Au début du mois d’octobre, on découvrait le documentaire « Somos Lengua, Fragmentes Del Hip Hop En Mexico », réalisé par Kyzza Terrazas, et qui comme son nom l’indique traite de la culture hip hop au Mexique. Quand nous l’avons visionné, c’était au sein du festival Viva Mexico à Paris qui célèbre tous les cinémas de ce pays de près de 130 millions d’habitants.

Terrazas est un fan de hip hop et a voulu nous faire découvrir la scène du Mexique en parcourant le pays à la rencontre des ses acteurs du quotidien. On ne parle pas des grandes stars d’origine mexicaine qui évoluent aux states (B-Real, Delinquant Habits etc.). Non là il s’agit de ces artistes qui utilisent le hip hop comme objet de contestation et d’existence dans une nation qui vit des temps difficiles.

Du fait de ce sujet peut être inédit pour la plupart d’entre nous, le documentaire mérite d’être diffusé et vu largement. Nous avons rencontré Kyzza Terrazas pour on l’espère, vous en convaincre.

 

KYZZA TERRAZAS : LE DOCU « SOMOS LENGUA » OU LE HIP HOP AU MEXIQUE

 

L’INTERVIEW

 

On sait que tu es fan de hip hop mais qu’est ce qui t’a poussé à traiter le thème du hip hop au Mexique ?

Plusieurs raisons m’ont poussé à faire ce projet. Je voulais savoir pourquoi j’aime la culture hip hop. Il y a aimer la culture et puis il y a le fait de plonger dans les raisons pour lesquelles on l’aime. J’avais commencé à écrire un scénario sur le hip hop et je me suis aperçu qu’il n’y avait pas que la musique. J’ai eu l’opportunité de montrer la réalité que le Mexique est en train de vivre.

Dans les premières images du documentaire, on voit un jeune rappeur performer pendant une manifestation. Tu as choisi ce passage pour justement montrer le coté militant du hip hop là bas ?

Cette manifestation était celle du deuxième anniversaire du fameux enlèvement des 43 jeunes étudiantes. Cet événement est vraiment représentatif de la violence dans le pays. C’est le corps du film.

Tu as affirmé que le hip hop était mal considéré au Mexique. Dans quelle mesure ?

Au Mexique il y a des genres qui sont bien installés comme les télénovelas. Les grands groupes médias ne laissent pas les autres cultures s’exprimer. C’est imposé et il est très difficile d’en sortir. La musique hip hop est considérée comme appartenant à la classe sociale basse. Elle est regardée d’une manière péjorative et avec beaucoup de préjugés. C’est déjà le cas du rock depuis des années.

Ça nous rappelle les débuts du hip hop aux États-Unis et même en France. C’est ce que vit le Mexique ?

La culture hip hop existe déjà depuis plusieurs générations. Mais à la différence des États-Unis et de la France, elle n’est jamais passée dans le mainstream. Même s’il y a beaucoup de gens dans le mouvement et beaucoup qui peuvent y accéder, cela reste très confidentiel. Mais cela a déjà beaucoup changé depuis que j’ai commencé à travailler sur le projet.

 

« Il y a encore trop de gens qui regardent les artistes du hip hop comme des enfants et qui de ce fait, ne les prennent pas au sérieux. »

 

Pour toi, qu’est ce qui pourrait faire changer les choses ?

C’est difficile à dire. Il y a beaucoup de gens avec du potentiel pour faire de grandes choses. Mais il manque de la qualité de production, des distributeurs, des gens qui ont les moyens d’investir pour promouvoir la musique. Il y a encore trop de gens qui regardent les artistes du hip hop comme des enfants et qui de ce fait, ne les prennent pas au sérieux.

Depuis les débuts du hip hop aux US, il y a toujours des artistes d’origine mexicaine. Ont-ils une influence sur les rappeurs au pays ?

Oui bien sûr depuis toujours. Des groupes comme Cypress Hill ont régulièrement réalisé des morceau en Espagnol. Je me rappelle d’ailleurs d’une collaboration avec Control Machete qui est très connu au Mexique. Mais encore une fois, ce qui fait la différence ce sont les moyens et la qualité de production.

