La vie est composée de cycles, plus au moins longs. Entre un départ et une arrivée, chacun les rempli de plein de choses, bonnes ou mauvaises. En 2011, Nix en avait ouvert un à Paris à l’occasion de son premier concert dans la capitale et qui plus est en dehors de son pays le Sénégal.

Bien sûr, le rappeur exerçait depuis la fin des années 90 mais la rencontre avec le label Parisien Juste Une Attitude lui ouvrit des perspectives d’internationalisation. Le commencement d’une nouvelle aventure ponctuée de nouvelles réalisations, de rencontres et de concerts. Cinq ans plus tard, le cycle va ce refermer le 3 novembre une fois de plus à la Bellevilloise, théâtre de ses débuts chez nous. Théâtre également de la présentation de son nouvel album « L’Art de Vivre » dont la défense sur scène dans les prochains mois constituera les fondations d’un nouveau cycle.

C’est à son retour d’un voyage en Afrique pour lequel il avait été programmé en première partie de Booba, que Nix a répondu à nos questions.

 

NIX : RAPPEUR SÉNÉGALAIS, HIP HOP TOTAL

 

L’INTERVIEW

 

Tu reviens à peine du Sénégal où tu as été programmé en première partie de Booba. Comment ça s’est passé ?

Il y a eu une effervescence de dingue car Booba était attendu depuis très longtemps à Dakar. Il n’était plus venu depuis 2008. Il est passé à un autre niveau depuis mais le Sénégal n’en avait pas encore bénéficié. Ironie du sort, je ne suis finalement pas passé car l’organisation a été dépassé par les événements. Elle a eu du mal à se synchroniser avec mon équipe. Mais j’ai pu assister au concert en tant que spectateur et il y a eu une bonne ambiance. Heureusement, j’avais un clip a tourner avec le groupe Gabonais BGMFK. Donc je n’ai pas perdu mon temps.

Concernant ton nouvel album, tout est parti d’un voyage à New-York où tu étais parti finaliser le track avec Wyclef Jean en 2011. Tu y es finalement resté 3 mois. Qu’est ce qui t’a fait rester là bas si longtemps ?

Je venais juste de signer avec mon label Juste Une Attitude, et ce juste après mon concert à la Bellevilloise en 2011. Je suis reparti à New-York pour finaliser le morceau avec Wyclef Jean. Mais cela a été un peu compliqué car Wyclef était à Miami et je n’arrivais pas à mettre la main sur son producteur Jerry Wonda qui était ultra busy. Et comme je n’avais pas de connexion directe avec lui, cela s’est un peu éternisé. Heureusement, mon père vit là bas et j’ai pu passer du temps avec lui. Ensuite, j’ai fait la connaissance de plusieurs beatmakers et ingénieurs son Sénégalais qui avaient envie de bosser avec moi. C’est avec eux que j’ai réalisé la mixtape « Tha Nixtape Vol.1 : #Roadtrip ». J’ai donc profité de l’énergie de New-York et j’en ai bien profité.

 

 

C’était la première fois que tu allais à New-York ?

Oui c’était la première fois. Je me suis dit qu’il fallait que je mette à profit ma présence là bas. C’était à la hauteur de mes attentes. Partout où j’allais, je ne voyais que des talents bruts en hip hop et en RnB. Ça m’a complètement transcendé.

Sans faire offense à la production Sénégalaise, à New-York tu avais des moyens pour bien travailler.

Oui j’étais au contact de professionnels de la musique. Même si j’ai toujours réussi à puiser l’essence des endroits où je suis allé, là j’étais dans le berceau du hip hop qui m’a évidemment inspiré. New-York c’est toujours spécial comme environnement.

Tu as réalisé l’album par alternance durant 4 ans. Tu travaillais dessus un temps, puis tu passais à autre chose, pour y revenir plus tard. Tu n’as pas eu peur de perdre le fil ?

J’ai eu peur de perdre le fil en effet. C’est clair que l’album ne ressemble plus à ce qu’il était en 2012. A cette époque, il était pratiquement finalisé en réalité. Le temps de faire la mixtape en parallèle et de faire quelques concerts, certains morceaux avaient vieilli pour moi. J’ai gardé ceux qui étaient le plus intemporels. J’ai continué à faire de nouveaux morceaux et j’ai regardé lesquels pouvaient se rattacher à l’ambiance de ceux du départ. Ça n’a pas été facile mais cela m’a permis de garder une certaine homogénéité.

Maintenant que l’album est sorti, tu dois ressentir autant de fierté que de soulagement.

Oui je suis soulagé car cela commençait à faire long. La preuve je suis retourné en studio entre temps pour produire l’EP « Excuse My Wolof » car j’avais envie de créer à nouveau. Donc je suis très contenant que « L’Art de Vivre » soit enfin sorti.

Pour le disque, tu as cherché à obtenir plus de musicalité. Tu peux nous en dire plus ?

