LE GROUPE SUPA DUPA NOUS VIENT DE LYON ET FAIT PERDURER UNE TRADITION LOCALE DES GROUPES DE MUSICIENS. AVEC L’AIDE D’UN RAPPEUR ET D’UNE CHANTEUSE, IL NOUS A DÉLIVRÉ L’ALBUM « RISE AND FALL » EN FIN D’ANNÉE. 

 

 

Ce n’est plus un secret pour personne, Lyon est une des villes françaises où foisonnent des musiciens de qualité, et plus particulièrement sur une scène groovy portée sur l’organique. Quand on parle de Lyon, on a naturellement en bouche le nom de Patchworks (et ses multiples projets) et de plusieurs autres. Depuis 2015, c’est le groupe Supa Dupa qui fait parler de lui.

Ayant comme socle le batteur et producteur NuTone, la formation composée d’une dizaine d’individus, développe non sans brillo un son entre hip hop, jazz et nu-soul. Un son qui a pris la forme en 2018 d’un premier EP « Rise » et plus récemment (le 7 décembre dernier) de leur premier album « Rise And Fall », qui rajoute au 5 premiers titres de l’EP, 5 autres tracks dans un récit qui évoque toutes les étapes d’une relation amoureuse, de ses débuts angéliques à sa fin destructrice.

Nous avons voulu en savoir plus sur ce projet et nous avons eu le plaisir d’interviewer NuTone et Corentin Coirault (clavier) à la sortie d’une session dans le cadre d’une résidence qu’ils entreprennent en ce moment.

Votre album « Rise And Fall » se décompose en deux parties : l’EP « Rise » qui était sorti plus tôt dans l’année puis l’album. Pourquoi avoir respecté cet ordre ?

NuTone : premièrement, cela nous a permis de développer notre actualité sur du long terme et de vraiment faire gamberger les gens sur le sujet de l’album. Ensuite, et c’est la raison principale, on a voulu raconter les étapes de cette histoire d’amour. C’était important pour nous de la splitter en deux pour mieux exprimer dans un premier temps le « rise » (ndlr : le début, l’idylle, l’élévation) et puis le « fall », c’est à dire cette chute qui répond au « rise », une sorte de descente aux enfers.

Corentin Coirault : on a voulu installer un délai de quelques mois entre les deux sorties. C’était assez logique pour nous de respecter l’histoire d’une manière chronologique.

NuTone : le dernier morceau de « Rise » se termine sur un couplet qui dit « je me réveille chez une femme, c’est la première nuit qu’on a passé ensemble et je ne sais pas ce qu’il m’arrive, je suis en train de tomber amoureux… » alors que le premier titre de « Rise And Fall » s’appelle « Turbulence » et se situe au moment où les deux personnes habitent ensemble, ont vécu l’amour fou pendant quelques mois et commencent à  se poser des questions et à tomber dans la parano et la jalousie.

 

 

 

Cela veut dire que les morceaux ont été conçus et enregistrés dans le même ordre ?

NuTone : c’est ça. Pour être tout à fait exact, j’avais écrit l’album en entier quasiment 6 mois avant l’enregistrement de l’EP. Ensuite on a enregistré « Rise » en décembre 2017 puis « Fall » en avril 2018. En tout, cela nous a pris en gros un an et demi pour tout concevoir.

 

Cette histoire d’amour que vous racontez, on ne peut pas s’empêcher de penser que cela relate une expérience personnelle.

NuTone : ce genre d’histoire est universelle mais le rappeur NotaBene a vraiment voulu créer des personnages fictifs quand il a écrit l’album.

Corentin Coirault : c’est une sorte de résumé de toutes les histoires qui nous entourent. Rien de vraiment personnel.

 

NotaBene et la chanteuse MacyLu incarnent cette relation amoureuse, ce rapport de force. Du fait de l’aspect intimiste du sujet, ont-ils suivi un process particulier pour travailler ensemble ?

NuTone : une fois l’histoire écrite par NotaBene, ils se sont mis d’accord sur les thèmes de chaque morceau, qui représentent les différentes étapes d’une relation, et les ont passé au crible. Ensuite, pour que cela colle avec les musiciens, on a passé du temps en résidence pour bosser les structures et choisir les prods.

 

Cela a été difficile de faire adhérer tout le monde à une telle thématique ?

NuTone : non pas du tout. On était tous dans l’engouement de faire notre premier album. Quand NotaBene est venu nous présenter son histoire, on a trouvé que c’était complètement cohérent avec ce qu’on avait envie de raconter. On s’est rendu compte que chaque thème collait bien avec chaque prod. Nos principales difficultés se situaient plus dans l’organisation, la logistique et la gestion des étapes d’enregistrement. À part ça, on était tous à fond derrière l’idée du rappeur.

