UN MINI-DOCUMENTAIRE QUI SERA DIFFUSÉ EN AVANT-PREMIÈRE LE 28 SEPTEMBRE À PARIS À L’OCCASION DU FESTIVAL X-BAR.

 

 

2019 est une année propice aux documentaires sur la culture hip hop en France. Il n’y qu’à voir les web – séries qui ont été diffusées en début d’année sur Arte. Le collectif So Fresh, composé de Somy King, Robin Monjanel et Aurélien RDC, s’inscrit dans cette mouvance qui a pour but d’honorer les acteurs de cette culture qui célèbre ses propres dates anniversaires, dans le prolongement de celles de nos grands frères américains. Leur premier fait d’arme : un mini-documentaire sur EJM qui s’est fait connaitre par son célèbre « Élément Dangereux » qui figurait sur la mythique compilation « Rapattitude » en 1990. Le résultat de leur entretien avec le rappeur de Vitry Sur Seine, intitulé « EJM l’élément dangereux », sera diffusé en avant-première le 28 septembre à Paris dans le cadre du Festival X-Bar. On a voulu en savoir plus sur So Fresh, représenté par Somy et Robin, et leur projet.

 

 

L’INTERVIEW

 

Parlez-nous un peu de vous et de votre collectif So Fresh.

Somy King : Je suis graphiste à l’origine et je suis passionné de la culture hip hop dans son ensemble. On s’est rencontré avec Robin via le monde du graffiti.

Robin Monjanel : Je suis monteur à la télévision depuis 20 ans. Je suis aussi passionné de hip hop depuis l’adolescence. Quand on s’est recroisés avec Somy, on a beaucoup discuté hip hop et je me suis rendu compte qu’il connaissait beaucoup de choses, qu’il se documentait beaucoup. J’ai également appris qu’il donnait des conférences. C’est cette passion commune qui nous a réuni. C’est aussi le cas avec Aurélien qui a été ingénieur du son. On est des gars âgés entre 35 et 48 ans qui voulaient faire quelque chose autour du hip hop.

SK : So Fresh existe depuis quelques temps maintenant. On avait d’abord eu l’idée de créer notre propre émission. A l’issue du tournage du numéro 0, on avait encore pas mal de choses à revoir. Pour ne pas perdre la dynamique, on avait décidé de faire des interviews et de les diffuser en attendant que le projet soit finalisé.

RM : Somy, Aurélien et moi-même sommes le noyau dur du collectif mais il y a plein de gens qui gravitent autour de nous et qui nous aident bénévolement.

 

Pour la première interview, vous avez choisi EJM. Pourquoi ?

RM : C’est Somy qui nous a parlé d’EJM qu’il connaissait bien. EJM est pour nous un monument du rap français, c’est un type emblématique qui a marqué son époque et qui a laissé une trace dans le hip hop des années 80 et 90. Et finalement, c’est quelqu’un dont on sait peu de choses. Hormis quelques extraits sur « Rapline » et une ou deux interviews sur les médias papier, il y a très peu de témoignages de son impact contrairement aux autres de l’époque. Du coup, on trouvait ça intéressant de donner la parole à quelqu’un d’important pour nous et de méconnu. Quelqu’un qui a quand même rappé sur « Rapattitude », la compilation fondatrice du rap français.

SK : C’est vrai que le choix d’EJM était « facile ». Mais quand j’ai discuté avec lui, je me suis aperçu qu’il avait gardé la même énergie qu’à ses débuts. Il avait encore beaucoup de choses à raconter et surtout il les racontait bien. Il avait gardé une analyse politique et sociale encore affutée. Et à mon sens, il est encore un moteur pour de jeunes rappeurs qui ne sont pas du tout de sa génération, qui n’écoute pas la même musique que lui et qui n’ont pas la même culture que lui. Quand j’ai fait quelques émissions en web radio avec lui dans le 94, il était venu avec plein de jeunes du département.

 

 

Quels ont été les arguments que vous avez employé pour le convaincre ?

RM : Je crois qu’il a vu qu’on était des passionnés de hip hop et qu’on connaissait le sujet. Je crois que par dessus tout il a vu qu’on était honnêtes dans notre démarche.

SK : EJM a vécu pas mal d’épreuves dans sa vie, notamment au sein de la culture hip hop et de l’industrie de la musique. et je crois qu’il était à la recherche de sincérité.

 

Malgré les différents documentaires sur la culture hip hop en France qui ont été diffusés cette année, EJM semble en être le grand absent.

SK : Carrément. Quand tu regardes l’interview, il était vraiment en avance sur tout le monde. C’était le premier à faire une fusion avec le rock, à jouer en live avec un groupe de jazz, à amener une conscience politique dans le rap français, à donner une orientation gangsta. On sentait qu’il avait étudier ce qui se passait aux États-Unis, qu’il avait étudier les textes et les flows des américains. Ce que personne ne faisait.

 

Devant un personnage qui a autant de choses à dire, comment vous avez préparé l’interview ?

