En 2009 commençait l’aventure de « Havana Cultura », une carte blanche donnée au DJ – producteur – digger – animateur radio anglais Gilles Peterson par la branche culturelle de la marque de rhum Havana Club, pour mettre en avant les musique de Cuba et de sa capitale La Havane. A travers plusieurs compilations, Peterson a mis en lumière des artistes historiques et contemporains de l’île dont l’embargo économique vient d’être levé par les États-Unis.

Et pour bien boucler la boucle, il revient aujourd’hui avec « Havana Club Rumba Sessions » qui fait l’objet d’un disque mais aussi d’un documentaire « La Clave » sur ce monde de la rumba, secret, religieux et novateur.

 

 

L’INTERVIEW

 

« Havana Club Rumba Sessions » est le dernier volet de la série. Penses – tu qu’avec cette dernière compilation, tu auras couvert tout l’éventail des musiques de Cuba ?

Ce n’est que la surface. Il y a encore tellement de choses à dire et à découvrir. Sur les précédents volumes on s’est concentrés sur la découverte des nouveaux artistes et la recherche des artistes emblématiques. Ici, on a voulu se concentrer sur la rumba. Mais je suis fier de ce que nous avons réalisé et je remercie Havana Club de m’avoir permis de faire tout cela et d’aller là où je voulais aller. Ils avaient une vraie volonté de mettre en avant la culture de Cuba.

Justement, pourquoi la rumba ?

Quand j’étais à Cuba, à chaque fois que je passais sous les fenêtres, j’entendais de la rumba. C’est une musique authentique qui est très répandue là bas. C’est la base, l’histoire. C’est la connexion entre le pays, l’Afrique et la religion. C’était naturel de faire un sujet et un film sur les origines et la signification de cette musique.

GILLES PETERSON : LE DERNIER EXPLORATEUR DE CUBA

 

La rumba a des origines qui proviennent d’Afrique. Cela te permet de réunir deux de tes grandes influences non ?

Oui bien sûr. J’ai toujours eu cette connexion en tête depuis les débuts avec Roberto Fonseca. On a toujours été dans la même vibe de vouloir faire ressortir l’essence noire dans toutes les musiques de Cuba et aussi dans toutes les époques. `

A l’instar de la Jamaïque ou des pays d’Afrique, Cuba a toujours été une terre pour les diggers comme toi qui ont démocratisé la musique locale auprès du monde entier. Crois – tu que cela va changer avec la levée d’embargo des pays occidentaux, qui – plus – est associée à la puissance d’Internet ?

Évidemment. Les médias, notamment Américains, commencent à s’intéresser à Cuba. Beaucoup d’aspects du pays dont la musique sont autant de sujets nouveaux à traiter pour eux. Même si beaucoup de musiciens ont toujours pu sortir du pays pour se produire à l’étranger et y trouver le succès, et ce sans Internet, cela va mettre la lumière sur la nouvelle génération. On a commencé le travail avec Havana Cultura et ce n’est pas fini.

 

« Les danseurs que j’ai rencontré m’ont fait pensé à ceux qui venaient à mes soirées jazz de l’époque à Londres. »

 

La musique rumba est indissociable de la danse. C’est pour cela que vous avez décidé de faire un documentaire, pour illustrer en image cette musique ?

Absolument. La danse est très importante à Cuba. Les danseurs que j’ai rencontré me font penser à ceux qui venaient dans mes soirées jazz de l’époque à Londres. Ils avaient la même passion de la musique et de la danse. Je n’avais jamais vu une telle authenticité, une telle sincérité, même pas sur Youtube.

Pour le documentaire, tu es allé chercher des acteurs de la scène rumba. Cela a dû te prendre du temps pour tout filmer, trouver les artistes, prendre rendez-vous avec eux etc. ?

C’est beaucoup de boulot en effet. Mais heureusement que j’avais avec moi Crispin Robinson qui est le percussionniste du groupe acid jazz Galliano. Je le voyais retourner à Cuba toutes les années. Je l’entendais me dire que c’était le « Vatican » des musiciens. Il était la personne parfaite pour m’emmener là bas. Il connaît tout le monde sur place. Des gens le reconnaissent dans la rue tellement il est intégré. Avec lui, on a pu se rendre dans les banlieues sans problèmes.

 

« Il a eu des moments sacrés où nous n’avons pas pu filmer. L’impact de la religion est incroyable là bas. »

 

As – tu rencontré certaines difficultés ? Y’a-t’il eu des personnes que tu n’as pas réussi à rencontrer ?

Non pas vraiment. Il a eu plusieurs moments sacrés où nous n’avons pas pu filmer. L’impact de la religion est incroyable là bas. Je ne considère pas que ce fût des difficultés car je respecte cela.

Quel a été pour toi le plus beau souvenir ?

Peut être l’organisation d’une soirée sur le toit d’une maison. C’était une session qui avait réunit de nombreux musiciens de plusieurs courants différents. Je retiens aussi les sessions d’enregistrements au mythique studio Egrem de La Havane où l’ont a vu passer plein d’artistes talentueux.

Tu disais que tu n’avais qu’effleuré l’éventail de la musique de Cuba et de La Havane. Qu’est ce que qu’il manquerait à ce projet pour qu’il soit complet ?

Je regrette de ne pas avoir mis plus en avant la féminité dans cette musique. Même si on y voit la super chanteuse Dayme, le côté féminin n’est pas assez représenté. Les femmes font aussi partie de la modernité de la culture de ce pays.

En parlant de modernité, des remixes sont prévus. Quel a été ton mode opératoire pour choisir les différents artistes qui ont réalisé les remixes ?

Ce sont des artistes que je connaissais déjà et avec qui j’avais déjà travaillé. Je les ai choisi pour leur créativité, leur avant-gardisme et leurs approches world music. Ce ne sont pas à proprement parlé des spécialistes de la musique Cubaine et c’était intéressant de les sortir de leurs zones de confort et de voir comment ils allaient s’en tirer.

Tu leur as donné carte blanche pour les remixes ?

Complètement. Je leur ai juste envoyé les instrus que nous avions retravaillé au studio Egrem. J’avais complètement confiance en eux et je suis ravi du résultat.

Les remixes sont orientés clubbing. Pourquoi ? Tu te fais une collection de titres à jouer en soirée 😉 ?

Oui en tant que DJ, il aurait été dommage de ne pas les jouer en club.

Il y a un pack de samples gratuits mis à disposition de tous les producteurs (c’est un beau cadeau). A termes, aurais-tu dans l’idée de sélectionner les meilleures réalisations pour en faire une prochaine compilation ?

Tous les samples ont été cleanés par Simbad qui travaille avec moi depuis longtemps. Pour la compilation, pourquoi pas, on verra bien ce qui va en ressortir. En tout cas, cela permettra aux producteurs d’utiliser des enregistrements propres. Et qui sait, on fera peut être un concours de remixes comme on l’a déjà fait.

Maintenant que le volet Cubain s’est refermé. Qu’as tu envie de nous faire découvrir prochainement ?

J’ai envie d’explorer plein d’autres territoires. Je suis très attiré par la Nouvelle Orléans. Je vais bientôt m’y rendre pour en faire mon sujet de cette année.

On est impatient de voir le résultat. Merci Gilles et rendez-vous au Worldwide Festival à Leysin et à Sète.

Merci à toi !

 

Voici le teaser du documentaire « La Clave » :

 

La compilation de remixes « Havana Club Rumba Sessions » prévue le 11 mars est en précommande :

 

GILLES PETERSON : LE DERNIER EXPLORATEUR DE CUBA

 

 

 

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