 

Dans votre bio, on lit que votre musique est « un grand carambolage maitrisé comme si Kendrick Lamar et Robert Glasper se retrouvaient au volant de la Delorean de Retour vers le futur ». C’est une comparaison assez couillue mais ça a le mérite d’être clair quant à l’éventail large de vos influences.

NuTone : c’est bien – sur une note d’humour dans notre présentation. Le terme de « carambolage maitrisé » c’est pour signifier que nous sommes une grosse clique de potes. On n’est pas seulement des musiciens qui travaillent ensemble. On passe beaucoup de temps ensemble en dehors de la musique. Personnellement, en tant que producteur, j’avais l’intention de monter mon petit truc solo au début et de commencer à produire du monde. Et puis tous les gars du Supa ont commencé à se greffer à mes prods et petit à petit c’est devenu une sorte de label non officiel dans lequel on développe notre petite patte musicale maison. On est des bosseurs et on sait où on va aller mais on est aussi très déconneurs.

Pour le comparaison avec Kendrick Lamar et Robert Glasper, ce n’est pas de la prétention mais ces artistes représentent vraiment nos inspirations que ce soit en termes de réalisation d’album ou en termes d’arrangements.

 

En tant que groupe, il est évident que vous recherchez les sonorités live. Une particularité qu’on retrouve beaucoup à Lyon avec d’autres artistes comme Patchworks pour ne citer que le plus connu.

NuTone : c’est vrai qu’à Lyon il y a un gros réseau de musiciens. Même si dans l’avenir on essayera de coller à d’autres esthétiques qu’on adore et qu’on n’a pas pu encore défendre à travers notre musique, on défend complètement cet aspect live.

 

C’est pour cela que vous réalisez des covers à coté (hommage à Mac Miller, reprises de Chance The Rapper ou d’Alicia Keys).

NuTone : comme je l’ai dit, on cherche à installer notre patte musicale. C’est super important pour nous d’être présents sur le net avec ce genre de vidéos car nous sommes avant tout un groupe live. De nombreuses personnes nous ont vu en concert et d’autres nous découvrent par le biais de ces vidéos. Elles nous permettent de nous exprimer en dehors de nos propres productions et nous permettent aussi de montrer l’esprit d’équipe dans le projet.

Cela avait commencé avec un tremplin à l’issue duquel on avait gagné une journée de studio à l’Hacienda, lieu où on a enregistré « Rise And Fall » un an après. On savait qu’on n’aurait jamais eu le temps de créer quelque chose de nouveau, ni quelque chose en rapport avec le premier EP. Et comme on était fans des contenus à la « Tiny Desk », on s’est dit qu’on allait faire la cover de « Empire State Of Mind ».

 

 

En fait, le vrai socle du groupe, ce sont les musiciens.

NuTone : oui on peut dire ça même si l’apport de NotaBene et MacyLu a été essentiel pour « Rise And Fall ». C’est vrai qu’on ne se refuse pas à collaborer avec d’autres artistes vocaux dans l’avenir. Tout cela pour mieux coller aux autres esthétiques que nous souhaiterons défendre.

 

D’ailleurs, à l’heure où on échange, vous êtes déjà en résidence pour préparer un nouveau projet.

NuTone : oui on enchaine et on est en studio pour une future collaboration mais on ne peut rien te dire pour le moment. On bouillonne en permanence de nouvelles idées et de nouvelles envies. Et on a besoin de les mettre en forme rapidement. On pourra vous en parler davantage plus tard dans l’année.

 

Pour reparler de « Rise And Fall », il y a surtout un nouveau clip tiré de l’album qui arrive bientôt ?

Corentin Coirault : oui en effet. Il s’agira du clip du morceau « Mayday ». A priori, il devrait sortir très prochainement. On a d’ailleurs publié quelques photos du tournage sur nos pages.

NuTone : c’est l’avant dernier morceau de l’album donc dans la phase chute. C’est l’étape où la femme est en plein doute concernant son couple. Elle est hantée par un démon qui revient souvent, celui de l’ex. Le clip racontera son combat intérieur entre la survie de son couple et son ex qui reste présent. Il faut savoir que le titre « Attraction » qui précède « Mayday » est la version de l’homme. Ce sont deux morceaux qui se répondent en mode miroir.

 

 

On a hâte de découvrir ce clip. Merci messieurs pour cette interview.

NuTone : merci à toi.

Corentin Coirault : merci.

 

 

 

L’album « Rise And Fall » est disponible partout et particulièrement sur le Bandcamp de Supa Dupa.

 

TRACKLISTING :

01. Remains
02. Fuel
03. Countdown
04. Take-Off
05. Rise
06. Turbulence
07. Gravity
08. Attraction (feat. Célia Kameni)
09. Mayday (feat. Simian Sam)
10. Fall

Décembre 2018