Le documentaire « Stretch And Bobbito, Radio That Changed Lives » a beau être sorti il y a plus d’un an, Stretch Armstrong et Bobbito Garcia continuent de le présenter dans de nombreux pays. Normal, le film retrace l’histoire de leur émission de radio dans les années 90 avec des images et des enregistrements d’archives rares. Une émission culte pour les fans de hip hop ainsi que tremplin et passage obligatoire pour tous les ténors de la scène d’hier et d’aujourd’hui (Jay Z, le Wu Tang, . Alors personne ne peut ignorer l’impact du duo dans l’histoire de notre culture et nombreux se doivent encore de le découvrir.

Il y a quelques jours, le crew de Smells Like Hip Hop nous a donné une nouvelle occasion de visionner le film (environ 5 mois après l’avant-première à la Gaité Lyrique) à travers une projection au centre culturel hip hop de La Place à Paris. Cerise sur le gâteau, Stretch Armstrong était de retour (Bobbito Garcia avait dû annuler sa venue de son coté) pour participer notamment à une rencontre avec les pionniers du hip hop Français.

Même si nous avions assisté à la première projection, on a sauté sur l’occasion pour revoir le docu sur grand écran et pour rencontrer cette fois-ci Stretch Armstrong, DJ phare et producteur des golden years, et lui poser des questions sur le film ainsi que sur ses projets à venir.

 

STRETCH ARMSTRONG : PLUS JE VIEILLIS, PLUS JE REVIENS AUX FONDAMENTAUX

 

L’INTERVIEW

 

Tu n’es pas venu à Paris que pour diffuser le documentaire. Tu as également mixé au Lust dans la soirée organisée par Smells Like Hip Hop. Tu as joué un peu de trap music et tu t’étais presque excusé de l’avoir fait. La trap est une composante du hip hop aujourd’hui.

Exactement. Mon approche du djing a toujours été de rencontrer le public. Je veux bien sûr qu’il s’amuse mais je veux aussi jouer ce que j’aime. J’ai certainement fini mon set avec du hip hop contemporain pour coller au public jeune qui était majoritaire en deuxième partie de soirée. Ils étaient en mode week-end alors je voulais qu’ils passent du bon temps.

 

« …plus je vieillis et plus je reviens aux fondamentaux… Je suis une sorte de couteau suisse. »

 

Tu mixes depuis 1988. Aujourd’hui, il t’arrive de jouer plus de styles musicaux que du hip hop ? Voir même des sons plus électro ?

Le mot « électro » est délicat et trop large car il s’applique à différents univers et différentes générations. Mais plus je vieillis, plus je reviens aux fondamentaux que sont le hip hop classique, la funk, la soul, le disco, la house et la deep house. Au Lust, j’avais fini par jouer des sons plus up-tempo comme de la RnB et de la house. J’avais même joué 45 minutes de dancehall. Je suis une sorte de couteau suisse.

Parlons du documentaire qui a été diffusé dans plusieurs pays. Quelle genre d’audience vous avez rencontré ? Plutôt des jeunes ou plutôt des old timers ?

Il y avait des deux. C’est clair que la base de notre audience est d’une génération plus âgée, entre 35 et 55 ans, qui s’est déplacée particulièrement dans les salles de projection alors que les plus jeunes sont venus dans les clubs. On a aussi fait beaucoup de festivals où l’audience était plus traditionnelle. Ce qui a été marquant pour moi c’est que des gens de ces festivals me reconnaissaient dans la rue. Des gens qui ne connaissaient rien au hip hop si ce n’est les grands noms comme Jay Z, Kanye West ou Drake. Bobbito et moi avons eu de beaux compliments de la part de ces gens et c’est gratifiant.

Votre show est né avant l’explosion d’Internet. Ce qui lui a donné un aspect unique et rare. Est-ce que tu penses que la radio rempli toujours son rôle de filtre de la bonne musique ?