Dans la première sélection d’instrus que j’avais faite, j’avais remarqué qu’il y avait beaucoup de samples des années 70. Il y avait du Donny Hathaway, du Marvin Gaye ou du The Spinners. Et comme j’allais dans cette couleur musicale, il était évident pour moi de vouloir bosser avec des musiciens. J’ai donc fait appel à des musiciens pour rejouer des lignes de bass, rajouter des lignes de guitares ou apporter des accords nouveaux. C’est tout cela qui donne encore plus de musicalité dans l’album.

 

 

Il nous semble que tu n’avais jamais entrepris une telle démarche auparavant.

Non je n’avais jamais fait comme ça. J’avais commencé à le faire sur l’album « Rimes de Vie » mais c’est quand j’ai commencé à faire du live que c’est devenu de plus en plus évident pour moi. J’ai commencé à beaucoup travaillé avec des musiciens vers la fin 2010. Le fait de répéter avec eux m’a donné une nouvelle approche et m’a fait évolué. Cela a toujours été un rêve pour moi d’interpréter mes morceaux en live. Ça m’a donné l’envie d’explorer plus de choses au niveau production où j’appelle systématiquement des musiciens pour rejouer des partitions.

Cette approche tu l’as aussi niveau mixage où tu fais appel à des vraies all-stars ?

Pas forcément. C’était plus une question d’opportunités. Par exemple, j’ai pu travaillé avec Buck3000, qui est l’ancien ingénieur son du label Murder Inc., grâce à une amie en commun. Il s’est avéré que c’est mec cool et qui est d’origine Nigérienne qui plus est. J’ai juste sauté sur l’occasion voilà tout. Et à partir de là j’ai collaboré avec d’autres ingés comme Serge Tsai qui est un monument de la musique et qui fait partie de ces hommes de l’ombre derrière les plus grands albums underground. Lui je l’ai rencontré après avoir enfin mis la main sur Jerry Wonda qui a finalement accepté de finaliser mon titre avec Wyclef Jean en 2014.

Du fait de tes collaborations internationales. Ce n’est plus du hip hop Sénégalais que tu fais mais du hip hop dans son terme le plus global.

Oui c’est vrai mais cela reste du rap Sénégalais puisque je suis Sénégalais avant tout. Ma base vient de là bas et ma carrière s’est construite dans mon pays. Maintenant la musique reste universelle. Mais il est vrai que je me sens à l’aise partout où je vais et que je m’inspire beaucoup du lieu où je me trouve.

 

« Je suis parti du principe que si partout ailleurs on faisait encore référence à Positive Black Soul, cela veut dire qu’on n’a rien fait de concret et qu’on a pas confirmé … Ma démarche était juste de tirer un constat de cette déclaration de Booba. Cela nous a donné une idée sur le regard de l’extérieur à propos de notre musique. Fin de la polémique. »

 

Pardonnes-nous notre manque de culture en matière de rap Sénégalais mais on a l’impression qu’après Positive Black Soul ou encore Daara J (années 90), il y a eu une sorte de traversé du désert pour la scène Sénégalaise. Comment tu expliques cela ?

C’est marrant ce que tu me dis là car cela a fait l’objet d’une polémique récemment au Sénégal, juste après le concert de Booba justement. Il avait donné une interview dans laquelle on lui avait demandé s’il avait l’intention de travaillé avec des artistes Sénégalais. Ce à quoi il avait répondu que pourquoi pas. Et il aurait dit que notre scène n’était pas connue et qu’elle ne bénéficiait pas de médias assez fort pour la promouvoir. Cette déclaration a été super mal prise. Il y a eu des vidéos de rappeurs qui ont répondu assez énergiquement à Booba.

Moi j’ai dit qu’il avait raison. Je suis parti du principe que si partout ailleurs on faisait encore référence à Positive Black Soul, cela veut dire qu’on n’a rien fait de concret et qu’on a pas confirmé. En Afrique, il y a d’autres pays qui se sont mieux mis en avant que le Sénégal. Moi qui ai voyagé, je confirme que nous ne sommes pas reconnus. Au Sénégal, il y a des rappeurs qui remplissent des stades mais cela ne dépasse pas nos frontières. Ma position a aussi été très mal prise alors que je ne fais qu’un constat et pas une critique. Je suis bien placé pour le dire. Pour ma part, je suis fier du hip hop Sénégalais et je relaye souvent ce que fait la jeune génération.

Positive Black Soul ou Daara J avaient quelque chose de nouveau et d’original quand ils ont commencé. Pour moi il aurait fallu qu’on pousse le truc vers quelque chose de plus consistant pour nous permettre de confirmer et de durer. Un peu comme ce qu’ont fait les Nigérians. Nous sommes peut être restés dans le lyrics Wolof et dans le beat hip hop basique. Et du coup, cela nous a fermé quelques portes vers l’extérieur ne serait-ce que pour des raisons de barrière de la langue. Cela a beau être très qualitatif, c’est difficile à exporter.

