Sax Machine, le trio composé de Guillaume Sené, Pierre Dandin et de RacecaR, est dans la lancée de la sortie de son album « Bubbling » en mars dernier. La qualité de l’association entre les cuivres, les machines et le flow du rappeur de Chicago, au service d’un hip hop symphonique et plein de peps, est indéniable, comme l’expliquait Muzul dans sa chronique sur Damn Right.

A la veille de leur passage au Festival Tour de Chauffe (le 17 novembre) près de Lille, on a pu s’entretenir avec Guillaume et RacecaR, tout deux chauds bouillants pour fouler les planches encore une fois.

 

SAX MACHINE : HIP HOP HAUTEMENT CUIVRÉ

 

L’INTERVIEW

 

Votre rencontre résulte d’une jam session à Rennes. L’alchimie s’est crée tout de suite ? Vous saviez que vous allez monter un groupe, un projet immédiatement ?

Guillaume : Le concept Sax Machine est plus ancien. En 2009, j’avais acheté un looper et m’étais amusé à créer des instrumentaux à partir de sons et bruits de saxophones, que j’avais mis en ligne sur Myspace (a l’époque). A ce moment, ce n’etait pas vraiment un projet dédié à la scène. Mais le programmateur du Recife Jazz Festival au Brésil est tombé sur ces sons et m’a invité à jouer pour son festival. J’ai du créer un répertoire avec Jay Ree (Zenzile, City Kay), un MC avec qui jouait dans un autre groupe à l’époque et nous sommes partis jouer au Brésil après quelques concerts en Bretagne pour roder le set.

J’ai ensuite rencontré Pierre Dandin, tromboniste de Sergent Garcia. On a développé le projet tous des deux sans MC, en instrumental et on a écumé beaucoup de cafés-concerts. En 2013, par amis en commun, on a rencontré RacecaR, rappeur américain (de Chicago), qui venait de s’installer à Paris. On l’a invité à passer une journée chez nous, à Rennes. On a improvisé toute l’après-midi et ça a fonctionné directement. Avec RacecaR, c’est une rencontre autant musicale qu’humaine.

Il y a une volonté de limiter votre ensemble à un trio ? C’est suffisant ?

Guillaume : Oui, notre trio fonctionne et se suffit à lui même. Avec Pierre, on construit le beat en live avec nos instruments (saxophones et trombone), que l’on modifie avec des pédales d’effets, et que l’on enregistre en boucle en additionnant plusieurs couches. En fait, on remplace la fonction des instruments que l’on n’a pas avec cette technique. Par exemple, la basse est jouée et mise en boucle avec un saxophone baryton auquel j’additionne un octaver, qui permet de jouer l’instrument encore plus grave…

J’ai aussi l’impression en vous écoutant qu’il n’y a pas un membre qui mène le trio, c’est voulu ?

Guillaume : En effet, dans la musique, on se nourrit chacun de l’autre. Sur scène, c’est très improvisé et chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Vous êtes un groupe non seulement français mais aussi international. Comment vous vous faites programmer dans tel ou tel ville ou pays? des contacts préexistants ?

Guillaume : C’est vrai qu’avec un rappeur dont la langue maternelle est l’anglais, c’est plus facile de s’exporter. Nous avons un tourneur (Sébastien Rozé) qui s’occupe d’organiser les tournées et de faire fonctionner tout son réseau, que ça soit en France ou à l’étranger. On a eu la chance de tourner à Séoul (Corée du Sud), Afrique du Sud, La Réunion, Maurice, Madagascar, Inde, Russie notamment.

Vous avez une préférence pour le « live » en matière de configuration ? (petit plateau, grand plateau, festival, etc.)

Guillaume : De manière générale, Sax Machine est un groupe live. On adore la scène, et ce projet assez improvisé nous laisse une très grande liberté. On s’est souvent retrouvés à jouer en section cuivres pour d’autres groupes, à jouer les même morceaux chaque soir, sans grande surprise. On a pris le contre pied avec Sax Machine, et chaque concert est unique… C’est vraiment jouissif !

Ce n’est pas votre première fois dans la région lilloise ?

Guillaume : Non, on a déjà joué l’année dernière avec Deluxe à l’Aéronef. C’était une soirée énorme !

 

« Il nous arrive même de créer un morceau sur l’instant, pendant un concert, et de ne plus s’en souvenir ensuite. »

 

Vos morceaux résultent de ces jam sessions et donc d’une certaine spontanéité ou alors d’un calcul, d’une réflexion posée en séance studio ? Ou alors vous êtes entre les deux ?

Guillaume : On a deux processus de création bien distinct, le studio et le concert. En studio, on prend le temps de composer, de prendre du recul sur nos morceaux, de revenir dessus. En live, on joue beaucoup de manière spontanée. On joue d’ailleurs quelques morceaux de nos albums, le reste du set est improvisé. Il nous arrive même de créer un morceau sur l’instant, pendant un concert, et de ne plus s’en souvenir ensuite…

Et donc certains morceaux ont été composé en tournée ?

