Matsa a beau être un adepte reconnu de la scratch music (il a fait partie du jury de la Coupe de France DMC récemment), un producteur aguerri et un expert dans le business du digital, il défend pourtant sa musique, aussi large soit-elle, en mode indépendant. Très conscient de l’époque que l’on vit et de ses contraintes économiques, il continue à se frayer un chemin avec ses règles et les personnes qui le suivent les yeux fermés.

« Short Stories » est un de ces albums, auto-produits et remplis de plusieurs de ses influences, principalement hip hop. Loin du scratch qui se veut souvent très technique, il délivre ici des instrus calmes, tranquilles, voir même apaisantes.

On a pu s’entretenir avec lui de sa démarche pour ce nouveau projet.

 

« SHORT STORIES » : MATSA À LA COOL

 

L’INTERVIEW

 

Tu es reconnu dans la scratch music au point d’avoir fait partie du jury des récents championnats DMC à Paris. Avec « Short Stories », on est dans un autre univers.

Ça faisait pas mal d’années que j’avais des morceaux en stand by dans ce style abstract – down tempo, hip hop instrumental. J’avais envie de produire un EP dans ce style. J’avais fait pas mal de choses avant et je trouvais que c’était la bonne période. C’est juste du fun, l’occasion de se retrouver avec des potes aussi.

 

« Je voulais… une espèce de fond sonore qui ne gène pas… »

 

C’est une sorte de contre-pieds ?

Oui je voulais faire quelque chose de posé. Je n’avais pas envie de faire des trucs qu’on entend aujourd’hui comme de la trap ou comme des beats un peu énervés et rapides. Je voulais quelque chose qu’on puisse écouter tranquillement à la maison. Une espèce de fond sonore qui ne gène pas mais avec du scratch quand même. Je cherchais une ambiance cool. Le mot d’ordre était vraiment la détente.

Coté production, tu sembles aussi avoir changé tes habitudes.

Je suis parti un peu à l’envers de ce que je fais avec 1977. C’est à dire de l’ambiant avec des machines analogiques. Pour « Short Stories », j’ai repris la MPC et j’ai appelé Paul Cut et plein d’autres gens différents pour retrouver un coté live hip hop old school.

Une sorte de retour aux sources ?

Exactement. L’envie était de se faire plaisir en ne partant pas sur une multitude de machines, de boites à rythmes et d’ambiances différentes comme je peux le faire assez régulièrement.

Mais toujours avec du scratch ?

Évidemment sinon ce ne serait pas du hip hop old school. C’est pour ça que j’ai rappelé de vieux acolytes comme Crazy B, Mothone, Hitch et Eanov. Ce sont des gens que j’apprécie énormément et j’avais vraiment envie de les faire participer à ce projet pour mieux revenir sur cet aspect hip hop instrumental. Je voulais garder ce coté scratch sans toutefois tomber dans de la scratch music et faire une scratch tape. Puisque je n’avais pas de voix et de featurings en vue, ces scratchs ont un peu la fonction de refrain dans les morceaux. Peu de matos et on va à l’essentiel.

Vu que les invités sont des potes, cela a dû être plus facile pour bosser ?

J’avais beaucoup de tracks en réserve et je les ai envoyé aux mecs en leur demandant de choisir. C’est aussi simple que ça.

Les tracks sont très calmes. Cela a dû en surprendre quelques uns comme Crazy B qui évolue dans des sonorités plus énervées avec Birdy Nam Nam notamment.

C’est vrai qu’ils n’avaient pas l’habitude d’écouter ou même de produire ce genre de morceaux. Ils viennent d’univers musicaux vraiment différents. Finalement cela leur a fait du bien. Ce sont des prods qui ne leur mettaient aucune pression. Et du coup, ça s’est fait naturellement. J’ai pas attendu, je n’ai pas couru derrière les mecs. Tout est resté instinctif et donc ça s’est passé très rapidement. Un vrai bonheur.

Parlons d’un invité qui apparait plusieurs fois dans le disque : Paul Cut.

J’avais commencé à faire certains morceaux à base de simples beats. Et puis j’ai contacté Paul Cut qui m’a proposé de faire des Rhodes par dessus. Paul est un jeune producteur et DJ qui fait partie du collectif D.KO. Il évolue plutôt dans la house et il fait aussi bien les synthés pour Kerry Chandler que pour ses propres prods. Bref c’est un petit génie. Son apport m’a poussé à rejouer d’autres trucs pour faire évoluer les tracks. Comme sur « Teret » où j’ai demandé un refrain à Mothone et je trouve que les deux univers se complètent parfaitement bien. Il y a une belle émotion qui ressort de ce titre.

 

Tu as décidé de sortir l’album en complète indépendance.

Le mode indé n’était pas forcément un choix au départ. Je pensais sortir l’album en vinyl mais je n’ai pas eu de réponses de différents labels. Je me suis donc orienté vers un bandcamp et ce n’est pas plus mal finalement. Parce que cela nous a poussé à réfléchir sur l’éventualité de monter notre propre structure et de faire beaucoup d’autres choses. Aujourd’hui il y a tellement de choses qui sortent, beaucoup de DJs, beaucoup de soirées et il est très difficile d’émerger. Du coup pourquoi pas se lancer et de faire de l’auto-prod de A à Z, de l’artwork au mastering en passant par la communication. Ça demande beaucoup plus de boulot et de temps, il y a moins d’argent, mais je préfère repartir en indé plutôt que de resigner sur un label où il y a trop de problématique.

C’est le thème du morceau « Change The Situation ».

Il s’avère que c’est toujours difficile pour un artiste de se faire diffuser sur les médias, sur les grandes ondes et même sur les petites web radios. Ce morceau traite de tout cela en effet.

En parallèle de production, tu continues aussi les DJ sets et tu as toujours ton émission sur la web radio du Mellotron.

Oui j’ai rempilé sur Le Mellotron chaque mois pendant une heure avec mon show qui s’appelle « Old 2 The New » qui regroupe à la fois plein de morceaux down tempo et des classiques.

Histoire de découvrir ton large éventail d’influences. Merci Matsa.

Merci.

 

L’album « Short Stories » est disponible sur le Bandcamp de Matsa.

 

 

« SHORT STORIES » : MATSA À LA COOL

TRACKLISTING :

01. L9 – Introduction
02. Change The Situation (additional Rhodes by Paul Cut)
03. Flatiflat
04. Teret (additionnal Rhodes by Paul Cut & additional scratchs by Mothone)
05. Magmi
06. After Years (additional scratchs by DJ Itch)
07. Rename
08. Tilamisuc (additional scratchs by Crazy B)
09. Latrake (additional Rhodes by Paul Cut & additional scratchs by DJ Eanov)
10. Why Can’t (additional Rhodes by Paul Cut)

1977 – Septembre 2017

 

 

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