Quand on connait la qualité d’écriture et la vision éclairée d’un artiste comme Rootwords, quel plaisir ressentons – nous lorsqu’il nous délivre un nouveau disque. Son nouvel album « Warning Signs » sort justement aujourd’hui, 4 ans après son premier long format « The Rush » (il a quand même réalisé entre temps quelques EPs).

Lui qui a beaucoup voyagé, notamment pour ses concerts mais aussi dans son existence d’homme, Rootwords est bien placé pour avoir une vue globale du monde et des êtres qui le composent. Et on est toujours certain qu’il nous retranscrive en musique de la meilleure façon possible ses expériences et son regard sur notre société.

On a eu le plaisir de le rencontrer pour en savoir plus sur le nouvel opus.

 

ROOTWORDS NOUS PARLE DE SON NOUVEL ALBUM « WARNING SIGNS »

 

L’INTERVIEW

 

Ton nom d’artiste est la fusion de deux influences : « The Roots » & « Wordsworth ». Pour la seconde, on ne sait pas s’il s’agit du rappeur ou du poète.

C’est une référence au rappeur bien sur. Mais c’est aussi parce que je suis moi-même un parolier.

 

« Fondamentalement, je ne sais pas de quoi parle la chanson avant de l’avoir terminé. »

 

Un album est souvent un instantané dans la vie de l’artiste. Quand tu as commencé à travailler sur le disque, pensais-tu à des événements précis ?

Quand je commence à écrire, je ne suis presque jamais un thème ou une direction précise. En l’absence de toute indication, je m’inspire de la musique sur laquelle je suis destiné à écrire et à rimer. J’évolue en toute liberté, écrivant une ligne, une rime ou une pensée basée sur les émotions que me procurent la musique. Et je transforme tout cela en un morceau. Fondamentalement, je ne sais pas de quoi parle la chanson avant de l’avoir terminé. De ce fait, l’album est évidemment lié aux expériences, aux pensées, aux conclusions et aux vérités que j’ai ressenties à ce moment-là.

Du fait de ton expérience, tu as une vision globale des choses. Selon toi, quels sont les défauts qu’on retrouve dans tous les pays ?

Comme le dirait Tommy Wiseau (ndlr : le réalisateur du film « The Room ») : « le comportement humain » (rires). Ce comportement est à la fois prévisible et surprenant. Ce qui est assez évident, c’est que nous ne semblons jamais apprendre de nos erreurs. Nous reproduisons des cycles dans lesquels les sociétés grandissent et déchantent. Et plus que tout, nous sommes pris au dépourvu parce qui va arriver ou qui vient de se produire.

Du nom de ton nouvel album, quels sont ces « Warning Signs » aujourd’hui ?

Sur un point de vue politique, on voit la montée de l’extrême droite par exemple. Du coté de la société, on peut sentir la tension de la rue, la tristesse et le vide, l’individualité extrême, le « chacun pour soi », le fait que nous consommons et jetons sans penser aux conséquences. Cela est intensifié par les réseaux sociaux où les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être. Tout est pris pour argent comptant. Les livres sont jugés à leurs couvertures. Nous ne sommes plus critiques, nous n’avons plus notre propre opinion. Nous préférons partager des opinions issues d’un algorithme personnalisé.

Te considères-tu comme un lanceur d’alerte ?

Raconter une vérité évidente ne peut pas être considérée comme une alerte, surtout si je fais moi-même partie de l’humanité. Partager ce que je vois et ce que je ressens est ma façon d’exprimer mes émotions, et il se trouve que j’aime parler de ce qui est réel et de ce qui est important. Pour moi c’est de ça dont parle mon rap et ça me fait du bien de l’extérioriser. Comme les hiéroglyphes égyptiens, j’aimerais laissé un message qui pourrait être interprété encore et encore. Un message qui résiste à l’épreuve du temps et qui donne un aperçu du monde dans lequel je vis aujourd’hui.

