Trois beatmakers et deux MCs, voilà une formation plutôt atypique pour un groupe de rap (et oui, la photo d’illustration n’est pas contractuelle). Mais ceux qui suivent La Méthode depuis longtemps savent que c’est comme cela que K-Méléon, B.za, Pak DJ’een, Skylast et Labo Clandestino entendent nous délivrer leur musique plurielle et en constante évolution.

D’évolution il en est question avec le nouvel album « Adrenaline », disponible depuis octobre chez Super Records. Une véritable étape en studio et au combien charnière pour ce quintet 100% Marseillais qui devrait l’installer définitivement parmi les équipes phares du rap hexagonale, tout en installant son coté « hybride » assumé parmi les futurs références du genre.

C’est de la cité Phocéenne que le groupe, accompagné de Vali Imbertie de Super Records, a accepté de nous parler de sa méthode.

 

LA MÉTHODE : LEÇON DE MARSEILLE

 

L’INTERVIEW

 

Du point de vue des observateurs que nous sommes, la scène Marseillaise semble bénéficier d’un nouvel élan cette année avec des artistes comme vous, DJ Djel, CM Jones, King Krab, Siska ou encore les retours de Shurik’n et de IAM. Qu’en pensez-vous ?

K-Méléon : Carrément. Il y a un mouvement en ce moment avec beaucoup de jeunes, et mêmes des anciens, qui est en train de sortir et de travailler avec une bonne énergie. Cette fraicheur va nous faire du bien.

Pak DJ’een : Il y a déjà deux générations dans le groupe de La Méthode. Moi je suis de la génération de Djel et on a vraiment ressenti, en préparant son album « Rendez-Vous », ce renouveau en termes de partage et de connexion entre nous tous. On sent qu’il y a quelques choses qui nous ramène à la génération 90. Et on fait tout pour redorer le blason hip hop Marseillais.

Pour avoir croisé DJ Djel récemment, c’est vrai qu’on a senti un nouvel enthousiasme chez lui.

Pak DJ’een : Je dirais qu’il y a un nouveau son typiquement Marseillais qui s’est redessiné. Cela va même plus loin au niveau du « lifestyle ». Dans un monde dans lequel domine l’uniformité, on sent de plus en plus de groupes qui veulent se démarquer dans leur art et dans leur attitude. Je le ressens beaucoup en soirées où de plus en plus d’artistes s’affirment avec leurs origines et les moyens qu’ils ont. Comme avec la Funky Family ou IAM à l’époque, le son de Marseille est vraiment à part.

Comme pour vos illustres prédécesseurs, on sent aussi que cette musique est en passe de dépasser les frontières de Marseille. Vous le ressentez aussi ?

K-Méléon : Ce qui est intéressant, c’est que même si on parle du son de Marseille, on a affaire à plusieurs styles différents. On a Djel qui a un coté groovy, on a des jeunes qui arrivent en force avec des influences trap, on a Ksir Makosa avec un style « busta » etc. Et nous on est un peu le groupe crossover. On a un gros panel de styles en ce moment à Marseille.

Vali Imberti : Il y a également plein de petits lieux alternatifs qui s’ouvrent à nouveau au même titre que des lieux clandestins. Ce qui favorise l’expansion de la scène indé dans notre ville.

Votre musique est souvent qualifiée « d’OVNI » du fait de sa pluralité. Vous faites cela depuis plus de 10 ans. Vous êtes toujours d’accord pour être qualifiés de la sorte aujourd’hui ?

Pak DJ’een : En France on n’a pas vraiment une culture musicale. On n’est pas ouverts comme aux États-Unis. Là bas, tu peux voir Lenny Kravitz collaborer avec Puff Daddy, ou Britney Spears avec Busta Rhymes et ça va passer crème. Ici tu ne vas jamais voir Nolwenn avec Booba. Que ce soit dans le rap ou la chanson Française, on va s’attarder plus sur les paroles mais pas sur la musique qui n’est qu’un accompagnement au final. Chez La Méthode on n’est vraiment axé sur la musique et sur le flow.
A l’époque de Labo Clandestino (ndlr : l’ainé de la bande), qui vient du reggae, les mecs se rencontraient et mélangeaient les genres alors que cela ne se fait plus aujourd’hui. Rien que dans le rap, il y a plusieurs courants. Nous on essaye de prendre le meilleur de chaque pour en faire une musique variée mais cohérente.

