Ces derniers mois, nous avons beaucoup laissé nos oreilles trainer du coté de Marseille à l’écoute ou à la rencontre d’artistes comme DJ Djel, La Méthode, CM Jones, Shurik’n et cie. Avec eux, la scène hip hop phocéenne a franchement retrouvé des couleurs. Mais qu’en est-il de l’electronica ou de la trip hop ? On peut évidemment citer l’excellent duo de King Krab. On peut aussi s’intéresser au cas de Siska, chanteuse, auteur et musicienne qui vient de sortir son tout premier album solo « A Woman’s Tale ».

Si vous rajoutez deux lettres à son pseudo, vous obtiendrez Sista Ka. Les fans de reggae, de dub et de musique du monde reconnaitront la membre du fameux groupe tout – terrain Watcha Clan. Mais après des années de tournées, la chanteuse semble avoir pris un nouveau virage artistique qui l’éloigne un peu de son public historique, mais qui pourrait en toucher un plus large.

On revient avec elle sur cette nouvelle aventure dans cette interview.

 

SISKA : VERS DE NOUVEAUX HORIZONS

 

L’INTERVIEW

 

On a eu récemment l’occasion de parler du nouvel élan de la musique indé Marseillaise avec plusieurs artistes. Qu’en est-il de l’electronica et de la trip hop ?

Il est vrai que la scène Marseillaise fait parler d’elle en ce moment mais il ne s’agit encore que de scènes « confidentielles ». Il y a pas mal d’anciens du hip hop qui font enfin parler d’eux. Le hip hop a toujours été apprécié à Marseille. L’electro est aussi bien représentée avec French 79. Je pense que c’est dû au fait qu’il y a moins de préjugés sur notre ville. Cependant, il en reste encore concernant la trip hop. Je le ressens encore auprès des médias et des programmateurs. Il faudra encore du temps pour que cela évolue.

Tu es connue pour avoir évolué pendant longtemps au sein du Watcha Clan. Quand as – tu eu l’envie de te lancer en solo ?

Je suis tombée enceinte tout simplement. Depuis mes débuts, j’ai toujours voulu faire partie d’un groupe. J’ai toujours été entourée. Pour la première fois de ma vie, je me suis arrêtée et je suis devenue sédentaire. A partir de là, mes inspirations ont changé. J’ai commencé à les traduire en écrivant et en chantant autrement. J’ai aussi rencontré de nouvelles personnes qui m’ont conforté dans ma nouvelle direction.

Cela se serait passé autrement si tu n’étais pas tombée enceinte ?

Je n’en sais rien. Cela aurait peut être fini par arriver un jour ou l’autre. Mais à un moment donné, il faut savoir se confronter à soi-même. Ma grossesse a été l’élément déclencheur. C’était peut être écrit comme cela. De même que cela arrive aussi au moment où la musique de Marseille fait tomber quelques murs.

Supreme Clem, aussi membre du Watcha Clan, t’a accompagné dans cette aventure. Lui aussi a dû évoluer pour en arriver là avec toi.

Clem a aussi un enfant en bas âge. Il s’est peut être posé les mêmes questions que moi. Avant je ne composais pas car le Watcha Clan faisait beaucoup de reprises et quand on écrivait quelque chose, c’était ensemble et les textes étaient très militants. Maintenant, j’écris tout toute seule, je cherche les mélodies et les accords. Clem a compris que ses beats devaient accompagner mes histoires. Notre collaboration fonctionne bien et je sens que nous avons du potentiel ensemble. Pour le moment, on a tendance à trop en rajouter car nous ne sommes pas sûrs de nous. Il faudra du temps encore pour que nous trouvions notre équilibre.

 

 

Tu as légèrement changé ton nom. C’était aussi pour coller avec ce style musical différent ?

Exactement. « Sista K » me collait depuis que j’étais ado. J’étais la sœur dans le milieu reggae. Je voulais me séparer de ce surnom que je n’avais pas choisi, sans le renier. Pour la musique, je ne savais pas encore que j’allais faire de l’electronica. J’ai juste voulu rassembler tout ce que j’aimais écouter. Et le nom de Siska est venu naturellement.

On a l’impression que tu es repartie de zéro.

Je le ressens un peu comme ça. Je savais que cela allait être difficile mais cela m’a apporté un vent de fraicheur. Vous savez, je suis plutôt tranquille. Cela fonctionnait bien dans le Watcha Clan car on était plusieurs. Pour Siska, je voulais prendre des risques pour moi, me mettre en danger, me sentir concernée. Par exemple, je ne joue de la guitare que depuis deux ans et il m’arrive encore de me planter. Mais je fonce.

On comprend mieux quand tu parles de « pari osé ».

C’est clair. Cela a été dur au début mais ça va mieux maintenant. C’était un énorme challenge pour moi musicalement mais aussi sur le plan humain.

 

 

Ce nouveau projet va te permettre de toucher un plus large public. Comment ont réagit les fans du Watcha Clan ?

Cela a dérouté pas mal de gens en Allemagne où le Watcha Clan a toujours cartonné. Même si j’ai eu beaucoup de comparaisons au début, plusieurs fans du groupe sont venus me voir pour me dire qu’ils aimaient aussi Siska. De toute façon, l’objectif n’était pas de « récupérer » le public du Watcha Clan. Depuis que j’ai commencé, j’ai remarqué qu’il y avait pas mal de nouvelles têtes et aussi pas mal de jeunes.