Je pense que certaines émissions le font. C’est un vaste et complexe monde aujourd’hui où il n’y a pas un seul type de show ou un seul type de DJ. La musique est consommée et diffusée différemment. Les sorties sont beaucoup plus fréquentes aussi. Elles sont plus disponibles et plus facilement récupérables qu’à notre époque. Je ne suis pas un spécialiste de ce nouveau monde mais je sais qu’il y a des radios qui jouent encore ce rôle.

 

STRETCH ARMSTRONG : PLUS JE VIEILLIS, PLUS JE REVIENS AUX FONDAMENTAUX

 

En face d’Internet, comment tu vois le futur de la FM ?

Personne n’a plus vraiment le monopole de ce qui marche. Même si Internet constitue une sorte de force démocratique, les majors continuent encore à influencer le système en injectant encore beaucoup d’argent. Leurs enjeux restent très importants. Cela permet au moins au grand nombre de se montrer en entrant dans cette culture de la discussion sans beaucoup d’argent. Mais si on veut aller plus loin, on a toujours besoin des labels.

Revenons au film. En une décennie de show, vous avez cumulé énormément d’archives. Ça a été difficile de les sélectionner pour le documentaire ?

Non pas vraiment. On avait dans la tête tous les passages qu’on voulait mettre en avant. Il n’y a pas eu beaucoup de recherche parmi nos archives. Les seules recherches ont été faites pour le film lui-même. On avait une idée claire de ce qu’on voulait faire.

 

« J’ai dû numériser moi-même environ 2000 cassettes. »

 

Vous avez dû perdre certaines archives.

Oui les archives de 1991 à 1992 ont été difficiles à rassembler.

Ça représente quoi en volume ?

J’ai dû numériser moi-même environ 2000 cassettes.

Finalement, qu’est ce qui a été le plus difficile à faire dans ce documentaire ?

La plus grande difficulté a été d’avoir Jay Z et Nas. Pas pour les interviewer mais d’avoir un rendez-vous avec eux. Cela a pris beaucoup de temps., un an pour Jay. En fait, le film était pratiquement terminé avant de les avoir. Bobbito s’était résigné à ne pas les avoir, au même titre que Eminem, que Busta Rhymes ou que B-Real. Et puis à deux mois de la fin, on a réussi à les rencontrer.

 

STRETCH ARMSTRONG : PLUS JE VIEILLIS, PLUS JE REVIENS AUX FONDAMENTAUX

 

La culture hip hop est mondiale maintenant. Dans quels pays aimeriez-vous vraiment diffuser le documentaire ?

Partout. Nous n’avons pas encore présenté le film dans les pays scandinaves, pas encore au Japon, et pas en Amérique du sud. On aimerait vraiment le faire prochainement.

Quel serait votre meilleur souvenir de ces années d’émission ?

La plupart de nos meilleurs souvenirs sont dans le film. Il représente aussi une sorte de collection de souvenirs. J’encourage vraiment vos lecteurs de le découvrir. Il est disponible vraiment partout.

Vous êtes des mecs occupés. Quels sont vos projets à venir ?

Bobbito est en pré-prod sur son troisième film. Il a vraiment trouvé sa voix dans la réalisation. Pour ma part, je vais sortir un livre en décembre qui s’intitule « No Sleep » et qui rassemblera les flyers des soirées New-yorkaises entre 1988 et 1999. Je devrais revenir en décembre pour une séance de dédicaces chez Colette mais c’est à confirmer.

 

STRETCH ARMSTRONG : PLUS JE VIEILLIS, PLUS JE REVIENS AUX FONDAMENTAUX

 

Un grand merci. Ce fût un plaisir de te rencontrer.

Rendez-vous en décembre je l’espère.

 

Toutes les infos sur le documentaire « Stretch And Bobbito, Radio That Changed Lives » sur le site officiel.

 

 

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