Avec deux albums en deux ans, Charles X s’était fait facilement adopté par le public français. Aidé notamment par des prods du Bordelais Redrum, Dales Anthony Doss de son vrai nom, avait débuté avec le très bon « The Revolution… And The Day After » en 2015 et avait confirmé avec « Sounds Of The Yesteryear » l’année dernière, avec une aisance à faire disparaitre les frontières entre les styles musicaux. Certains le comparaient déjà à un Frank Ocean.

Flatteur à bien des égards mais pour le nouvel album « Peace » disponible depuis quelques semaines, Charles X a justement voulu abolir cette notion de frontières et de styles. Il avait prévenu dans le texte qui accompagnait sa campagne de crowdfunding qu’il ne fallait plus le ranger dans une case et que sa musique avait vocation d’être universelle et sans carcans. Un message, porter par un titre explicite, qui pourrait aller au delà de la musique pour s’appliquer à tous les conflits qui nous opposent aujourd’hui.

Du fait de ce message, le Californien semble prendre une nouvelle dimension et l’album devrait toucher tout le monde définitivement. Il nous l’explique dans cette interview.

Et avant toute chose, nous souhaitions remercier Camille Roy et Théo Neuville de Joli Rouge, agence d’accélération de projets artistiques, qui nous ont reçu et qui ont assuré la traduction. Un grand merci également à nos amis du Future Basics Radio Show pour nous avoir donner l’interview.

 

CHARLES X : NE ME RANGEZ PLUS DANS LA CASE BLACK MUSIC

 

L’INTERVIEW

 

Depuis le premier album en 2015, on a l’habitude d’avoir un album par an de ta part. « Peace » semble être sorti un peu plus tôt comme s’il y avait une sorte d’urgence vu les événements dramatiques de cette dernière année. Est-ce que je me trompe ?

 J’ai énormément de sons déjà enregistrés. Le problème est que je suis quelqu’un de très créatif et très prolifique. Je vais plus vite que le rythme du business qui veut qu’après la sortie d’un album, il faut consacrer du temps à la promotion et aux tournées. Je suis inspiré par l’actualité qui évolue en permanence. Les choses qui se passent dans le monde comme au Congo, mais aussi dans mon propre pays, m’affectent en tant qu’homme et en tant qu’artiste. Je rencontre aussi beaucoup de gens lors de mes voyages et ils me racontent des choses. J’ai écrit « Peace » il y a un an déjà et j’arrêtais pas de dire que Donald Trump allait gagner. 

Aujourd’hui je me bats pour avoir plus de poids dans l’industrie, pour avoir plus de visibilité et aussi de trouver du sens dans ce que je fais. On me demande toujours comment j’ai fait pour chanter aussi bien ou comment j’ai fait pour devenir aussi beau. Mais personne ne parle des choses qui sont vraiment importantes. Je veux juste être le gars qui parle de ce qui se passe dans le monde. Mais j’ai conscience qu’il est difficile d’allier divertissement et conscience. Je te remercie d’avoir soulever cet aspect.

Juste du fait que ces morceaux soient prêts depuis un moment, c’est quand même une histoire de bon moment avec Trump par exemple.

Désolé mais c’était la même chose avec Obama. Il passait bien et ne disais pas les mêmes atrocités que Trump mais pour citer John Lennon : « notre société est dirigées par des personnes aliénées aux objectifs aliénantes ». C’est difficile de prendre position dans ce monde car avoir une position c’est avoir des avis négatifs sur des personnes qui nous entourent, c’est se confronter à des messages négatifs sur les réseaux sociaux. Chaque démarche est toujours accompagnée de critiques.

Tu parlais de business tout à l’heure. Même si tu traitais déjà ces thèmes avant, est-ce qu’on peut dire que « Peace » est ton album le plus personnel ? Parce que tu as tenu à tout superviser notamment.

