sombre et tourmentée. En essayant d’être expérimental, Radiohead a trouvé le parfait équilibre entre la pop song efficace et un format plus sophistiqué. 

Bonus Track

Le meilleur titre pour conduire?
Je dirais du soundscape, c’est vraiment le genre de truc pour se laisser perdre. Mais je trouve pas un artiste en particulier. A l’inverse il m’arrive très souvent de penser à ce que quelqu’un ressent en écoutant ma musique au volant. J’aimerais qu’on l’écoute de nuit en voiture. Je teste moi-même mes titres en voiture tu sais? A chaque fois que je rentre de studio, en fait, j’écoute les nouvelles modifications apportées à un titre dans ma voiture. Bref, lorsqu’il ne s’agit pas de ma musique, j’adore l’ambiant ou la minimale pour conduire.

Le petit plus 90BPM :
Ernest Greene m’a confié composer sur iPad lors de cette tournée. Il donne d’ailleurs à chaque titre, le nom de la ville où il a été enregistrée. J’ai eu l’occasion d’écouter “Roma” et “Tokyo”, à priori, il n’en fera rien mais si d’aventures sur le prochain album vous croisez un titre avec un nom de ville, vous connaissez son histoire.