Comment expliquez-vous que vous êtes les « seuls » à faire cela ?

Pak DJ’een : Évidemment il n’y a pas que nous. Il y a d’autres groupes qui ne sont malheureusement pas mis en avant.

 

 

La Méthode a toujours été active depuis plus de 10 ans mais on se demande pourquoi elle n’a sorti un album que maintenant ?

K-Méléon : On a eu besoin de passer par plusieurs étapes avant de trouver une certaine maturité. Si tu suis le parcours de La Méthode, on a déjà changé plusieurs fois de formation avant d’arriver à la formule actuelle qui tourne depuis 4 ou 5 ans. Après notre premier street album « Les 99 Points Du Acké » en 2009, deux de nos membres sont partis vers d’autres horizons. Avec l’équipe restante, on a dû faire 3 EPs pour se trouver. Comme si nous étions repartis presque de zéro bien qu’avec ces deux membres, nous avions déjà beaucoup appris. On s’est servi de cette expérience pour pousser le truc plus loin. Les 3 EPs étaient un peu l’entrée, le plat et le dessert. Quand on est arrivés au plat de résistance, on s’est rendu compte qu’on était prêts à faire un album. On était enfin prêts à se mettre à nu niveau textes alors qu’avant on était plus dans la démonstration et la performance.

 

« Quand Myspace et Skyblog sont arrivés… On s’en n’était pas servi car nos grands frères du hip hop nous avaient appris à aller kicker sur scène d’abord. »

 

En tant que groupe qui s’est forgé sur scène, avez-vous construit l’album comme un live ?

Pak DJ’een : Pas du tout. C’est vrai qu’avant notre premier projet « Les 99 Points Du Acké », on ne faisait que de la scène. On est passé dans toutes les guinguettes et les fêtes de quartiers du coin. Les gens nous ont donc connu essentiellement sur scène. C’était à l’époque où Myspace et Skyblog sont arrivés. Et même si on était jeunes, on s’en n’était pas servi car nos grands frères dans le hip hop nous avaient appris à aller kicker sur scène d’abord. C’est le game dans le quartier : t’es là et il faut prouver. Nous on est arrivés avec du flow, du style.
Aujourd’hui, on a évolué et nos textes sont plus profonds même si on a gardé notre délire du début. Du fait de cette évolution, on a vraiment travaillé l’album comme un disque de studio.

K-Méléon : On a travaillé différemment pour cet album. Pour traité les thèmes qu’on aborde, il nous a fallu du temps.

Ça vous a pris combien de temps pour réaliser le disque du coup ?

K-Méléon : Ça nous a pris deux ans. Tout à pris du temps parce qu’on est un groupe perfectionniste. On a toujours envie de pousser les choses le plus loin possible aussi bien pour la musique que pour les textes. Par exemple, Labo Clandestino trouvait des harmonies et on essayait de les emmener encore plus loin. Coté MCs, ils nous est arrivé d’écrire 4 ou 5 textes pour un seul morceau. On a mis le flow au service du fond. C’est vraiment un autre travail que celui de la performance pure.

Pak DJ’een : Cet album est vraiment personnel et intime. On ne voulait pas faire un album pour les fans. Les gens qui nous suivent depuis le début s’attendait à des morceaux « banger » avec du flow. On assume complètement le fait que certains d’entre eux nous fassent la remarque qu’il manque des titres « club ». On a voulu exprimer ce qu’on ressent. C’est la même chose pour la musique. Au début, l’album devait être aux inspirations rock et métal. Mais finalement, on a finit par équilibrer les genres. Mais c’est pour te dire qu’on voulait faire quelque chose de très personnel.

On imagine qu’en deux ans, vous êtes partis dans plein de directions.

Pak DJ’een : On s’est pris la tête. Il y a des fois où on était carrément pas d’accord. On est plusieurs dans le groupe et il faut parvenir à installer une démocratie dans notre façon de fonctionner.

K-Méléon : Il faut faire des concessions et on est arrivé à faire de bonnes concessions. Et au final, on est super contents du résultat.

On parlait de son de Marseille tout à l’heure. Vos featurings sont aussi originaires du coin. C’était important pour vous de faire appel à eux pour compléter cette carte postale de Marseille ?