C’est exactement ça. J’ai récemment regardé un documentaire sur Michael Jackson l’autre jour dans le train. C’était au moment où les Jackson 5 quittaient la Motown et rencontraient les gens qui faisaient de la funk à Detroit. Tu vois comment Michael a commencé à se créer tout seul. Quand j’ai rencontré mon manager Nicolas Guib et mon producteur Redrum, mon premier album « The Revolution…And The Day After » était à peine écrit. J’ai commencé à suivre Nico et j’ai beaucoup appris sur le business. Et j’ai appris à évoluer par moi-même en tant qu’artiste. Aujourd’hui je sais ce sais ce que je veux dire et je savais avec qui je voulais travailler pour « Peace ». Je sais aussi comment ma musique doit sonner. Je ne veux pas qu’elle soit cataloguée hip hop ou soul. Ce qui est difficile pour moi car j’adore ces musiques mais j’aime aussi danser, comme les gens aiment danser. C’est difficile d’être considéré comme le gars qui chante des ballades. J’ai aussi envie de faire de la pop quelques fois, pas la pop qu’on entend à la radio mais ma propre version. Je veux en finir avec ces boites où on te range sans cesse dans l’underground, dans le hip hop, dans la soul etc.

 

« Mon message est de réunir les gens. Je veux voir les parents, les enfants, les vieux, les jeunes, les thugs, les religieux, les athées, les gays, les transsexuels, les politiciens, tous ces gens pour leur dire que tout le monde doit changer. « 

 

C’est pour cela que tu cites des gens comme John Lennon ou Bob Marley dans ta présentation du disque, plus que des artistes soul ou hip hop.

Ce n’est pas une question d’image mais de genre, de religion, de frontières, de classe sociale. Les gens de la soul vont venir te voir parce que tu es soul. Les gens du rock vont venir te voir parce que tu es rock. Mon message est de réunir les gens. Je veux voir les parents, les enfants, les vieux, les jeunes, les thugs, les religieux, les athées, les gays, les transsexuels, les politiciens, tous ces gens pour leur dire que tout le monde doit changer. Ne me rangez plus dans la « black music ». C’est juste de la musique. Et son pouvoir est de réunir les gens.

Ça veut dire que tu ne te refuserais pas à faire un album rock ?

J’ai fait partie d’un groupe de rock mec. J’ai juste envie de faire toutes les musiques. Quand tu regardes ce qu’a fait Michael Jackson : de la soul avec les Jackson 5, du rock avec « Dirty Diana », du disco avec « Rock With You » etc. Ou même Ray Charles qui a collaboré avec de grands ensembles classiques. Personne ne parle du style de Ray Charles, tout le monde dit simplement que c’est du Ray Charles, peu importe le style de musique. Je veux être Charles X tout simplement.

Tu continues à collaborer avec Redrum. Il a dû évoluer aussi en fonction de tes nouvelles envies artistiques ?

Redrum est la partie soul et hip hop de moi même. On continue toujours à travailler ensemble. Mais j’ai aussi beaucoup d’autres producteurs avec qui je vais bosser maintenant. Du coup, vous allez découvrir un autre aspect de Charles X désormais. Vous allez découvrir ce que j’ai vraiment au fond de moi. Avec autant de producteurs, cela va aller encore plus vite. J’ai sept personnes dans ma tête. J’ai des idées en permanence et je vais les partager encore plus vite avec tous ces producteurs.

 

 

En parlant de collaborations, il n’y a qu’un featuring sur le disque, celui de Georgia Anne Muldrow. Pourquoi ?

J’ai une exigence particulière en ce qui concerne les personnes avec qui je veux travailler. La plupart des artistes invitent des featurings car ils sont connus ou car ils ont beaucoup de fans qui les suivent. Aussi paradoxale que cela puisse être, il est compliqué de parler d’amour dans les chansons car la plupart des gens parlent de sexe, d’argent ou de drogue. Je trouve que Georgia Anne a une certaine énergie. Elle parle aussi beaucoup des choses qui se passent dans le monde.

Pour te dire la vérité, quand j’ai écouté la chanson pour la première fois, je ne l’ai pas trop aimé. Et puis on a fait de nouveaux arrangements, une nouvelle rythmique, on a rajouté des chœurs. Et c’est devenu le titre qui figure sur l’album. J’en suis très content et j’ai du mal à décrire pourquoi.