Guillaume : Oui, beaucoup de morceaux ou thèmes de cuivres sont nés du live. Et quand on est sur la route, spécialement à l’étranger, la musique, la nourriture locale et les rencontres nous inspirent énormément.

Vos albums suivent-ils une ligne directrice ? « Speed of Life » et « Bubbling » ne dégagent pas la même atmosphère ?

Guillaume : Oui il y a une ligne directrice, une couleur, un patte que l’on souhaite conserver. « Bubbling » est clairement plus hip hop que « Speed of Life », mais aussi plus cuivré avec plus de mélodies.

RacecaR, tu ne rappes pas de la même façon sur ce projet.

RacecaR : Oui, j’essaye toujours d’apporter quelque chose de nouveau en termes de musicalité. Pourquoi faire toujours la même chose ?!

 

 

J’ai compris que vous n’utilisez pas que des instruments classiques, vous utilisez aussi des machines, vous pouvez m’en dire plus ?

Guillaume : On utilise nos saxophones et trombones. Nos machines nous permettent de nous sampler en live : on joue une partie qui est enregistrée et jouée en boucle, et on peut rajouter autant de parties que l’on veut. Par exemple, nos instruments ne permettent de ne jouer qu’une note à la fois et avec cette technique, on peut créer des accords… Également, les machines nous permettent d’envoyer des beats plus hip hop – funk.

Entre vos dates, j’ai vu que vous organisez des « ateliers pédagogiques », en quoi ça consiste ?

Guillaume : Il nous arrive effectivement d’organiser des ateliers pédagogiques. On propose plusieurs types de workshops. Souvent, un groupe travaille avec RacecaR sur l’écriture de textes en anglais (jeu autour des rimes et des consonnances), je m’occupe des initiations à la MAO (musique assistée par ordinateur), plus spécifiquement le sampling et le beatmaking et Pierre s’occupe des ateliers musique pour les musiciens. On réunit ensuite tout le monde et toutes les idées pour créer un morceau qui mélange les 3 disciplines.

 

« J’irais même plus loin, je dirais que le hip hop est un des jazz d’aujourd’hui… »

 

MC Solaar rappe sur le morceau « A Temps Partiel » : « Si le rap excelle, le jazz en est l’étincelle », il reprend aussi cette « punchline » dans son dernier album « Géopolitique »… Vous en pensez quoi ?

Guillaume : J’adore cette punchline. C’est historique. Le funk vient du jazz et le hip hop vient du funk. J’irais même plus loin, je dirais que le hip hop est un des jazz d’aujourd’hui, même si certains puristes du jazz me contrediront.

Pour moi, le berceau de toutes ces musiques noires américaines se trouve à la Nouvelle Orléans. Avec Pierre, on a eu la chance de passer du temps là bas, et c’est un voyage qui a été très important dans notre vie de musiciens. On s’inspire d’ailleurs beaucoup des musiques des brass band de La Nouvelle Orléans.

En parlant de MC toujours, vous avez un MC fétiche ?

Guillaume : Je suis fan de Q-Tip.

RacecaR : Je suis influencé par toutes les musiques. Certains musiciens sont bien sûr mes préférés mais pour faire simple, toutes les musiques m’influencent.

Aujourd’hui tout le monde est éclectique dans sa manière de faire ou d’écouter de la musique… un morceau, un artiste un peu inattendu, surprenant que vous écoutez ?

Guillaume : J’adore écouter les vinyls de Jimi Hendrix qui appartenaient à mes parents.

Et toi RacecaR, es-tu un auditeur éclectique ?

RacecaR : Oui, j’écoute différents types de musiques. Yes, I listen to many different genres of music. Rechercher activement son domaine d’intérêts donnera toujours une meilleure perspective de toutes les possibilités, et mieux encore, la direction qu’on veur suivre.

D’autres projets a venir ?

Guillaume : Oui, une sélection de 4 titres de « Bubbling » sort sur deux 45 tours au Japon en ce moment, sur le label japonais Soul Garden Records. Ils seront disponibles via Juno en Europe pour la fin de l’année.

Vous participez à d’autres projets musicaux ?

Guillaume : Pour nous, jouer avec d’autres musiciens dans d’autres styles musicaux est essentiel et nourrit notre musique. RacecaR joue en ce moment avec Afro Latin Vintage Orchestra, Soulsquare, D-OS. Pierre joue avec Horn Dogz ou XXX Trio. De mon côté je joue dans Red Line Crossers, parfois avec The Big Hustle.

Et on a également monté un nouveau groupe avec 5 cuivres, tous aux machines, sans MC, une sorte de brass band 2.0 : Dynamic Blockbuster, qui jouera aux Transmusicales cette année.

 

Retrouvez Sax Machine sur scène au Festival Tour de Chauffe le vendredi 17 novembre :

SAX MACHINE : HIP HOP HAUTEMENT CUIVRÉ

 

En attendant les nouveaux projets, l’album « Bubbling » est toujours disponible sur le site de Sax Machine.

SAX MACHINE : HIP HOP HAUTEMENT CUIVRÉ

 

 

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