 

 

Une des grandes différence c’est qu’on sent bien à travers le documentaire que les rappeurs cultivent une vraie identité mexicaine, au delà de la barrière de la langue.

Pour la plupart ce sont des gens qui vivent en périphérie des grandes villes. C’est plus une envie de mettre sur la carte leur propre identité de quartier mais pas forcément celle de tout un pays.

Mais tu as parcouru le pays pour les rencontrer. Pas seulement dans les banlieues des grandes villes.

On n’a pas couvert le sud du pays qui est très différent du nord, bien que le hip hop y soit présent. Le pays est beaucoup industrialisé et urbanisé du centre au nord alors que le sud est plus indigène. Dans le film, on a quand même eu des rappeurs qui rappaient en langue indigène. Comme c’est encore perçu comme du folklore, on a choisi de ne pas le traiter à fond car ce n’était pas représentatif de la scène mexicaine.

Tu t’es fait aider par Feli Davalos qui est une figure du hip hop au Mexique. Comment s’est passé la rencontre, la collaboration et comment il a adhéré à ton projet ?

C’est un gourou du hip hop. Le film est né d’une conversation qu’on a eu ensemble. Je le connaissais déjà en tant qu’écrivain et j’avais lu plusieurs de ses poèmes. On avait des amis en commun et quand j’ai commencé à écrire le documentaire, je l’ai tout naturellement contacté. Toutes les pistes que je voulais explorer ont été validées par lui.

Sans lui, le documentaire n’aurait pas existé ?

Oui sans doute. D’autant plus que c’est lui qui m’a mis en connexion avec les artistes.

 

KYZZA TERRAZAS : LE DOCU « SOMOS LENGUA » OU LE HIP HOP AU MEXIQUE

 

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés, notamment dans les zones chaudes ?

C’est une question qu’on me pose souvent et la réponse est non. Personnellement je ne me suis jamais senti mal à l’aise dans les quartiers dangereux où nous avons tourné. Peut être parce que n’étais pas conscient du danger. Tout est dans la manière d’approcher ces gens, il faut être direct et clair dans ta démarche. Et si tu tu viens avec les bonnes raisons, tu seras plus en danger chez toi que chez eux.

Combien de temps cela t’a pris pour rencontrer tout le monde ? As-tu réussi à faire ce que tu voulais faire ?

J’ai réussi à faire ce que je voulais en général. Je n’ai pas pu rencontrer certaines personnes par ce qu’elles n’étaient pas intéressées et parce qu’elles ne trouvaient pas cela réel. Parfois j’avais aussi envie d’aller filmer dans des endroits peu recommandables mais je me suis résigné.

 

KYZZA TERRAZAS : LE DOCU « SOMOS LENGUA » OU LE HIP HOP AU MEXIQUE

 

Le film montre des artistes femmes. Quel est l’état de la scène féminine au Mexique ?

C’est un élément que je voulais vraiment montrer dans le film mais je voulais respecter le cours de choses et ne pas trop forcer.

Du coup, cela pourrait faire l’objet d’un autre documentaire.

Peut être. Pour « Somos Lengua », c’était une partie à faire figurer. C’est une bonne idée à exploiter mais je crois que d’autres réalisateurs sont dessus.

L’avant-première européenne a eu lieu à Paris. Pourquoi cette ville et pas des pays hispaniques par exemple ?

J’ai voulu montrer le film à Paris parce qu’il y a plein d’artistes que j’admire dans cette ville. Ensuite, on va quand même cherché d’autres festival pour présenter le film. On a déjà des accords avec des distributeurs en Amérique du Nord qui vont placer le documentaire sur plusieurs plateformes.

On espère que le documentaire sera diffusé comme il le mérite. Merci pour l’interview.

Merci à vous. A bientôt.

 

Pour avoir toutes les infos sur le documentaire, abonnez-vous sur la page Facebook du projet.

Un grand merci à notre traductrice Siglinde.

 

 

 

KYZZA TERRAZAS : LE DOCU « SOMOS LENGUA » OU LE HIP HOP AU MEXIQUE

 

 

 

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