 

« Le fait qu’en 2018 je sois encore libre et capable de dire ce que je pense est tout l’espoir dont j’ai besoin pour continuer ma route. »

 

« Warning Signs » nous alerte. Mais y a-t-il quand même de l’espoir dans tout cela ?

Je ne sais pas vraiment. Beaucoup de choses me dérangent. Je suis sensible aux problèmes mondiaux qui n’ont pas été résolus et aux nombreux problèmes à venir. Ça ne m’empêche pas de profiter de la vie et de la vivre pleinement. Si vous écoutez bien, jamais je ne me plains. J’expose juste les faits et comme je l’ai dit, je fais aussi partie du problème. Le fait qu’en 2018 je sois encore libre et capable de dire ce que je pense est tout l’espoir dont j’ai besoin pour continuer ma route. Et donc j’espère que grâce à ma musique, les auditeurs pourront aussi expérimenter cette liberté.

 

 

L’instrumentation est toujours assurée par ton groupe The Block Notes. Y’a t’il eu un process particulier dans la réalisation du nouvel album ?

Pas du tout. Comme je l’ai dit, le groupe a proposé quelques instrumentaux. De mon coté, j’avais écrit les textes pendant les sessions d’enregistrement au studio ou à la maison. Certaines chansons ou instrus ont été conservées, d’autres abandonnées. L’album fût prêt lorsqu’il n’y eu plus rien à rajouter.

Ta recherche du son organique est toujours aussi présente ?

Le son organique est naturel. Je fais juste les choses comme cela me vient. Il était important que ce soit les mêmes musiciens qui produisent la musique que ceux qui m’accompagne sur scène. De cette façon, l’expérience créative peut être expérimentée comme un ensemble, du studio à la scène, et pas en tant qu’individu. Je voulais partager les choses que j’aime avec mes proches. Je ne cherchais pas un son en particulier mais développais une relation plus profonde avec mon équipe.

Tu n’as que deux invités sur le disque : Robin Thirdfloor and J-Fever. Comment tu les as rencontré et comment se sont-ils greffés au projet ?

Le hip hop nous à réunit. J-Fever était venu en Suisse depuis la Chine pour filmer quelques trucs pour son émission de télévision. On a commencé à bosser par amour du hip hop. Comme il est champion de freestyle en Chine, je lui ai demandé de kicker sur une instru des Block Notes.

Pour Robin Thirdfloor, je l’ai rencontré à Durban en Afrique du Sud l’année dernière pendant une tournée avec le groupe. Avant cette tournée, j’avais regardé ses vidéos et j’ai aimé son style avant-gardiste. Je me suis donné l’objectif de me connecté avec lui. Il nous a fait visiter son quartier « Umlazi ». Et pareil, je lui ai demandé de faire un truc sur un beat.

Coté scène, tu prévois sûrement de tourner bientôt ?

Oui on y travaille. On a joué dans de nombreux endroits comme vous pourrez le voir sur mon site. Mais cette fois nous voulons le faire dans les meilleures conditions possibles. Nous voulons faire des prestations efficaces sans nous compromettre. Une fois l’album sorti, on espère que l’élan grandira. Ce qui nous permettra d’aller nous produire le plus possible. Nous nous sommes préparés à ça.

Quelles sont tes espérances par rapport à l’album ?

Comme tout musicien, j’aimerais que ma musique soit écoutée car cela fait du bien à l’âme. C’est pourquoi j’ai choisi de la diffuser au monde.

 

L’album « Warning Signs » est disponible en digital et CD et aussi en vinyle sur Diggers Factory.

 

 

ROOTWORDS NOUS PARLE DE SON NOUVEL ALBUM « WARNING SIGNS »

TRACKLISTING :

01. Warning Signs
02. Clockwork
03. A Matter of Time
04. No Filter
05. Bad Bitch
06. The Great Wall (feat. J-Fever)
07. Children’s Story
08. The Same
09. Blue Sapphire
10. Somdanger Freestyle (feat. Robin Thirdfloor)
11. Back Off Me
12. Waumfwa
13. Diaspora

Kinyama Records – Mars 2018

 

 

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