Ma démarche était juste de tirer un constat de cette déclaration de Booba. Cela nous a donné une idée sur le regard de l’extérieur à propos de notre musique. Fin de la polémique.

Est-ce que ce genre de constat t’a poussé à rapper en Français pour mieux faire parler de ta musique à l’étranger ?

Sans savoir ce que cela pouvait m’apporter en matière d’ouverture vers l’étranger, j’avais déjà commencé à rapper en Français. Ma grand-mère, qui m’a élevé, était prof de Français. Elle parlait cette langue tous les jours à la maison et c’était facile pour moi d’écrire et de chanter en Français. J’ai aussi toujours écouté du rap Français dans ma jeunesse et encore aujourd’hui.

Du coup, quels sont les artistes Sénégalais qui pourraient exploser aux yeux du monde ?

Il y en a beaucoup en vérité comme les artistes du label Wakh’ArtMusic dont plusieurs rappent en Français. Je pense à Moulaye, à Ophis ou encore S’Killaz qui sont très prometteurs. Tu as d’autres rappeurs qui sont très talentueux comme Canabasse, Dip Doundou Guiss ou Elzo Jamdong. Ils sont très forts mais cela reste du Wolof. S’ils trouvent un compromis entre Wolof et Anglais, je pense qu’ils peuvent aller plus loin.

En parlant de Wolof, il semblerait que tu prépares déjà un nouveau projet dans ce dialecte ?

Cela est trop tôt pour en parler car c’est encore à l’état de projet. Comme mon EP « Excuse My Wolof » avait bien marché, je vais prendre le temps de produire une deuxième volume prochainement.

 

 

En tant qu’Africain, observateur du quotidien, avec un père qui vit au États-Unis, comment vous voyez ce qu’il se passe là bas au niveau des bavures policières et du mouvement Black Lives Matter ?

C’est assez flippant je dois dire. Quand j’étais à New-York, on s’était fait contrôlés par des policiers et je me souviens qu’un de mes potes, d’origine Sénégalaise aussi et qui vit là bas, avait un peu paniqué dans la voiture. Moi j’étais tranquille mais tous les gars m’avaient dit de ne pas faire de gestes brusques. Finalement cela s’était bien passé mais j’avais vraiment senti une certaine tension. Et ça s’est passé juste avant les premiers incidents. Et quand j’ai vu tout ce qui se passait, je me suis dit que le danger était bien réel et qu’on aurait pu y passer ce jour là. Lorsque je suis venu pour la première fois en France en 1999, j’avais collaboré sur un titre avec le crew de Mauvaise Langue. Le morceau s’intitulait « 41 Balles » en hommage à Amadou Diallo qui avait été tué de 41 balles à New-York. Et malheureusement, le morceau est toujours d’actualité…

Parlons maintenant de ce grand rendez-vous du 3 novembre qui se passera à la Bellevilloise, là où tout avait commencé pour toi. Ça doit te faire quelque chose.

Oui carrément. Le premier concert là bas en 2011 m’a beaucoup marqué. Je suis vraiment content d’y retourner pour présenter mon nouvel album. La Bellevilloise restera pour moi une salle mythique.

Qu’est ce que tu nous prépares ?

On va jouer avec un vrai live band : batterie, bass, guitare, clavier, MC. Tout pour jouer à fond les morceaux. Il y aura aussi des guests mais je vous laisse la surprise. En tout cas, c’est une grande fierté et on va passer un bon moment.

D’autres dates après la Bellevilloise.

Oui ça sera plutôt en 2017 car on est en train de travailler dessus justement. Le 3 novembre sera une sorte de test qui donnera lieu à une tournée Française et une tournée Sénégalaise. On a envie de jouer partout où on pourra.

Et bien c’est tout le mal que l’on te souhaite. Commençons déjà par la Bellevilloise. Merci Nix pour cette interview.

Merci à vous et rendez-vous le 3 novembre à Paris !

 

 

 

L’album « L’Art de Vivre » est disponible sur les plateformes de téléchargement légal et sur le site de Juste Une Attitude.

 

NIX : RAPPEUR SÉNÉGALAIS, HIP HOP TOTAL

 

Vous pouvez également découvrir les coulisses de la réalisation du disque dans ce mini-documentaire.

 

 

 

NIX : RAPPEUR SÉNÉGALAIS, HIP HOP TOTAL

TRACKLISTING :

01. Suis Moi (feat. Ribabe)
02. Style de Vie
03. Au Feeling (feat. Mao Sidibé)
04. L’underground
05. Shoot First (feat. Wyclef Jean)
06. On Dit Quoi
07. Air Afrik
08. A La Recherche du Bonheur
09. Backstage (interlude)
10. Fashion Week (feat. Issa)
11. #DakarFinestWithAFrenchyFlow (interlude)
12. Frenchy Flow
13. Africa Groove
14. Random Nights (feat. Issa)
15. Voice Mail (interlude)
16. Perds Pas Le Sud

Juste Une Attitude – Octobre 2016

 

 

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