RM : On a beaucoup préparé l’interview en amont, notamment avec l’aide d’Aurélien qui est celui d’entre nous qui connait le mieux la biographie d’EJM. On avait une idée précise des sujets sur lesquels on voulait l’emmener comme ses débuts dans les années 80 là où il a commencé à s’intéresser à la culture hip hop en général. On a voulu aussi l’amener à parler des années 90 où il avait percé et signé en maison de disques grâce à « Rapattitude » avant de disparaitre des radars. On voulait surtout savoir ce qu’il était devenu entre la fin des années 90 et aujourd’hui. Et puis pourquoi pas quel était son avenir. Ensuite, EJM a une parole libre et c’est vrai qu’on a rebondi sur les choses qu’il avait pu nous dire.

 

Dans le teaser que vous avez déjà publié, on ne sent aucune aigreur par rapport à sa carrière « inachevée ».

RM : Moi j’ai découvert EJM par le biais de cette rencontre et honnêtement, il n’est absolument pas dans l’aigreur. Il assume ses choix. Il est toujours autant passionné et regarde beaucoup ce que les jeunes font actuellement. On est agréablement surpris qu’il ne soit pas dans le rejet de l’évolution du rap actuel.

 

 

Et ce qui devait être une interview est devenu carrément un documentaire.

RM : Effectivement, ce documentaire a une durée de 40 minutes à l’arrivée. On appellerait plutôt cela un « entretien documenté ». Il nous a quand même accordé 1h30 d’entretien avant un concert qu’il allait donner. On n’a pas mis de voix-off volontairement pour qu’il se raconte. On voulait lui donner la parole et c’est ce qu’il a fait avec tellement de détails qu’on n’avait aucun mal à visualiser son histoire. On ne voulait pas faire intervenir d’autres protagonistes, uniquement lui.

 

Vous parliez d’un manque de traces d’EJM. Comment avez-vous fait pour documenter votre interview ?

RM : On est allé tous digger chacun de notre coté, sur Internet, auprès des copains, sur des DVD etc. En passionnés de hip hop, on avait déjà plein de contenus qu’on a pu exploiter. On s’est aussi reposés sur le livre « Regarde ta jeunesse dans les yeux » de Vincent Piolet (aux Éditions Le Mot et le Reste – 2017) qui décrivait notamment les pionniers du rap à Vitry dont EJM s’est aussi inspiré quand il était gamin.

SK : Pour l’anecdote, EJM a eu un rôle déterminant dans la création de ce bouquin. Il a beaucoup guidé Vincent Piolet et il lui a fait rencontré des gens. Il a permis à Piolet d’avoir une crédibilité auprès des personnes les plus réticentes.

 

 

 

Du coup, vous avez eu l’idée d’organiser une avant-première le 28 septembre à Paris.

SK : Ça s’est fait assez rapidement. Cela faisait 3 ans que j’intervenais avec une conférence en ouverture du Festival X-Bar et on a saisit l’opportunité pour proposer la projection à Nathalie Barraux (ndlr : co-fondatrice de la Maison du Hip-Hop et organisatrice du Festival). Cette année, en plus de la projection en avant-première, on fera intervenir EJM ainsi que des gens de son entourage pour compléter des aspects qu’on n’a pas abordé dans le documentaire. Il fera aussi une petite performance au micro et interprètera des nouvelles chansons et quelques classiques. Ça viendra en complément du programme du Festival X-Bar autour de la culture hip hop.

 

Comment vous voyez les choses pour le documentaire après le Festival X-Bar ?

SK : Notre objectif de faire tourner le documentaire un maximum de festivals avec toujours EJM en soutien qui fera aussi des concerts puisqu’il a reformé récemment un groupe live.

RM : On a envie de rencontrer le maximum de gens pour leur montrer ce qu’on a réussi à faire avec peu de moyens et beaucoup de passion.

 

Vous prévoyez d’autres interviews prochainement ?

RM : C’est pas encore complètement défini mais on prévoit de partir sur un ou deux documentaires sur ce principe-là. On ne peut pas encore en dire plus mais on a des projets de thématiques autour de la culture hip hop et de son histoire. On a envie de parler de certains lieux qui ont été importants pour le hip hop et aussi de gens qui ont eu des activités en lien avec la culture mais qui sont un peu méconnus. Un peu comme EJM, on veut donner la parole à des gens qu’on a peu entendu, tout en donnant une grande place importante aux images d’archives qui est un exercice qu’on affectionne particulièrement. Et pourquoi pas dans l’avenir, on aimerait bien que notre travail serve également d’archives.

SK : Et tout ça dans toutes les disciplines du hip hop car on évolue aussi bien dans le graffiti que dans la musique par exemple. On veut mettre en avant tous les acteurs de la culture, aussi bien les artistes que les ingé sons ou les chorégraphes et danseurs. Ces mecs ont forcément des choses à dire sur leur vision de l’évolution du rap en France.

 

On sera présent pour relayer vos prochaines actus. En attendant, bonne projection au Festival X-Bar.

RM : Merci.

SK : Merci et on vous donne tous rendez-vous le 28 septembre pour l’avant-première !

 

 

Toutes les infos sur le programme du 28 septembre dans notre agenda.