K-Méléon : C’était super important car c’est de là d’où on vient. C’est pas la Méthode si on ne travaille pas avec des gars du coin. Mais on ne les a pas choisi uniquement parce qu’on les connait. On adore ce qu’ils font et nos morceaux étaient taillés pour eux. Par exemple, on ne voyait que Mofak pour le refrain de « Sunshine », Akhenaton était destiné à « LFT » ou encore DJ Djel s’imposait sur « The Same Thing ».

C’était un peu différent pour les invités internationaux que sont Lady Leshurr, Freestyle, Reverie ou Yarah Bravo.

K-Méléon : Oui c’est vrai mais il y a eu tout de suite un bon feeling entre eux et nous. Ça a matché direct. Ils ont choisi parmi les morceaux qu’on leur a proposé parce que ça leur parlait vraiment.

Pak DJ’een : On a eu de la chance de rencontrer en physique Lady Leshurr et Reverie. Leshurr est venue enregistrer à la maison. Pareil pour Reverie avec qui on a tourné le clip en à peine une heure. Tout s’est passé tranquillement et simplement.

 

 

Vos collaborations vont aussi vers des producteurs.

Pak DJ’een : On a beau être trois beatmakers, on recherche toujours de nouvelles sonorités. Des mecs comme Djel ou Mofak ont eu une vraie valeur ajoutée. Mofak s’est occupé de chanter le refrain de « Sunshine » à la toolbox, un instrument qu’on ne maitrise pas. On est comme des chercheurs qui expérimentent toujours plein de choses.

A travers ces rencontres et ces collaborations, vous cherchez à progresser vous-même ?

K-Méléon : On veut progresser en tout. On essaye de se dépasser à chaque projet.

Pak DJ’een : Oui on est toujours dans le doute pour mieux avancer. K-Méléon et moi-même, on est issus de la danse où on ressent la musique en nous. Je trouve qu’on a réussi à transposer cet état d’esprit dans la production.

Vous qui avez grandit sur la scène locale. On sent vraiment votre ambition de vous exporter au delà des frontières Marseillaises.

K-Méléon : C’est clairement notre objectif. On vient de faire un concert à Paris il y a quelques jours. On sera à Aubagne le 9 décembre et le 3 février à Arles. Et il y aura d’autres dates qui vont se confirmer bientôt. On a envie de jouer partout en France mais aussi un maximum à l’étranger. C’est notre ambition et on va travailler pour y arriver.

Même si les textes sont en français, on a l’intime conviction que votre musique peut s’exporter facilement.

Pak DJ’een : On a le même sentiment. Mais tu sais qu’on a des morceaux sur lesquels des danseurs des pays de l’est ont dansé. C’est dément.

Vali Imberti : Des Russes ont même piraté l’album quelques jours avant sa sortie.

Le piratage est synonyme de popularité après tout.

Pak DJ’een : J’ai même envie de dire aux gens : piratez-nous ! Écoutez-nous ! Des fois, on pirate un album et on finit par l’acheter tellement il est bon. Testez-nous !

Vali Imberti : Il n’y aura que les vinyles qu’il faudra se procurer légalement. Ils seront bientôt disponibles.

On ne loupera pas l’occasion de se les procurer ainsi que de vous voir sur les scènes de France et de Navarre. Merci La Méthode et rendez-vous dans vos nombreuses dates à venir.

La méthode : Merci et à très vite.

 

 

 

L’album « Adrenaline » est disponible partout en digital et en physique (Fnac, iTunes etc.).
Retrouvez également toute l’actualité de La Méthode sur Facebook ou sur leur application mobile (App Store ou Google Play).

 

 

LA MÉTHODE : LEÇON DE MARSEILLE

TRACKLISTING :

01. Intro
02. Bonnet Blanc, Blanc Bonnet
03. Tout Et N’importe Quoi (interlude)
04. Le Produit (feat. Papa Sam)
05. Ne Me Parle Pas
06. Shaquille O’Neal
07. The Same Thing (feat. Reverie & DJ Djel)
08. Téléphone Rose (interlude)
09. Sunshine (feat. Cause Commune & DJ Mofak)
10. Ca Tabasse (feat. Freestyle Of The Arsonists, Lady Leshurr & Yarah Bravo)
11. Vite Fait Bien Fait
12. LFT (feat. Akhenaton)

Super Records – Octobre 2016

 

 

 

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