Elle pourrait être le thème musical d’une marche contestataire.

C’est pour cela que j’ai hésité à en faire le premier extrait de l’album car le thème général est la paix alors que la chanson parle des émeutes. Mais dans mon esprit, dans mes rêves, des émeutes peuvent être pacifiques. C’est comme pour mon clip animé de « Can You Do It », l’idée du réalisateur m’avait plu car il a su mettre en forme un de mes rêves. Pas celui de faire une course de chevaux dans la ville mais plutôt le fait de capter l’attention des gens qui laissent tomber ce qu’ils sont en train de faire pour se réunir et contempler quelque chose ensemble.

 

 

« Venez me voir en concert… vous allez entendre ce que je vais faire ces deux prochaines années. »

 

Tu fais beaucoup de concerts à l’année. Avais-tu déjà « expérimenté » les nouveaux morceaux sur scène avant la sortie de l’album ?

C’est que je dis aux gens. Venez me voir en concert car non seulement vous allez entendre les derniers morceaux mais vous allez entendre ce que je vais faire ces deux prochaines années.

Tu auras une date près de Bordeaux le 9 février. Ce sera ta release party ?

Je vais avoir d’autres concerts avant mais je vais avoir deux release party officielles : une à Bordeaux (ndlr : Cenon), ville que j’aime beaucoup, mais aussi à Paris car c’est là bas où j’ai connu mon premier concert sold-out (ndlr : La Bellevilloise). Je ne sais pas si on peut avoir deux release party mais je vais présenter mon album dans ces deux villes en premier.

Tu rencontres aussi du succès en Italie ou en Allemagne. Dans quels pays tu voudrais te produire ?

Dans tous les pays. Il y a tellement d’endroits où je ne suis jamais allé. Je veux aussi rencontré tous les gens, les bons comme les mauvais. Je pourrais comprendre encore mieux les humains. Je pourrais me connaitre moi-même davantage. Aux États-Unis, on a une vision télévisuelle du monde extérieur. Quand je suis venu en France, c’était vraiment différent de ce que les médias nous racontaient. C’est la même chose pour tous les autres pays comme ceux d’Afrique par exemple. Je veux voir le monde par moi-même. J’ai l’espoir de voir des choses différentes de ce qu’on nous raconte au pays.

On te souhaite de continuer à rendre concrets tes rêves. Merci pour tes réponses sincères.

Peace.

 

 

 

L’album « Peace » est disponible partout. Tous les liens sur sa page Facebook.

Retrouvez-le également en tournée :

– le 9 Février au Rocher de Palmer (Bordeaux – Cenon)
– le 21 Février à La Cartonnerie (Reims)
– le 24 Février à La Paloma (Nîmes)
– le 8 Mars à l’Epicerie Moderne pour le Festival A Vaulx Jazz (+Black Milk)
– le 23 Mars au New Morning (Paris)
– le 24 Mars à La Belle Électrique (Grenoble)
– le 7 Avril à La Laiterie (Strasbourg)
– le 20 avril au Palaxa (St Denis – Île de la Réunion)
– le 21 Avril au Séchoir (St Leu – Île de la Réunion)
– le 22 Avril au Mama Jazz (Île Maurice)

 

CHARLES X : NE ME RANGEZ PLUS DANS LA CASE BLACK MUSIC

TRACKLISTING :

01. Ghetto Daze
02. Peace
03. Wind (feat. Georgia Anne Muldrow)
04. In Love
05. Gunz
06. Soul Power
07. California Dreamin’
08. F**k You And Zen
09. Black Betty Jane
10. The Man Who Ruled The World
11. Kast
12. In This Life

Bordeaux Rock / Tentacules Records – Janvier 2017

 

Et comme on a parlé de Donald Trump et que Charles X reste très actif, il vient de publier un freestyle produit au sein du studio Cell Art et nous l’a offert en téléchargement gratuit : « Trump Wins ».

 

 

 

 

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