Dans l’album, on retrouve des titres de ton EP sorti l’année dernière. C’était donc un test.

Oui c’était un test. Les retours au niveau régional étaient déments. Grâce à l’EP et au buzz du clip de « Unconditionnal Rebel », on a eu des opportunités de concerts immédiatement. Cela m’a mis le pied à l’étrier alors que le live n’était pas prêt. Les retours de l’EP m’ont permis de comprendre comment les gens catégorisaient ma musique.

Et où en était l’album à cette époque ?

Il était quasiment prêt. Mais quand je l’ai ré-écouté en septembre 2015, je n’étais plus satisfaite et j’ai décidé de refaire les voix et quelques autres détails. Le live m’avait ouvert les yeux sur plein de choses. Je ne trouvais que ma première interprétation n’était pas assez incarnée.

 

 

Pour les featurings (Raashan Ahmad, Charles X et Akua Naru), tu as choisis des connaissances mais aussi des gens avec qui tu pouvais enregistrer en physique.

Je fonctionne comme çà. Je ne suis pas vraiment Internet. J’ai besoin d’avoir une interaction directe avec les artistes avec qui je travaille. J’adore ce que font Raashan, Charles et Akua Naru autant que je les aime humainement. Tous les trois vivent à l’étranger et même s’ils passent régulièrement en France, il faut quand même qu’ils se déplacent à Marseille pour me voir. Et ils l’ont fait malgré tout ! J’avais aussi besoin de leurs retours en tant qu’artistes. Je connais Akua Naru depuis longtemps, bien avant son buzz. C’est une jeune femme qui n’a pas sa langue dans sa poche. Et quand elle m’a dit qu’elle aimait mon travail, j’étais ravie. Et elle a fait beaucoup plus en m’invitant à faire les premières parties de sa tournée en Allemagne.

Pour avoir eu l’occasion d’assister au tournage d’un de tes clips, et pour avoir vu les autres (le fameux slow motion sur « Unconditional Rebel »), tu attaches une grande importance à l’esthétisme de ton univers. On peut dire que tu ne fais pas çà à moitié.

C’est vrai que la barre était haute avec « Unconditional Rebel ». L’idée est venue du réalisateur Guillaume Panariello. C’est lui qui m’a demandé d’avoir carte blanche et de choisir le morceau à filmer. Le coté rébellion dans l’absurde du clip allait bien avec les paroles de la chanson. On a loué une caméra spéciale qui a filmé en accéléré, dans une voiture lancée à 70 km. Elle est passée à toute vitesse devant les 80 figurants. Le tournage a duré 5 secondes mais c’était beaucoup de taf quand même. Plus qu’un clip, c’était du happening.

Tout comme la musique, j’aime que les images soient léchées. Après ce clip, j’ai rencontré d’autres réalisateurs qui sont venus vers moi. A l’instar des featurings, leurs retours sur ma musique était très importants pour moi. Cela m’a donné confiance et m’a poussé à m’intéresser à l’univers de la réalisation et de l’image. J’ai appris à cerner mon univers visuel et cela me motive beaucoup. J’aimerais refaire un clip, tout comme le réalisateur du clip de « Beautiful ». Mais il faut de l’argent. On verra bien.

 

 

Coté scène, tu es restée tout terrain car tu t’es produit plusieurs fois et dans plein de circonstances différentes. C’est peut être cela que tu as gardé de tes années Watcha Clan.

Pour moi, la scène est mon lieu de prédilection. Je viens de la scène. C’est plus facile et plus naturel que d’être en studio. On est restés enfermé près de deux ans et demi pour travailler sur l’album. A mes débuts sur scène en tant que Siska, j’étais comme un bébé, je flippais. J’ai eu des concerts super hard mais ça va mieux maintenant. Il m’aura fallu un an pour prendre confiance.

Quelles sont tes prochaines dates ?

On a pas mal tourné récemment et on se pose un peu pour les fêtes. On a une résidence en mars et on devrait repartir sur les routes à partir d’avril, et finir par des festivals l’été prochain. On est redevenu un groupe en développement et c’est difficile de trouver des dates. Malgré notre expérience, on a dû faire des scènes découvertes comme à Bourges. On a réalisé ce qu’il fallait faire pour trouver des plans concerts. En règle générale, cette aventure m’a fait faire des choses que je n’avais jamais fait auparavant : de l’écriture, du crowdfunding, des tremplins etc.

Merci Siska.

Merci 90bpm.

 

 

L’album « A Woman’s Tale » est disponible sur le Bandcamp de Siska.

 

SISKA : VERS DE NOUVEAUX HORIZONS

TRACKLISTING :

01. Don’t Stop…
02. Need U Badly
03. Dangerous (feat. Rashaan Ahmad)
04. Leap Of Faith
05. Beautiful
06. Times Up Rise Up
07. Unconditional Rebel
08. How Do You Feel
09. Silver And Gold (feat. Charles X)
10. You’re The One
11. Risin’ (feat. Akua Naru)
12. …Get Love

Septembre 2016

 

 

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